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Sébastien Korchia : "Vigilance renforcée sur les marchés à l'entrée de l'été"

(Tradingsat.com) - Revenue au plus haut depuis 6 ans à plus de 4500 points, la Bourse de Paris a poursuivi au premier semestre 2014 sur sa lancée de 2013, dans le sillage des indices américains. Après avoir bien réagi à la dernière baisse de taux de la BCE, le marché peut-il encore monter ? L’analyse de Sébastien Korchia, responsable des gestions actions, directeur général de Meeschaert Asset Management.

Tradingsat.com : Quel est votre sentiment et votre vision sur le marché à ce stade de l’année ?

Sébastien Korchia : Les anticipations sur les politiques monétaires européennes et américaines jouent toujours un rôle prépondérant. En Europe, les investisseurs espéraient le vaste programme de rachat d’actifs financiers qui a été annoncé, et la baisse du taux directeur a été très appréciée. Aux Etats-Unis, la présidente de la Fed, Janet Yellen, gère très finement le calendrier de fin du QE [programme d’assouplissement quantitatif, ndlr]. Malgré tout, si le contexte me paraît toujours positif à moyen terme, une forme de prudence est perceptible à très court terme.

Tradingsat.com : Quels sont les éléments qui peuvent inciter à la prudence ?

Sébastien Korchia : Concernant l’Europe, je retiens du discours de Mario Draghi, le président de la BCE, que les effets de sa politique monétaire très accommodante ne seront pas visibles avant trois à quatre trimestres. Les opérations de LTRO [long terme refinancing operations, prêts à long terme accordés aux banques par la BCE, ndlr] annoncées pour inciter les banques à distribuer plus de crédit, sont prévues en deux temps, la première en septembre, et la seconde en décembre 2014. J’en conclus que la politique monétaire n’alimentera plus le marché en nouvelles de tout l’été. D’autre part, les déclarations de Mario Draghi ont certes été bien accueillies, mais pour autant, la réaction a été timide sur des marchés qui avaient déjà bien progressé par anticipation. L’adage « on achète la rumeur, on vend la nouvelle » s’est une nouvelle fois appliqué.

Du côté américain, la communication sur le tapering [réduction progressive du rythme d’achats d’actifs par la Fed ; ndlr] est excellente mais la réalité est que l’on se dirige vers la fin d’une politique monétaire ultra-accommodante. Il ne faudra donc rien attendre de la Banque centrale non plus aux Etats-Unis. Par conséquent, la seule donnée sur laquelle les marchés européens ou américains pourront éventuellement s’appuyer durant l’été sera l’évolution des bénéfices des entreprises.

Tradingsat.com : Voyez-vous des raisons d’être optimiste sur ce point ? L’INSEE table sur une croissance de seulement 0,7 % en France en 2014.

Sébastien Korchia : Les signaux ne sont pas bons en effet. Le discours des chefs d’entreprise tend à décrire une France à l’arrêt, sans croissance. En Europe du Sud, la petite phase de rebond pourrait ne pas se poursuivre de façon linéaire, et les pays européens du nord ne semblent pas non plus immunisés. En décalant de façon inattendue la perspective d’une remontée de ses taux d’intérêt, la Norvège témoigne semble-t-il d’une situation économique plus atone qu’imaginé, ou moins dynamique. De ce fait, au regard, d’un contexte économique plus dégradé qu’anticipé par les économistes, je suis prudent sur les prochaines publications de résultats. Et ce, d’autant que les marchés européens ont connu un premier semestre très positif. Les premiers objectifs de 4600-4700 points fixés par le consensus pour le CAC 40 sont déjà atteints.

Tradingsat.com : Les résultats des entreprises américains peuvent-ils être meilleurs ?

Sébastien Korchia : Le contexte macroéconomique permet d’en douter, après la chute de 2,9% du PIB des Etats-Unis au 1er trimestre. On sait que le début d’année a été sensiblement affecté par des conditions météorologiques difficiles, mais il y a de quoi s’interroger sur le fait que le deuxième trimestre puisse à lui seul compenser le retard qui a été pris. Dès lors, avec un S&P 500 au plus haut historique, valorisé 17 fois les bénéfices estimés, la marge de progression des indices risque d’apparaître limitée sur le seul critère des profits des entreprises américaines.

Tradingsat.com : Que dit l’analyse technique sur la configuration actuelle des indices ?

Sébastien Korchia : Les indicateurs techniques que je suis, notamment en données mensuelles, me signalent une fragilité des principaux indices américains, avec un risque correctif imminent ou pour le moins estival, même si la tendance de fonds demeure positive. La situation invite en tout cas à une prudence renforcée.

Comme à chaque entrée dans l’été depuis plusieurs années, les banquiers centraux ont voulu, par une communication adaptée, immuniser les marchés contre un risque systémique durant la période estivale. Mais le réflexe du gérant doit être aujourd’hui d’aborder cette période avec une dose de prudence significative pour tout un ensemble de raisons : l’absence de nouvelles monétaires conjuguée à des progressions des bénéfices plus difficile à réaliser en Europe comme aux Etats-Unis, avec des valorisations dans le haut de leur moyenne historique, le tout dans un contexte géopolitique incertain marqué par des tensions en Irak et en Ukraine, alors même que la volatilité des marchés est au plus bas… Les expositions actions de nos gestions ont donc été abaissées à l’entrée de l’été.

Tradingsat.com : Les marchés européens peuvent-ils être « immunisés » par l'assouplissement de la politique monétaire de la BCE ?

Sébastien Korchia : Le discours volontariste de Mario Draghi [président de la BCE, ndlr], et les valorisations plus attractives en zone euro par rapport aux Etats-Unis peuvent permettre d’amortir en Europe l’effet d’un mouvement correctif sur les bourses américaines. Par ailleurs, tout en tenant compte de la possibilité d’une correction estivale, je garde une opinion positive sur les marchés européens à horizon premier trimestre 2015, avec un CAC 40 qui pourrait alors atteindre les 5000 points, voire davantage. Il conviendra à ce moment-là de se poser d’autres questions, notamment sur la remontée des taux d’intérêt à court terme dans les pays de l’OCDE.

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