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Europe : La zone euro joue son futur dans une intégration à marche forcée

Europe : la zone euro joue son futur dans une intégration à marche forcéeEurope : la zone euro joue son futur dans une intégration à marche forcée

par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Attaquée jusqu'en son coeur par les marchés financiers, la zone euro joue son avenir au cours des prochaines semaines dans une intégration économique, budgétaire et fiscale menée à marche forcée sous l'impulsion de l'Allemagne.

Le compte à rebours de cet exercice s'est accéléré la semaine dernière lorsque la France, mais aussi l'Autriche, la Finlande ou les Pays-Bas, ont vu arriver à leur porte la pression des investisseurs, dont ils se pensaient jusqu'il y a peu protégés en raison de leur note maximale AAA.

Face à cette situation nouvelle, le débat sur une intervention accrue de la Banque centrale européenne afin de soutenir les pays en difficulté - à laquelle l'Allemagne est désormais la seule à s'opposer - a repris de plus belle.

Les dirigeants européens ont également passé la vitesse supérieure dans leurs discussions en vue d'une redéfinition radicale de la zone euro afin de lui donner des pouvoirs fédéraux en matière fiscale et économique et, désormais, sur le chemin le plus court pour y parvenir.

Sans qu'un lien clair soit encore établi entre le rôle de la BCE et le contrôle budgétaire accru, plusieurs sources européennes de haut rang estiment que des règles plus strictes sur les budgets permettront à Berlin d'assouplir sa position sur les missions de l'institut de Francfort.

"Ce qui peut calmer le jeu, c'est la BCE. Et lorsque la culture allemande de la stabilité aura été diffusée à toute l'Europe, il lui sera plus facile d'intervenir", explique un responsable communautaire.

L'objectif allemand est d'obtenir à très court terme une révision limitée de l'article 126 des traités afin d'instaurer des mesures strictes de contrôle budgétaire impliquant la Cour de justice de l'UE avant de lancer plus tard une révision plus fondamentale des textes européens, indique une autre source.

"Les Allemands ont choisi. Ils veulent un changement de traité et ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour faire avancer ce dossier le plus vite possible. Les conseillers d'Angela Merkel sont au téléphone à toute heure avec les capitales européennes", explique-t-elle.

"Mais au cas où ils n'obtiendraient pas gain de cause, des solutions moins orthodoxes sont envisagées", dit-elle encore.

MINI-TRAITÉ ?

Selon plusieurs responsables européens, La France et l'Allemagne réfléchissent notamment à la possibilité d'un mini-traité intergouvernemental hors du cadre communautaire et permettant de contourner les demandes britanniques d'un rapatriement de compétences à Londres et, in fine, l'unanimité requise par une révision en bonne et due forme des traités.

Une autre option consisterait à adopter une démarche purement bilatérale en incluant dans la révision en cours du traité franco-allemand de l'Elysée de 1963 une harmonisation poussée en matière de fiscalité et de droit social.

Ces deux perspectives effraient cependant les petits pays de la zone euro, qui verraient leur influence se réduire face aux deux poids lourds de la monnaie unique, ainsi que la Commission européenne, qui verrait quant à elle lui échapper la mise en musique de cette intégration.

"Je n'aime pas du tout cette approche", insiste un ministre de l'un de ces pays sous couvert d'anonymat.

"Le risque est réel de voir la Commission être marginalisée. Plus que jamais, elle devrait être au centre du jeu", renchérit le responsable communautaire.

Conscient d'être face à une situation explosive, le président de l'exécutif communautaire, José Manuel Barroso, a multiplié ces dernières semaines les appels à l'union.

Mercredi, dans un exercice de synthèse entre les vues divergentes des 17 membres de l'euro, il proposera que soient confiés à la Commission européenne des pouvoirs intrusifs dans les budgets nationaux afin d'ouvrir la voie à des émissions communes de dette.

ACCÉLÉRATION DU CALENDRIER

Que ce soit le changement de traité ou la création d'euro-obligations, ces solutions requièrent au minimum un an pour être mises en place et risquent de se heurter vite à une accélération du calendrier, qui se tend à mesure que les doutes sur les situations française, italienne ou espagnole grandissent.

Lundi, la mise en garde de l'agence de notation Moody's sur le risque que représenterait pour le "triple A" de la France une hausse durable de ses coûts de financement a ravivé les tensions sur les dettes souveraines au sein de la zone euro et fait plonger les Bourses européennes.

En Espagne, où la large victoire des conservateurs aux élections de dimanche était pourtant jugée comme positive pour la mise en oeuvre des mesures budgétaires, la prime que doivent payer les investisseurs pour détenir de la dette du pays plutôt que du papier allemand était en hausse face aux risques de contagion.

Plus inquiétants encore sont les chiffres astronomiques des échéances de refinancement de la dette italienne, qui donnent une idée plus précise du calendrier serré dans lequel évoluent les responsables européens.

Si les montants de décembre et janvier (40 milliards d'euros) restent gérables, ceux de février, mars et avril (150 milliards d'euros) donnent le tournis et obligent à ce qu'une solution structurelle à la crise de la dette, susceptible de faire retomber les taux italiens largement sous les 7% actuels jugés insoutenables, soit trouvée d'ici là.

D'autant que le risque d'une seconde récession au sein de la zone euro se précise et pourrait continuer d'accroître la nervosité sur les marchés obligataires.

"L'important est de fixer un cap, renforcer l'intégration, quelles que soient les turbulences, quitte à adapter les moyens en route", anticipe déjà une source européenne de haut rang.

Julien Toyer, édité par Yves Clarisse

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