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Interview : "un rebond du marché dépendra du pétrole"

vendredi 11 juillet 2008 à 12h39

(BFM Bourse) - Créée il y a neuf mois par quatre associés expérimentés, la société de gestion Amplégest revendique une forte expertise sur le marché français. Xavier Gandrille est l'un de ses gérants vedettes. A l'heure ou le Cac 40 touche de nouveaux planchers depuis 3 ans, sa vision de la situation apporte un éclairage bienvenu.

Tradingsat.com : Créer une société de gestion en pleine crise boursière n'est-il pas risqué ?

Xavier Gandrille : Sans doute le challenge peut-il paraître plus difficile à relever. C'est cependant toujours pendant les périodes de creux boursiers que l'on peut faire les meilleures affaires dans une optique de moyen ou de long terme. Et c'est aussi lorsque les conditions de marché sont les plus complexes que le tri se fait le plus nettement entre les professionnels de marché. L'expertise est plus que jamais déterminante dans cet environnement. Les quatre associés à l'origine de la création d'Amplegest affichent tous un long « track record » sur le marché français. Didier Demeestère était directeur général de la société de Bourse Gilbert Dupont, connue pour son expertise sur les midcaps, et dont Régis Lefort dirigeait le bureau d'études. Frédéric Maréchal et moi même travaillions auparavant au sein de la société Fontenay Gestion, filiale de la Banque Neuflize OBC. Nous sommes tous complémentaires. L'équipe comprend un stratégiste de marché, un macroéconomiste, un microéconomiste et un analyste technique, chacun apportant une expertise que l'on retrouve dans la gestion des cinq fonds de la société.

Tradingsat.com : Vous êtes notamment en charge de la gestion du fonds Opportunités, quelle est sa particularité ?

Xavier Gandrille : C'est un fonds totalement opportuniste, sans contrainte, mettant en œuvre une approche « top down », c'est à dire une méthode qui part du haut vers le bas. J'élabore donc un scénario macroéconomique pour déterminer une stratégie d'investissement que je vais décliner en choisissant les secteurs et les valeurs que j'estime les plus à même de profiter de mes prévisions.

Tradingsat.com : Quelle est votre opinion sur le relèvement de taux effectué la semaine dernière par Jean-Claude Trichet ?

Xavier Gandrille : Les décisions de Jean-Claude Trichet sont toujours extrêmement transparentes. La mauvaise nouvelle n'était donc pas l'annonce du relèvement du refi à 4.25%, mais l'indication très claire donnée à ce sujet par le président de la BCE un mois plus tôt. L'information a donc pu être totalement anticipée. Sur le fond, je conteste la validité du raisonnement selon lequel la politique monétaire européenne aurait une influence sur l'inflation. Pour la simple raison que la hausse des prix est importée. Monter les taux ne fera pas baisser le pétrole ! Ce n'est évidemment pas l'Europe, avec sa maigre croissance, qui est à l'origine de la flambée des prix des matières premières. Le tour de vis monétaire a valeur de symbole. Il sert uniquement à ancrer dans l'esprit des gens que la BCE veillera à ce que l'inflation ne prospère pas. Mais son impact sera nul, voire contreproductif dans la mesure où une baisse de taux favoriserait à l'inverse un renforcement du dollar, et pourrait donc limiter l'envolée du baril et finalement diminuer l'inflation importée…

Tradingsat.com : Vous souhaitez donc un reflux du pétrole qui semble pourtant difficile à anticiper.

Xavier Gandrille : Je ne doute pas que les cours du pétrole resteront durablement à des prix élevés sur le long terme. Mais une correction à partir des niveaux actuels est possible. Attendons de voir l'effet de la baisse des subventions sur le carburant constatée dans plusieurs pays émergents. Jusqu'à présent, l'élasticité de la demande au prix du pétrole n'avait pas pu jouer dans ces régions. Cela pourrait changer.

Tradingsat.com : Le Cac 40 vient d'enfoncer de nouveaux plus bas depuis trois ans. Quel est votre scénario pour le second semestre ?

Xavier Gandrille : Il va dépendre du pétrole essentiellement. Normalement, après une telle série de baisses consécutives, le marché devrait rebondir parce qu'il est survendu. S'il ne rebondit pas, c'est parce que le pétrole n'arrête pas de grimper. Les craintes sur le secteur financier m'inquiètent moins que le pétrole. Une crise financière peut se résoudre plus facilement qu'une dérive des matières premières. Si le baril atteint des niveaux intolérables, le marché ira certainement plus bas. Mais pour qu'un rebond durable intervienne, il faudra aussi que le dollar remonte et que les consommateurs américains y voient plus clair. Une stabilisation du marché immobilier aux Etats-Unis est nécessaire. La prudence s'impose en attendant. C'est pourquoi le fonds est actuellement investi à un peu moins de 80% contre un niveau de 100% en période normale.

Tradingsat.com : Quels secteurs et quelles valeurs privilégiez-vous aujourd'hui ?

Xavier Gandrille : En tout logique, les valeurs énergétiques, pétrolières, parapétrolières, et liées aux énergies renouvelables, telles que notamment Total, CGG Veritas, Technip, Areva, ou Séchilienne-Sidec. Je mise ensuite deuxièmement sur le fait que ceux qui s'enrichissent avec le pétrole vont réinvestir leurs pétrodollars dans les infrastructures, parce que c'est une façon pour eux de juguler l'inflation. Je joue donc les valeurs d'infrastructures, soit directement, notamment avec Alstom, qui est selon moi l'archétype de la valeur d'infrastructure, ou bien indirectement via les secteurs du ciment et de l'acier avec Lafarge et ArcelorMittal par exemple. Parmi les capitalisations plus petites, je détiens également des valeurs comme Faiveley, Heurtey Petrochem, Entrepose Contracting, PagesJaunes, Vilmorin, Maurel & Prom

Tradingsat.com : Un fabricant de tubes d'acier destinés essentiellement à l'industrie pétrolière et gazière comme Vallourec vous intéresse-t-il ?

Xavier Gandrille : Effectivement, il est au confluent de deux secteurs que je privilégie. Le « pricing power » de la société devrait lui permettre de maintenir ses marges à des niveaux élevés. Je suis surpondéré sur ce titre qui comporte aussi une dimension spéculative, tout en étant moins cher que son concurrent Tenaris.

Tradingsat.com : Considérez-vous Vinci, l'une des principales lignes de votre portefeuille, comme une valeur d'infrastructures ?

Xavier Gandrille : Oui, mais ce n'est pas une pure valeur d'infrastructure compte tenu du positionnement du groupe dans les concessions. Et d'une certaine façon, la hausse des taux d'intérêt transforme cette activité défensive en point faible, les concessions étant valorisées par la méthode des flux actualisés. C'est surtout vrai pour Eiffage, un peu moins pour Vinci. La volonté du gouvernement de limiter la hausse des péages est un autre aspect gênant. Mais la chute du titre n'en demeure pas moins excessive dans une optique de moyen ou de long terme. Je lui conserve toute ma confiance.

Propos recueillis par François Berthon

Propos recueillis par - ©2020 BFM Bourse
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