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Marché : Cor-la place de paris veut croire au retour des "mega deals"

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Correction: bien lire au paragraphe 7 que Converteam appartenait à LBO France et Barclays Private Equity

par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - Après une reprise vigoureuse des transactions dans le capital investissement, banquiers, avocats, et gérants de fonds se préparent maintenant au retour possible en France des "mega deals", ces opérations nécessitant l'investissement de plusieurs milliards d'euros.

Si le rachat durant l'été 2010 de Picard Surgelés, évalué à environ 1,5 milliard d'euros, avait marqué les esprits, cette transaction avait alors plutôt fait figure d'exception que de signe avant-coureur.

Mais la dynamique du secteur s'est depuis largement emballée.

Une kyrielle d'actifs récemment cédés ou sur le point de l'être ont vu leur valeur d'entreprise atteindre ou dépasser le milliard d'euros.

On peut ainsi citer Yoplait, Foncia, la division plâtre de Lafarge, le segment "Enterprises" d'Alcatel, la filiale Redcats de PPR ou encore l'équipementier ferroviaire Delachaux.

La vente de Spie par PAI pourrait de son coté flirter avec les deux milliards d'euros si le fonds français ne choisit pas d'introduire le groupe de services électriques en Bourse.

UN LBO DE 5 MILLIARDS D'EUROS JUGÉ POSSIBLE

Nombre de spécialistes pensent maintenant que des fonds d'investissements seraient en mesure de dépenser autant d'argent que l'américain General Electric qui a racheté le spécialiste de la conversion électrique Converteam aux fonds LBO France et Barclays Private Equity pour un montant d'environ 3,2 milliards de dollars.

"Honnêtement, si un LBO (Leveraged buy-out ou acquisitions par effet de levier) de cinq milliards d'euros se présentait en France, il se ferait", indique Céline Méchain, directrice en charge de la relation avec les fonds d'investissement chez Goldman Sachs.

"Les conditions actuelles de marchés le permettent et nous voyons déjà aux Etats-Unis l'exécution de ce type d'opérations se faire", explique-t-elle.

"On ne voit pas encore le retour des très gros LBOs de la période 2005 à 2007 comme TDF, Vivarte ou Numericable mais ce n'est qu'une question de temps", poursuit la banquière.

Certains gérants de fonds confient déjà en privé que certaines banques de financement leur proposent (ou "pitchent" dans le langage financier) des financements jusqu'à 4,5 milliards d'euros pour racheter de grandes entreprises françaises comme Elior, Elis, TDF ou Vivarte si d'aventure leurs propriétaires se décidaient à les céder.

Ces montages financiers requièrent typiquement l'investissement de plus d'un tiers en capital, soit des "tickets" de l'ordre d'un milliard et demi d'euros, ou 750 millions d'euros si deux fonds d'investissement décident de s'associer pour une opération.

UN, DEUX, TROIS, VOIRE QUATRE MILLIARDS

Pour Dominique Gaillard, en charge des investissements directs chez Axa Private Equity, cette situation tient surtout au vif appétit des opérateurs de marché pour le "high yield".

Ces obligations à fort rendement mais à haut risque sont utilisées par les fonds afin de compléter les financements consentis par leurs banques et leur propre apport en capital.

"Tant que le marché du high yield est aussi dynamique, je pense qu'il sera possible de financer des opérations de un, deux, trois voire quatre milliards", juge-t-il.

"Mais si demain matin le marché du 'high yield' en Europe se refermait - et la volatilité est une réalité - cela tuerait dans l'oeuf tous les projets de cessions d'entreprises à plus d'un milliard et demi de valeur d'entreprise", prévient Dominique Gaillard.

Les avertissements sur la santé de marché sont d'ailleurs réguliers.

RISQUE DE BULLE

Fitch Ratings a ainsi mis en garde contre un risque de retournement à la hausse du taux de défaut sur le marché européen du crédit à haut rendement (high yield) du fait de l'arrivée d'émetteurs de moindre qualité parmi les sociétés acquises par LBO.

"Il y a un risque de bulle sur le high yield. Il y a un boom du 'high yield' mais la qualité du marché décline", notait ainsi mardi lors d'une conférence de presse Edward Eyerman, responsable chez Fitch des financements à effet de levier.

Ainsi, l'alignement des planètes permettant aux fonds d'envisager des grandes manoeuvres est à la merci d'un mouvement de panique sur les marchés financiers ou d'une accélération des taux de défaut.

Si des "mega deals" sur des entreprises comme Vivarte, TDF, Elior ou encore Elis aiguisent les appétits, il n'est pas sûr que les conditions de marché tiennent jusqu'à ce qu'acheteurs et vendeurs se mettent d'accord.

"Vu que la crise est passée par là, il faut attendre un peu avant que les fonds puissent retirer le rendement espéré de ces opérations", note Céline Méchain.

Julien Ponthus, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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