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Interview : "nous assistons à certains excès à la baisse"

mercredi 12 novembre 2008 à 16h36

(BFM Bourse) - Contrariant dans son approche, François Garnier, co-gérant des fonds Découvertes et Globetrotter au sein de HMG Finance, a pour réflexe de regarder les titres que la majorité vend. Vu le contexte, le choix ne manque pas. Il nous livre ses réflexions et quelques pistes d'investissement.

Tradingsat.com : Espérez-vous un choc de confiance lié à l'élection de Barack Obama ?

François Garnier : On ne l'a franchement pas vu pour l'instant ! C'est quelque chose qui a été anticipé par les marchés, parce qu'il y a une sorte de tradition qui veut que les années électorales soient positives à New York. Evidemment, on est loin du compte. Mais nous préférons nous appuyer sur des éléments d'une autre nature, comme la valeur intrinsèque des sociétés, pour guider nos investissements. Obama aurait en tout fort à faire à résoudre la crise du logement dans son pays, à améliorer l'état des infrastructures, à investir dans l'énergie, à reformer le système de santé américain, et tout cela sous la pression budgétaire qu'implique la mise en œuvre du plan Paulson. Son impact possible dans la nouvelle régulation internationale est plus difficile à prévoir. C'est un président américain et il risque de défendre ses intérêts dans cette affaire. Le plan de relance qu'il va probablement mettre en œuvre dans les secteurs de l'énergie et des infra-structures sera sans doute favorable à des sociétés françaises comme Lafarge, Alstom ou Nexans.

Tradingsat.com : Sachant que les marchés se reprennent toujours avant l'économie, est-ce le moment d'acheter ?

François Garnier: J'ai une conviction: le rebond interviendra d'abord sur les obligations avant de concerner les actions. Simplement parce qu'il faut en premier lieu faire confiance à la société qui va rembourser ses dettes avant de miser sur une amélioration de ses comptes. Cela s'était passé à peu près de cette façon en 2003. On s'intéressera par exemple aux obligations perpétuelles, dont la durée de vie est par définition illimitée, et qui versent des coupons parfois supérieurs à 10% ! C'est le cas des obligations perpétuelles Casino ou Axa, par exemple. L'obligation Pernod Ricard n'est pas loin avec plus de 9% d'intérêts sur ces niveaux. Il est impossible de donner le timing exact du rebond. Le pari à faire sur les obligations est que les émetteurs ne feront pas défaut. Si ce n'est pas le cas, les niveaux de rémunérations semblent attractifs. Les actions rebondiront à long terme mais il faut acheter des titres que l'ont connaît sur un horizon de 5 ans. Il peut très bien y avoir une forte volatilité sur le marché d'ici la fin de l'année voire au début de la suivante alors que les sociétés publieront leurs comptes annuels et abaisseront sans doute massivement leurs objectifs de résultats pour 2009.

Tradingsat.com : Quels secteurs privilégier si l'on souhaite acheter des actions ?

François Garnier : Je ne réfléchis pas par secteurs, mais avec une approche value. Je recherche des sociétés très décotées, dans une optique d'investissement à long terme. Savoir détecter les réelles sous-valorisations et être patient sont je pense les deux qualités nécessaires à l'investissement en actions aujourd'hui. Dans cette optique, la dégringolade des cours donne évidemment l'opportunité de faire son marché à bon compte. La cote entière étant massacrée, le contexte actuel a l'avantage de permettre d'être très sélectif. Il est d'ailleurs toujours étonnant de voir à quelle vitesse les climats peuvent changer. Entre juillet 2007 et aujourd'hui, nous sommes passés d'un monde où il n'y avait presque plus rien à acheter tellement les valorisations étaient élevées, à une situation dans laquelle tout est bon marché, mais où plus personne ne veut acheter. Même si la situation économique va très fortement se détériorer en 2009, nous assistons sans nul doute à certains excès à la baisse.

Tradingsat.com : Des noms de sociétés qui peuvent retenir votre attention ?

François Garnier : En ce qui concerne les petites capitalisations, inférieures à 150 millions d'euros, je note qu'une société comme VM Matériaux a beaucoup souffert : l'action perd 54% depuis le début de l'année. Bien sûr, c'est compréhensible, parce que les pires craintes entourent le secteur de la construction. Mais le cours n'anticipe-t-il pas désormais une bonne partie de la dégradation du secteur ? Sans compter que la société affiche des ratios de valorisation nettement inférieurs à ceux des petits concurrents non cotés qu'elle achète. Nous sommes sans doute à des prix d'entrée raisonnables… à condition bien sûr de ne pas être pressé. Le même raisonnement peut s'appliquer à Samse, concurrent direct de VM Matériaux. Je pense à une autre petite société, dont le cours a beaucoup baissé en raison d'un endettement élevé, le tonnelier Oeneo. Son concurrent Tonnellerie François Frères a toujours dit qu'il était prêt à faire des acquisitions. Je n'exclus donc pas une opération. Et puis dans un marché et une conjoncture aussi difficiles, il ne faut pas négliger la thématique du retrait de la cote des petites sociétés. La tentation est grande pour des entreprises qui valent moins en Bourse que leur actif net et pour lesquelles la cotation occasionne des frais élevés.

Tradingsat.com : Des idées parmi les plus grosses capitalisations ?

François Garnier : Le cimentier Lafarge. "L'actionnaire lambda" n'est peut-être pas prêt à patienter aussi longtemps qu'Albert Frère pour retrouver sa mise. Mais c'est une idée d'investissement intéressante au cours actuel. Je citerai aussi Renault, dont le cours a subi une chute colossale. Rhodia également, le titre ne vaut plus désormais qu'une année d'Ebitda. Dans la distribution, Carrefour, dont la valeur est proche de celle de ses actifs immobiliers. Casino, sa maison mère Rallye, ou encore l'action à dividende prioritaire (ADP) Casino. Enfin, le cas ArcelorMittal est vraiment symptomatique de la sinistrose actuelle ! Sa valorisation est au tapis. Le marché joue le retournement du cycle de l'acier. Le groupe est très dépendant du marché automobile pour lequel les anticipations sont très pessimistes. A ce point, c'est même du jamais vu ! Reste que si l'on projette dans quelques années, ArcelorMittal vaudra sans doute beaucoup plus que son prix actuel. Et comme je suis contrariant, je regarde toujours ce que les autres vendent le plus…

Propos recueillis par François Berthon

Propos recueillis par - ©2021 BFM Bourse
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