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Igor de Maack : "Le marché français est le plus profond et le plus diversifié en Europe"

Igor de Maack, DNCA FinanceIgor de Maack, DNCA Finance

(Tradingsat.com) - Le sauvetage de Chypre n’a finalement pas reçu un très bon accueil sur les marchés. La faute au président de l'Eurogroupe, qui a laissé entendre que l’accord conclu, qui prévoit d’importantes pertes pour les déposants, pourrait servir de nouveau cadre de résolution des difficultés bancaires dans la zone euro. L’actualité chypriote ne doit toutefois pas détourner les investisseurs de la bourse, comme nous l’explique Igor de Maack, co-gérant des fonds actions françaises Centifolia et Gallica, de DNCA Finance, éligibles au PEA.

Tradingsat.com : Que vous inspire le déroulement de la crise chypriote, qui semble résolue ?

Igor de Maack : Les Chypriotes ont finalement trouvé les 7 milliards d’euros nécessaires pour financer leur plan de sauvetage. Les dépôts bancaires, hypertrophiés par rapport à l’économie du pays, sont apparus comme la base taxable la plus évidente. La BCE avait adopté une position dure et prévu de retirer les lignes de liquidités aux banques chypriotes. Le problème devait être circonscrit rapidement avec l’annonce de l’accord sur le plan de sauvetage. Que Chypre fasse chuter l’euro après les crises déjà traversées par l’Espagne, la Grèce, le Portugal, l’Irlande aurait quand même constitué une facétie de l’histoire. Les véritables questions sont ailleurs. Les trajectoires de chômage et de croissance de la zone euro, les interrogations sur la capacité de la France à mener des réformes structurelles, constituent à mon sens des sujets plus importants pour l’Europe que la crise chypriote.

Tradingsat.com : Le CAC 40 a retrouvé ses niveaux de l’été 2011, que peut-on dire des valorisations ?

Igor de Maack : Nous sommes en présence d’un marché des actifs à deux vitesses, entre un marché obligataire extrêmement bien valorisé, du fait de la politique monétaire accommodante menée partout dans le monde, et un marché des actions sous-valorisé de façon chronique. Cette sous-valorisation s’explique essentiellement par une absence de flux et d’appétit pour les actions, et non par les performances des entreprises cotées, qui affichent toujours une croissance de leurs résultats. C’est le cas bien sûr de beaucoup de grandes multinationales mondialisées, mais aussi des sociétés de tailles plus modestes innovantes et/ou positionnées sur des marchés en croissance. De plus, les coûts de financement reculent – comme le montrent les dernières émissions obligataires -, ce qui permet aux entreprises de se financer et de faire de la croissance externe à bon compte.

Tradingsat.com : Il n’y a donc pas de bulle de valorisation sur le marché des actions ?

Igor de Maack : Il y avait une bulle en 2000. Il y a eu des valorisations supérieures à 14 fois les bénéfices en 2007, ce qui correspondait à la fin d’un supercycle de croissance qui avait débuté en 2003. Mais l’on ne peut pas dire que l’on se trouve aujourd’hui dans un cycle de croissance exceptionnelle. Le CAC 40 se paie 10 fois des résultats attendus en légère croissance. Les banques centrales assurent des coûts de financement très faibles aux entreprises, qui sont les agents économiques les plus efficients. La période que nous vivons est bénie pour les épargnants qui voudraient remettre du risque dans leur allocation d’actifs et abandonner les investissements obligataires à rendement réels devenus négatifs.

Tradingsat.com : Le marché français semble en retard par rapport aux marchés américains ou au marché allemand.

