Bourse > Actualités > Interviews > Stéphane Furet : "le marché va connaître des phases de rémission et de rechute"

Stéphane Furet : "le marché va connaître des phases de rémission et de rechute"

(Tradingsat.com) - Après avoir perdu 17% en 2011, la Bourse de Paris hésite sur la marche à suivre en ce début d'année, entre inquiétudes persistantes sur la crise des dettes souveraines et signaux macroéconomiques encourageants outre-Atlantique. Stéphane Furet, le directeur général de Dorval Finance, livre son analyse du marché et ses meilleures idées d'investissement du moment.

Tradingsat.com : Le pire est-il passé ?

Stéphane Furet : Les choses avancent, mais le temps des politiques n'est pas celui des marchés. Les sommets de la dernière chance se succèdent, et déçoivent systématiquement parce que les attentes ont souvent été trop élevées. Des progrès ont eu lieu cependant, notamment sur la gouvernance de la zone euro. Les budgets de chaque pays seront surveillés de près, mais il va falloir un peu de temps pour vérifier que les bonnes résolutions se traduisent dans les chiffres, que ce soit pour l'Italie, l'Espagne, ou même la France. En attendant la récession est là.

Tradingsat.com : Y a-t-il une issue favorable entre s'endetter toujours plus ou admettre la récession ?

Stéphane Furet : C'est toute la problématique. D'un côté, les pays anglo-saxons ont engagé une monétisation de leur dette via le soutien indéfectible de leurs banques centrales. De l'autre, en Europe, les Etats reconnaissent l'indépendance de la BCE, avec une Allemagne qui impose une cure d'austérité à tous les pays en déficit structurel. Et c'est seulement lorsqu'elle aura obtenu suffisamment de garanties sur ce plan qu'elle devrait donner son blanc seing pour une intervention un peu plus musclée de la BCE. L'Allemagne ne souhaite pas être le banquier de l'Europe et cautionner une dérive budgétaire. Mais le chemin à suivre est étroit : les Etats doivent réduire la voilure, sans donner un coup de frein trop brutal qui déboucherait sur une récession sévère.

Tradingsat.com : Sur le plan boursier, avec un CAC 40 entre 3100 et 3200 pts, le marché intègre-t-il la dégradation des perspectives macroéconomiques ?

Stéphane Furet : Nous pensons qu'en 2012, le marché, à l'image d'un malade, connaîtra des phases de rémission et de rechute. Et vu le contexte, le consensus sur la croissance bénéficiaire des 600 premières entreprises européennes (prévue autour de +10%) nous paraît encore optimiste. L'effort d'ajustement des analystes n'est pas complètement achevé. La Bourse a progressé en fin d'année dernière sans véritable bonne nouvelle, si l'on excepte l'amélioration des statistiques américaines, mais rien de probant sur le front de la crise des dettes souveraines.

Tradingsat.com : La reprise tant attendue est peut-être en train de se produire aux Etats-Unis.

Stéphane Furet : Nous restons prudents face à la reprise observée au quatrième trimestre. La relative bonne tenue de la consommation se fait au détriment du taux d'épargne des ménages, revenu à des taux historiquement bas, autour de 4%. Si les chiffres de l'emploi semblent en voie d'amélioration, ils ne tiennent pas compte des chômeurs découragés qui ne figurent plus dans les statistiques. Rappelons ensuite qu'à la même époque l'an dernier, le consensus tablait sur 4% de croissance aux Etats-Unis… 2011 s'est achevé avec deux fois moins. Cette année, l'anticipation des économistes d'une croissance autour de 2%-2,5% nous paraît donc également optimiste.

Tradingsat.com : Avec quelle stratégie de gestion comptez-vous éviter les écueils de la nouvelle année ?

Stéphane Furet : En étant tout d'abord très prudents pour démarrer l'année. Notre fonds flexible Dorval Conviction n'est investi qu'à hauteur de 10% à l'heure actuelle. Il a été l'un des seuls de la place à avoir résisté en 2008 à la pire année boursière de l'après-guerre. La flexibilité de Dorval Convictions est totale. Par exemple, nous avons vendu l'intégralité de nos positions en une dizaine de jours lors de la faillite de Lehman Brothers. Aujourd'hui, les incertitudes sont encore devant nous, et les occasions de nous repositionner sur des points d'entrée plus bas ne devraient pas manquer dans le courant du premier semestre.

Tradingsat.com : Dans ce contexte, certains secteurs doivent-ils être privilégiés ?

Stéphane Furet : Dorval Manageurs, notre fonds le plus offensif, éligible au PEA, se compose actuellement pour l'essentiel de valeurs de croissance mais « défensives », comme les valeurs de luxe LVMH ou PPR toujours tirées par la forte demande des pays émergents, le pharmacie avec Sanofi, ou bien Stallergènes parmi les valeurs moyennes. Dans l'énergie, Total reste une valeur sûre et nous comptons sur Vallourec pour bénéficier du potentiel de croissance dans les gaz de schiste aux Etats-Unis et au Brésil.

Tradingsat.com : Sur quelles autres valeurs pariez-vous en particulier pour 2012 ?

Stéphane Furet : Nous privilégions une valeur comme Atos dont la croissance va profiter de l'intégration des activités informatiques de l'allemand Siemens, avec des résultats qui devraient poursuivre leur remontée grâce à la maîtrise des charges. Enfin, Iliad est sans doute LA valeur 2012. Nous l'avons entrée en portefeuille au quatrième trimestre. En cassant les prix, Free Mobile va capter selon nous beaucoup plus de clients qu'anticipé par les analystes, et surtout beaucoup plus vite. La rentabilité de l'activité mobile du groupe devrait donc devenir très rapidement positive. En corollaire, les opérateurs historiques France Télécom, Vivendi et Bouygues devront baisser leur prix, ce qui affectera leur rentabilité et risque de faire pression sur la politique de rémunération de leurs actionnaires. On voit là la limite d'une stratégie d'investissement qui serait uniquement basée sur le dividende.

Propos recueillis par François Berthon

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI