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Interview : "les dividendes vont assurer l'essentiel de la performance"

mercredi 24 mars 2010 à 12h16

(BFM Bourse) - Si la Bourse de Paris fait mine de vouloir repartir à l'assaut des 4000 pts, l'indice Cac 40 fait toutefois du surplace depuis le début de l'année. Après le rebond de 22% en 2009, la progression sera probablement bien moindre en 2010. Certaines valeurs sont à privilégier dans ce contexte, comme l'explique Igor de Maack, co-gérant du fonds Centifolia Actions Françaises « Value », éligible au PEA, de DNCA Finance.

Tradingsat.com : Pourquoi trouve-t-on Sanofi, Total, France Télécom, Vivendi, ou Vinci parmi les principales positions du fonds Centifolia ?

Igor de Maack : Avant le début 2010, nous nous sommes efforcés de diminuer la part des cycliques et d'augmenter celle des défensives dans le portefeuille. J'entends par « défensives » des valeurs capables de verser, de façon pérenne, des dividende élevés. Il nous semble que les cycliques, qui ont bien rebondi en anticipant la reprise économique, ont atteint aujourd'hui des niveaux de valorisation relativement optimistes par rapport à la progression des bénéfices attendue en 2010 et 2011.

Tradingsat.com : Vous ne croyez pas à la reprise ?

Igor de Maack : Elle est plus lente que prévu. Les dirigeants de sociétés que l'on rencontre attendent de voir le second semestre pour se prononcer. Les entreprises ont fait un très gros effort pour réduire leurs coûts et améliorer leur situation bilancielle. Mais pour la plupart, elles ne s'avancent pas à donner des prévisions d'activité.

Tradingsat.com : Dans ces conditions, sur le plan boursier, cette année 2010 devrait ressembler à quoi ?

Igor de Maack : Le marché devrait afficher une performance comprise entre -5% et +5%, il ne se passera pas grand-chose. D'où notre intérêt pour des valeurs telles que France Télécom, Sanofi-Aventis, Compagnie des Alpes, Total, Vivendi ou GDF Suez, qui, dans un tel contexte, avec des rendements nets compris entre 4 et 8% vont pouvoir assurer la majeure partie de la performance de nos fonds actions cette année.

Tradingsat.com : Dans quelle proportion le fonds Centifolia est-il aujourd'hui investi sur les marchés ?

Igor de Maack : Notre taux d'investissement est élevé : il atteint 92%, sans que nous soyons pourtant très optimistes sur l'orientation du marché. C'est tout le paradoxe de cette année ! Mais compte tenu de l'orientation défensive du portefeuille sur des valeurs à fort rendement, nous n'avons en fait pas vraiment intérêt à ne pas être investis en laissant un espace trop important à des liquidités placées en monétaire.

Tradingsat.com : Eurotunnel est votre principale position hors Cac 40, alors que son rendement est faible.

Igor de Maack : C'est une autre histoire. Le fonds Centifolia contient également quelques valeurs de retournement spécifiques, comme Eurotunnel ou Altran. La société était en quasi faillite en 2007. Elle s'est refinancée et restructurée ; son actif est à présent nettoyé de la dette qui l'asphyxiait. Eurotunnel est relativement bien couvert par ailleurs contre l'inflation, via l'ajustement de ses tarifs. Et puis, la perspective des Jeux Olympiques de Londres en 2012 va avoir un impact positif sur le trafic.

Tradingsat.com : Il arrive aussi que les anticipations sur les dividendes soient déçues.

Igor de Maack : Certes, mais en l'occurrence je n'ai aucun mal à conseiller du Vivendi ou du France Télécom dont les dividendes ne me semblent pas « à risque » du tout pour cette année car ils ont été confirmés à la publication des résultats 2009. Lorsque vous pouvez raisonnablement tabler sur un rendement supérieur à 7% pendant au moins deux ans sur Vivendi, quel est l'intérêt d'acheter aujourd'hui des obligations ? C'est pour cela qu'aujourd'hui, les défensives à haut rendement jouent d'une part le rôle d'un investissement possible et rémunérateur sur le marché actions, mais aussi constituent aussi une alternative à des investissements obligataires.

Tradingsat.com : La période des publications de résultats annuels s'achève. Quels enseignements en tirez-vous ?

Igor de Maack : Beaucoup de publications ont dépassé les attentes. Les bonnes surprises ont concerné non pas le chiffre d'affaires, mais les marges, la réduction de la dette, le free cash flow, l'optimisation du BFR… Les entreprises se sont adaptées à une vitesse impressionnante à la crise, ce qui leur permet de disposer d'une situation financière optimisée dans l'optique de la reprise.

