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Yann Azuelos : "nous sommes aujourd'hui à un point pivot"

(Tradingsat.com) - Après un petit rally d'été fin juillet et début août, le marché parisien fait du surplace depuis une semaine, hésitant sur la tendance à suivre. La banque centrale a acheté quelques semaines de calme mais rien n'est encore réglé. Le point avec Yann Azuelos, le responsable de la Table des Marchés de la société de gestion Meeschaert.

Tradingsat.com : Quel est votre sentiment sur le marché aujourd'hui ?

Yann Azuelos : Tout le monde s'attendait à un été agité, à l'image de 2011. Le mois de juillet a tout de même été assez mouvementé ; les taux d'emprunts d'Etat espagnol et italien ont atteint des niveaux historiquement élevés dans un nouvel épisode de la crise européenne des dettes souveraines, avant que Mario Draghi ne joue les pompiers. Le président de la BCE a rassuré en promettant d'intervenir sur les marchés obligataires, sous la forme de rachats illimités de dettes à court terme.

Tradingsat.com : Certains analystes ont incité à davantage de prise de risque, favorisant une certaine rotation sectorielle.

Yann Azuelos : Sur les dernières semaines, le rattrapage s'est effectué sur les secteurs délaissés. A ce titre, ce sont les financières qui ont le plus tiré le marché. Les « cycliques dures » se sont également bien comportées, à l'image du sidérurgiste ArcelorMittal et de son ancienne filiale Aperam. Peugeot a rebondi également, mais essentiellement en raison de rachats de positions vendeuses. Mais le marché semble commencer aujourd'hui à manquer d'idées.

Tradingsat.com : Est-ce le moment d'intervenir aujourd'hui sur le marché ?

Yann Azuelos : Les gestions « directionnelles » [qui suivent les tendances, à l'opposé des gestions de type « contrarian », ndlr] n'ont pas changé leur fusil d'épaule et restent dans une position d'attente. Les intervenants prennent note des orientations annoncées par la Banque Centrale Européenne pour éviter la contagion de la crise des dettes souveraines. Nous qu'une sortie de la Grèce de la zone Euro est inévitable, mais cette sortie doit être organisée. Le rachat par la BCE d'obligations de maturités courtes constituera un premier pas, mais le MES [mécanisme européen de stabilit, ndlr] devra in fine obtenir une licence bancaire pour pouvoir influer plus fortement sur la courbe des taux. La configuration de marché sera alors modifiée, et les gestion directionnelles pourront prendre davantage de risques qu'aujourd'hui.

Tradingsat.com : Ce changement de configuration est-il pour bientôt ?

Yann Azuelos : Nous n'en sommes pas encore là. Il reste à appliquer les décisions prises lors des différents sommets européens. Aujourd'hui, les taux d'intérêt des emprunts d'Etat des différents pays sont loin de converger. Et si depuis début juillet, la France bénéficie de taux négatifs pour ses emprunts à court terme, elle n'a pourtant engagé aucune réforme structurelle, contrairement à l'Espagne ou à l'Italie.

Tradingsat.com : Que conseillez vous aujourd'hui en termes d'allocation d'actifs ?

Yann Azuelos : Nous sommes aujourd'hui à un point pivot, dans un schéma de grande neutralité par rapport au risque actions, voire de prudence eu égard à l'importance de la prime géopolitique sur les prix du pétrole. On attendra les signes que l'Europe se met en marche avec la mise en œuvre d'actions non conventionnelles de la part de la banque centrale visant à éradiquer tout risque de contagion. L'analyse des fondamentaux des entreprises pourrait alors retrouver ses lettres de noblesses, avec un marché n'est pas cher, les deux tiers des valeurs du CAC 40 évoluant en dessous de leur valeur d'actif.

Tradingsat.com : Sur quelle valeurs ou secteurs avez-vous une opinion plutôt positive ?

Yann Azuelos : Nous sommes à « Achat » ou à « Conserver » sur des thématiques que nous apprécions de longue date : le secteur aéronautique, avec des valeurs comme Safran, Zodiac, EADS, mais également les vins et spiritueux avec Pernord Ricard, Rémy Cointreau, Diageo, AB Inbev. Notre croyons aussi toujours au potentiel de la monétique avec Ingenico et Gemalto.

Propos recueillis par François Berthon

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