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Interview : "les utilities amortissent la baisse du marché"

vendredi 27 juin 2008 à 09h07

(BFM Bourse) - « Battre le marché » est l'objectif affiché des investisseurs professionnels. Presque une nécessité lorsque les actions plongent comme c'est le cas actuellement. A ce jeu, certains professionnels s'en tirent mieux que d'autres. C'est le cas de Matthieu Giuliani, gérant du fonds Energies Renouvelables de Palatine Asset Management, qui nous explique ses choix et les particularités de son univers d'investissement.

Pourquoi un fonds centré sur les énergies renouvelables ?

Matthieu Giuliani : Le fonds a été créé en novembre 2005 pour répondre au réel intérêt qui commençait déjà à se manifester pour les énergies renouvelables. Nous avons souhaité offrir à nos clients un fonds leur permettant de participer à la croissance des valeurs liées à cette thématique. Le baril du pétrole était certes très loin des niveaux actuels. Mais il commençait à devenir relativement cher. Et surtout, la prise de conscience des contraintes environnementales du monde dans lequel nous vivons, le réchauffement climatique notamment, devenait de plus de plus évidente. Là-dessus, la flambée du prix des matières fossiles a joué un rôle d'accélérateur de l'engouement des investisseurs pour le secteur.

Certains ont employé le terme de « bulle verte » il y a quelques temps. Que pensez-vous des valorisations du secteur ?

Matthieu Giuliani : Une bulle repose sur quelque chose de factice. La bulle Internet s'est formée sur des modèles économiques virtuels de sociétés dont le chiffre d'affaires était ridicule et les profits inexistants. Ce qui est vrai en revanche, c'est que l'énergie renouvelable est un secteur à la mode. Des excès de valorisation sont apparus l'année dernière. Par opportunisme, plusieurs sociétés se sont d'ailleurs introduites en bourse pour profiter de l'euphorie. La correction qui a suivi était logique, mais elle n'a pas donné lieu à des banqueroutes. Les acteurs du secteur sont assis sur de vrais outils industriels qui produisent ou exploitent de vrais biens d'équipements.

Est-il juste de dire que les prix élevés du baril favorisent la promotion des énergies renouvelables ?

Matthieu Giuliani : Je préfère poser le problème autrement. Que le baril soit à 80 ou 150 $, il faut avant tout comprendre que la survie de la planète ne sera possible qu'en substituant des énergies propres aux énergies polluantes. C'est une tendance incontournable. Je suis plutôt dans le camp de ceux qui pensent qu'on observe actuellement des excès sur le pétrole, qui devraient se corriger au fur et à mesure que cette matière première, qui est aujourd'hui la plus simple à produire, sera progressivement remplacé par le nucléaire, l'éolien, l'hydraulique etc…

Sur quelle technologie et sur quelle partie de la chaîne de valeur préférez-vous investir dans le secteur des énergies renouvelables ?

Matthieu Giuliani : Les biocarburants, l'éolien, le solaire, la pile à combustible, peut être même le nucléaire, sont les principales filières qui existent aujourd'hui. Se pose ensuite en effet la question du choix classique entre « le producteur d'or », c'est-à-dire l'exploitant de fermes éoliennes ou de panneaux solaires par exemple, et « le fabricant de pelles et de pioches », qui fabrique en l'occurrence des éoliennes et des panneaux solaires.

L'exploitant bénéficie d'un gros avantage : les prix de vente de l'électricité produite à partir d'énergies renouvelables sont fixés de façon à assurer la rentabilité de la filière, aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. C'est un choix politique destiné à faire progresser la part des énergies renouvelables dans la production totale d'électricité. Je rappelle que les gouvernements européens se sont engagés à ce que les énergies renouvelables passent de 7% actuellement à 20% de la consommation énergétique globale de l'Union en 2020. En contrepartie, le modèle économique de ces sociétés est souvent très financier, avec une forte utilisation de l'effet de levier sur la dette. Dans un contexte de crise financière, qui implique des tensions sur les conditions de financement, je préfère donc investir sur les équipementiers. Ils ont certes parfois du mal à respecter leurs délais de livraisons, mais c'est un risque plus acceptable. Le portefeuille du fonds est ainsi quasi exclusivement constitué par des fabricants de matériel.

Avec un repli à 6% à fin mai depuis le début de l'année, le fonds « Energies Renouvelables » fait beaucoup mieux que le marché…

Matthieu Giuliani : La performance est plutôt correcte par rapport à la concurrence. Elle résulte du choix qui a été fait de ne pas surpondérer des « pure players » dont la valorisation était un peu risquée. Notre plus grosse ligne est Suez, un groupe de services aux collectivités dont une grande partie de la production d'électricité provient de l'hydraulique. Le portefeuille comporte d'autres « utilities », comme l'espagnol Endesa ou le finlandais Fortum, qui ont permis d'amortir la baisse du marché. Je détiens également du Gaz de France, du Saft, pour ses compétences dans les batteries hybrides … ainsi que du Bouygues, pour sa participation dans Alstom, qui est présent dans l'éolien depuis le rachat en 2007 du constructeur d'éoliennes Ecotècnia. Parmi les petites capitalisations, je citerai Aerowatt, qui a fait un beau parcours, ainsi que l'opérateur alternatif de distribution de gaz Altergaz.

Que pensez-vous du nouveau venu, Facilasol, qui fait son entrée sur le Marché Libre ?

Matthieu Giuliani : J'ai participé à l'introduction. Le management me paraît sérieux. Ce sont les premiers à se tourner vers le milieu agricole auquel ils comptent vendre des installations photovoltaïques sur le thème de la défiscalisation, ce qui me semble une bonne idée. Ils font déjà de petits bénéfices, leur rythme de croissance est soutenu… l'histoire peut être attractive.

Est-ce qu'une société comme METabolic EXplorer, qui développe des procédés de fabrications de matières premières renouvelables pour l'industrie chimique, entre dans votre champ d'investissement ?

Matthieu Giuliani : Vous avez raison, c'est une valeur tout à fait éligible à mon fonds J'ai d'ailleurs frôlé l'achat sur ce titre à 3.80 euros après les avoir rencontré lors d'une réunion financière. Malheureusement pour moi, l'action a littéralement décollé depuis, suite à plusieurs annonces de la société. Je n'exclus pas de m'y intéresser de nouveau si la valorisation se tasse un petit peu…

Propos recueillis par François Berthon

Propos recueillis par - ©2022 BFM Bourse
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