Igor de Maack : Le marché français est extrêmement large en termes d’idées d’investissement, adapté à tous les styles de gestion. Il comprend aussi bien des valeurs sous évaluées par rapport à leurs multiples de milieu de cycle, avec des dossiers comme Sanofi, Total, les télécommunications, les médias (Lagardère, Vivendi) ; mais aussi des valeurs de croissance, avec des groupes très internationalisés comme Michelin ou Gemalto. Il est également composé d’une quantité de petites et moyennes entreprises dans les thématiques de la santé, de l’agroalimentaire… L’épargnant français ignore trop souvent que le marché actions français offre probablement en Europe le tissu boursier le plus diversifié et le plus profond ! Bien sûr, il faut être objectif, la France souffre d’une décote politique appliquée par les investisseurs étrangers. Mais lorsque vous achetez une action française cotée au CAC 40, comme Michelin par exemple, vous misez sur une entreprise mondialisée qui profite de l’amélioration continue du niveau de vie dans les pays émergents. Vous n’achetez pas le PIB français ou la politique de François Hollande…

Tradingsat.com : Dans vos fonds, avez-vous actuellement plutôt tendance à renforcer vos positions ou à vous alléger ?

Igor de Maack : Nous sommes pleinement investis sur les fonds actions depuis de nombreux mois. Pour ainsi dire, nous misons sur la rotation des obligations vers les actions depuis l’été 2011. Notre préférence se porte sur les thématiques « value », c’est-à-dire les secteurs et les valeurs en retard, qui n’ont pas « fait grand-chose » en bourse depuis les points bas de 2008-2009. C’est un peu l’inverse des thèmes très à la mode de la croissance du monde émergent, des matières premières… Nous préférons les télécommunications, la pharmacie, le pétrole, certains dossiers industriels ou en phase de redressement (« recovery ») décriés et peu valorisés comme Air France- KLM, ou Nexans. Signe que le nouveau cycle est sans doute un peu différent du précédent, des valeurs technologiques comme Alcatel-Lucent ou STMicroelectronics, entrent également aujourd’hui dans la catégorie « value ».

Tradingsat.com : Quid des valeurs bancaires ?

Igor de Maack : C’est un sujet un peu particulier, parce que l’on a été absent des banques de 2008 à 2011. Nous sommes revenus sur BNP Paribas en 2011, puis sur Crédit Agricole en 2012, mais demeurons sous-pondérés en banques par rapport à l’indice. Notre réticence s’expliquait jusqu’à présent par la difficulté à les valoriser. Mais après les dépréciations importantes qui ont été passées, avec un périmètre recentré sur le métier historique de financement des agents économiques (ménages et entreprises) et de collecte de l’épargne, les activités de certaines banques sont aujourd’hui un peu plus saines et plus compréhensibles. C’est pourquoi ce secteur a fait son retour dans le fonds Centifolia.

Tradingsat.com : Quelles sont vos idées d’investissement parmi les petites capitalisations ?

Igor de Maack : Notre fonds Gallica, initialement positionné sur les grandes valeurs françaises, a progressivement renforcé sa sensibilité sur les petites et moyennes entreprises, avec comme caractéristique de rechercher des dossiers sous-valorisés qui vont profiter le plus possible de la mise en place du crédit impôt compétitivité emploi (CICE). Il va s’agir essentiellement de sociétés employant beaucoup de main d’œuvre dans des bases de production françaises, comme Fleury Michon, Norbert Dentressangle, ou bien de petites sociétés de service en ingénierie informatique. Le fonds s’intéresse également à des dossiers délaissés tels qu’Interparfums ou le fabricant de produits de contraste Guerbet.

Tradingsat.com : Quelles SSII détenez vous en portefeuille par exemple ?

Igor de Maack : Capgemini, Steria, Assystem, Altran, Groupe Open… C’est un secteur qui affiche des taux de marge de 6 à 10%, bien supérieurs à ce qu’ils étaient il y a dix ans, et qui engendre d’importants cash flows. Il est au centre de trois tendances lourdes : la numérisation des économies (via le développement du cloud), l’optimisation des coûts au sein des entreprises - avec la mise en place de progiciels ERP [Enterprise Resource Planning, Progiciels de Gestion Intégrés, ndlr] ou CRM [Customer Relationship Management, gestion de la relation client] par exemple - et la baisse des coûts de fonctionnement des Etats qui passe par une plus grande informatisation.

Propos recueillis par François Berthon

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