Tradingsat.com : Y a-t-il une publication qui vous a particulièrement marqué ?

Igor de Maack : La société qui nous surprend le plus est Bic, qui verse un dividende exceptionnel après la pire année de crise de l'après-guerre. Mais n'oublions pas que Bic était entré beaucoup plus tôt que les autres dans la crise puisque le groupe réalise une grande partie de ses ventes aux Etats-Unis et demeure exposé au consommateur américain. Ils avaient averti le marché dès 2007 sur leurs difficultés et le manque de visibilité. Cependant, une gestion patrimoniale et prudente qui repose sur une gamme de produits simples, de bonne qualité à un prix adéquat démontre toute sa pertinence dans le cas de Bic.

Tradingsat.com : Que vous inspire le retour des introductions en Bourse ?

Igor de Maack : On peut citer l'introduction de Medica, de la CFAO, il va y avoir celles de plusieurs sociétés de biotechnologies. C'est le signe qu'il y a beaucoup de liquidités non investies ou investies à des rendements trop faibles. D'autant qu'on observe aussi des cessions de blocs (Faurecia, Gemalto, Ipsen), et des rumeurs de fusions-acquisitions (Arriva en Angleterre convoitée par la Deustche Bahn et la SNCF). Ce qui tend à prouver que le marché n'a pas trop envie de baisser.

Tradingsat.com : Le risque d'exclusion de la Grèce de la zone euro vous inquiète-t-il ?

Igor de Maack : Aux dernières nouvelles, cela ne semble pas la solution la plus probable mais la gestion de la crise grecque et surtout la communication autour de celle-ci sont particulièrement contradictoires. Pour l'instant, les problèmes de la Grèce, en pesant sur l'euro, servent plutôt l'industrie exportatrice européenne. Une sortie de la Grèce de la zone euro aurait au contraire plutôt tendance à le raffermir, mais elle présenterait un risque important pour les banques françaises qui détiennent une bonne partie de l'encours de la dette grecque, entraînant de ce fait d'importantes provisions du fait de la dévaluation. Sur le plan politique, ce serait bien évidemment une catastrophe et une remise en cause de l'idée européenne telle qu'elle fut imaginée après-guerre.

Tradingsat.com : Quel est votre avis justement sur les valeurs financières ?

Igor de Maack : Il est négatif. Le monde bancaire et celui de l'assurance classique vont subir une pression réglementaire accrue. Le moteur précédent de la croissance des résultats – la BFI, les activités de trading -, et donc des dividendes, a disparu ou disparaît petit à petit. C'est donc un secteur qui ne nous paraît pas reposer sur des bases assez solides aujourd'hui pour y placer l'argent de nos clients.

Pour paraphraser Martin Bouygues : « Je suis sûr de ne pas me ruiner en manquant une bonne affaire, mais je suis sûr de me ruiner en en faisant une mauvaise ». La seule financière de nos portefeuilles est le réassureur Scor, qui est peu exposé au marché américain et aux grandes catastrophes. Par contrecoup, les réassureurs devraient profiter des nouvelles régulations qui vont contraindre les assureurs à prendre moins de risques bilancielles et à en déléguer, moyennant prime, aux réassureurs.

Tradingsat.com : Un mot sur la politique de la Fed, qui a indiqué qu'elle prendra son temps pour relever les taux.

Igor de Maack : Les tensions sur les marchés obligataires ont des répercussions connues sur les marchés actions. Il n'est pas nécessaire d'avoir une hausse des taux directeurs (les taux courts) pour avoir une hausse de la courbe des taux (ex : en Grèce par exemple). Les investisseurs se chargent eux-mêmes de faire monter les taux via les CDS ou en appliquant simplement la loi de l'offre et de la demande lors des adjudications des bons du Trésor.

Mais plus les taux sont bas plus les portefeuilles obligataires sont sensibles à toute hausse. Il est donc souhaitable que la remontée des taux se fasse de façon très progressive, sur deux, trois ou quatre ans, pour être absorbée sans dégâts par le marché et ne pas peser sur le coût de l'endettement des Etats.

Il y a toujours des critiques à formuler, mais on peut donner crédit à la Fed et à la BCE de faire en sorte de piloter la sortie de crise de la manière la moins brutale possible. Face à une crise nouvelle, les solutions imaginées doivent être nouvelles aussi et de nouveaux territoires sont explorés. Toutefois, la permanence de politiques monétaires laxistes favorise de façon inévitable la constitution de bulles financières.

Propos recueillis par François Berthon

Propos recueillis par - ©2021 BFM Bourse
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