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Marché : Des banques françaises suspendues à l'après-présidentielle

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par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Les banques françaises, qui publient à partir de jeudi prochain leurs résultats pour le premier trimestre, se sont retrouvées ces dernières semaines sous la pression des marchés en raison du regain d'inquiétudes sur la dette publique dans la zone euro et des incertitudes liées à l'élection présidentielle en France.

Si les injections massives de liquidités par la Banque centrale européenne, plus de 1.000 milliards d'euros, avaient permis aux valeurs bancaires de rebondir en début d'année, l'effet a été de courte durée. Et les valeurs bancaires françaises sont reparties depuis mars dans une spirale baissière, l'action Crédit agricole ayant touché le 23 avril son plus bas historique, à 3,572 euros en clôture, depuis sa cotation en 2002.

Au-delà du risque d'un "tour de vis" réglementaire qui plane sur les banques si le candidat socialiste François Hollande remporte l'élection le 6 mai, les investisseurs s'interrogent avant tout sur la capacité de la France à conserver ses notes de crédit auprès des agences de notation après avoir déjà été privée en janvier de son "triple A" par l'agence Standard & Poor's.

La France est en effet toujours placée sous surveillance négative par les trois grandes agences, S&P, Moody's et Fitch.

Toute nouvelle dégradation entraînerait dans la foulée un abaissement des notes de BNP Paribas, du Crédit agricole, de la Société générale et du groupe BPCE, maison-mère de Natixis.

L'agence Moody's a aussi prévenu en février qu'elle pourrait abaisser les notes de 17 grandes banques internationales dont celles de BNP Paribas et du Crédit agricole.

"La baisse des valeurs bancaires va au-delà de l'impact Hollande", explique un analyste, sous couvert d'anonymat, faisant allusion au projet de réforme du système bancaire du candidat socialiste.

"C'est le risque de dégradation de la France qui est la source des inquiétudes", poursuit-il.

Dans leur dernière note de recherche sur les banques françaises, les analystes d'Oddo Securities soulignent aussi que la menace la plus immédiate reste la dette souveraine de la France et qu'en cas de tensions, les banques éprouveront plus de difficultés à se financer avec un risque de renchérissement de leurs coûts de financement.

A la Bourse de Paris, les titres BNP et Crédit agricole sous-performent ainsi, comme en 2011, l'indice bancaire européen.

Crédit agricole cède 15% depuis le début de l'année et BNP recule de 1% tandis que l'indice de référence gagne près de 3%.

L'action SocGen, après avoir plongé en 2011, se maintient globalement en ligne avec l'indice, en progression de 2,2% depuis le 1er janvier. Seul Natixis, restructurée dès 2008 et 2009, gagne encore 17%.

Pour le premier trimestre, d'après les données Thomson Reuters I/B/E/S, les analystes attendent un résultat avant impôts de 1,1 milliard d'euros pour la SocGen qui doit publier ses résultats le 3 mai.

Pour BNP Paribas (4 mai), le bénéfice avant impôt est attendu à 3,7 milliards et à 1,33 milliard pour Crédit agricole SA (11 mai).

LA MENACE D'UNE SCISSION

La publication des résultats trimestriels sera l'occasion pour les analystes d'interroger les dirigeants sur l'état d'avancement de leur plan de restructuration et de réduction de bilan alors que les banques françaises sont sous la menace d'une réforme bancaire dans l'Hexagone.

S'il est élu président, François Hollande propose de séparer leurs activités de dépôts et de financement des banques de leurs activités de marché purement spéculatives, à l'image des réformes engagées aux Etats-Unis avec la règle Volcker ou en Grande-Bretagne avec la norme Vickers.

L'idée sous-jacente du programme socialiste consiste à priver les établissements bancaires de l'aide implicite de l'Etat, en cas de faillite ou des graves difficultés, si les banques se livrent à des activités de marchés sans lien direct avec le financement de l'économie réelle.

"Quel que soit le président, va se poser la question de la scission des activités de banque commerciale et de banque de marché", estime Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue. "Une telle réforme permettrait de réduire la taille des bilans des banques, de les rendre moins risquées et de réduire l'aléa moral du 'too big to fail'".

Sans s'attendre à un impact significatif sur les banques à moyen et long terme, les analystes de Bank of America Merrill Lynch estiment néanmoins que ce projet de réforme risque d'entretenir à court terme la volatilité de leur cours de Bourse.

Ebranlées l'an dernier par l'exacerbation de la crise de la dette dans la zone euro, qui menace désormais l'Italie et l'Espagne, les banques françaises, comme de nombreux autres établissements européens, ont lancé à la fin de l'été des plans de restructuration de leurs activités dans la banque de financement et d'investissement (BFI) et de réduction d'effectifs afin d'améliorer leur solvabilité financière.

Elles ont assuré être en mesure d'atteindre un ratio de fonds propres d'au moins 9% pour la fin du juin 2012, conformément aux exigences de l'Autorité bancaire européenne.

Matthieu Protard, édité par Jean-Michel Bélot

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