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Mal aimé en Bourse, le secteur minier n'a pas dit son dernier mot

samedi 20 juin 2020 à 07h00
La demande reste présente pour le secteur des mines

(BFM Bourse) - Le secteur des mines a toujours suscité fascination et méfiance en parallèle. La fin du super-cycle des matières premières en 2008 et les contraintes grandissantes à l'exploitation de gisements miniers, en raison de l'impact environnemental, ont contribué à décourager les investisseurs. Sans parler d'un historique de création de valeur peu engageant. D'où une réduction de l'offre, alors que les besoins n'ont pas disparu pour autant - loin de là...

Si l'or conserve toujours d'indéfectibles partisans, le secteur des mines et métaux n'a jamais fait figure de placement refuge en Bourse. À Paris certainement moins qu'ailleurs: les anciens boursicoteurs se souviendront de l'interminable feuilleton "Zambia Copper" (ZCI Limited), qui a animé pendant des années les gazettes boursières, ou plus récemment du parcours décevant d'un Auplata devenu l'une des penny stocks de la cote parisienne !

Première difficulté pour les sociétés minières, les gisements de métaux sont répartis de façon très aléatoire sur la planète. Certains sont concentrés dans certaines zones, qui peuvent se trouver dans des régions instables, en proie à de fréquents coups d'État, grèves, ou menaces de confiscation. La prospection peut prendre des années, sans qu'on puisse garantir à 100% que le rendement escompté soit au rendez-vous. Enfin les contraintes environnementales, inexistantes il y a un siècle, ont fait grimper les coûts en flèche alors que l'exploitation de gisements nécessite l'emploi de substances extrêmement toxiques (cyanure, métaux lourds...) et consomme énormément d'eau et d'énergie.

"La destruction de valeur est plus la norme"

"L'historique de l’industrie est peu flatteur, la destruction de valeur est plus la norme que l’exception. La cyclicité est importante, les besoins en capitaux conséquents et l’allocation du capital rarement pertinente. En 2015, le secteur a vécu la crise la plus terrible depuis les années 1930" observent sans fard Louis D’Arvieu et Etienne Guicherd, gérants chez Amiral Gestion.

Mais depuis, la discipline s’est imposée comme une vertu essentielle. "Les restructurations se sont enchaînées, les bilans se sont assainis et les politiques de retour aux actionnaires sont devenues plus en phase avec les attentes des investisseurs", observent-ils. Pour cela, les producteurs ont dû réduire les budgets d'exploration et de développement, phénomène amplifié par la frilosité croissante des bailleurs de fonds. Alors que le taux de renouvellement des réserves est généralement inférieur à la production, sur fond de vieillissement des mines historiques, le niveau de l'offre tend à devenir déterminant. "Historiquement, la tendance a plutôt été de se focaliser sur les déterminants de la demande, la macroéconomie, mais l'offre prend de plus en plus de poids dans l'équation", explique Etienne Guicherd.

Or un choc sur l'offre a potentiellement beaucoup plus de conséquences puisqu'en cas de difficultés d'approvisionnement il faut des années et des années avant d'envisager l'entrée en production de nouveaux gisements. "Aujourd'hui le palladium, qui ne revêt aucun élément de prestige, coûte plus cher que l'or. Uniquement du fait des restrictions sur l'offre, dépendant essentiellement du groupe russe Norilsk, alors que les constructeurs automobiles ne peuvent se passer de ce métal pour fabriquer des pots catalytiques".

10% de la consommation mondiale d'énergie

Selon lui, beaucoup de métaux pourraient connaître à moyen terme une réduction de l'offre problématique, un facteur structurellement positif pour ce qui est des prix. Les contraintes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) ne dont qu'amplifier le phénomène. "Le secteur minier absorbe environ 10% de la consommation mondiale d'énergie, consomme également beaucoup d'eau, les processus de production nécessitent des produits dangereux...", rappelle Etienne Guicherd. Les efforts pour limiter les retombées négatives des exploitations minières sont autant de coûts supplémentaires. De plus, alors qu'on peine déjà à renouveler les réserves, les projets sont de plus en plus difficiles à faire accepter des communautés locales et la mise en service prend beaucoup plus de temps. Banques et investisseurs se faisant plus frileux, le financement se renchérit pour les industriels... Ce qui ne fait qu'accentuer la difficulté à mettre sur pied de nouveaux approvisionnements !

Et pourtant, au-delà des fluctuations conjoncturelles, la demande quant à elle reste bien présente. Paradoxalement, elle est même souvent stimulée par les efforts liés à la transition énergétique. "C'est l'effet mines de charbon: plus personne ne veut les financer à cause des rejets de CO2 dans l'atmosphère, les énergies renouvelables étant désormais privilégiées. Mais pour construire une éolienne de 150 mètres, il faut énormément de matériaux: 5 tonnes de cuivres, de l'aluminium, plus de 300 tonnes d'acier... Et pour produire cet acier, il faut du charbon sidérurgique ! [l'un des deux grands types de charbon, également appelé charbon à coke, NDLR]. Le solaire de son côté fait davantage appel à d'autres composants comme le graphite et à des métaux rares, mais finalement avec les mêmes contraintes et tensions au niveau de la production, selon le gérant. Les nouvelles mobilités sont aussi très gourmandes en métaux : si un véhicules à moteur thermique contient 20 à 25 kilogrammes de cuivre, c'est trois fois plus pour une voiture électrique. Pour le nickel, composé essentiel des batteries, les écarts peuvent varient de de 3 à... 30 !

La transition écologique... comme moteur de la demande

"Pour répondre à la demande de solutions plus soucieuses de l'environnement et au défi de la transition énergétique, on a donc besoin d'énormément de minerais et métaux de base, comme le rappelle un récent rapport de la Banque Mondiale... Tout en exigeant que l'extraction devienne de plus en plus propre".

"Notre conviction est donc que les meilleurs élèves de l'industrie, du point de vue du respect des critères ESG, bénéficieront d'une forme de prime sur leur valorisation et pourront générer à long terme une surperformance pour leurs actionnaires - comme on le constate d'ailleurs déjà dans d'autres secteurs", insiste le gérant. Dans ce cadre, Amiral Gestion a par exemple choisi de détenir au sein de certains portefeuilles la société canadienne NovaGold, partie prenante au plus gros projet de mine aurifère, la mine Donlin en Alaska (dans un consortium comprenant Calista Corporation, entreprise contrôlée par une des tribus autochtones d'Alaska).

La société de gestion mise aussi sur un autre canadien Lundin Mining Corporation. "Présent au Canada mais aussi au Chili, Brésil, Portugal et Suède, la société se distingue par une très bonne gouvernance et un respect des communautés là où elle exploite des gisements", apprécie Etienne Guicherd.

"Il est certain que demain, par rapport à des ressources se raréfiant, les actifs miniers situés dans des juridictions favorables capables de démontrer un réel respect de l'environnement et des conditions de travail seront privilégiés par les grands donneurs d'ordre mondiaux". Et donc par les investisseurs...

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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