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Interview : "la pharmacie devrait retrouver ses titres de noblesse"

lundi 28 juillet 2008 à 09h27

(BFM Bourse) - Après un premier semestre très difficile, le marché français connaît une embellie depuis deux semaines. Cette tendance peut-elle se poursuivre ? Sur quelles valeurs miser au 2nd semestre ? Igor de Maack, co-gérant du fonds Centifolia Actions Françaises « Value », éligible au PEA, de DNCA Finance, répond à nos questions.

Tradingsat.com : Se dirige-t-on vers un rally d'été ?

Igor de Maack : Un rebond surtout technique, pourquoi pas mais il a peut-être déjà eu lieu. Les cours viennent en effet de remonter très rapidement. Les conditions pour un redressement durable et solide des marchés ne sont pas encore réunies. Il faudrait que le pétrole poursuive sa baisse, que le dollar se raffermisse nettement, et que l'inflation donne l'impression d'avoir atteint un pic avant de redescendre. Mais rien n'empêche de recourir à l'analyse microéconomique des résultats des entreprises en attendant. L'investisseur doit faire la part des choses et se demander dans quelle mesure la valorisation intègre la dégradation de l'environnement économique pour une entreprise ou pour un secteur. Sur des valeurs cycliques comme Air France ou Renault, il est évident que le marché est allé trop loin dans la baisse, même dans un contexte de pétrole cher.

Tradingsat.com : Les valorisations semblent faibles. Ne cachent-elles pas de futures révisions à la baisse des prévisions des analystes ?

Igor de Maack : Très certainement. Au cours des quatre dernières années, il n'y a pas eu de bulle de valorisation sur les marchés actions en Europe contrairement aux marchés actions émergents, mais une bulle de croissance des profits, que les progressions des cours de bourse n'ont fait finalement que traduire. Nous sommes aujourd'hui devant une confrontation violente entre momentum économique et valorisation dans la mesure où les prévisions de bénéfices doivent être ajustées à la baisse pour refléter la détérioration du contexte économique et notamment le ralentissement de la consommation. La progression moyenne des bénéfices par action pourrait être négative en 2008, et peut-être nulle en 2009, notamment à cause du poids des bancaires dans l'indice. Tout n'est pas noir cependant. Parce qu'à la différence des années 2000 et 2001, les entreprises industrielles sont relativement peu endettées, ce qui devrait leur permettre de maintenir leurs investissements et leurs dividendes.

Tradingsat.com : L'inflation menace-t-elle les marchés d'actions ?

Igor de Maack : Généralement oui sauf si elle s'accompagne d'une croissance économique vigoureuse. Dans le cas présent, la croissance se dérobe et il va falloir déterminer si à 4% en Europe et 5% aux Etats-Unis, le pic d'inflation a ou non été atteint. Un ralentissement économique devrait exercer par nature un effet déflationniste sur les prix des actifs, mais toutes les règles théoriques se brisent aujourd'hui sur l'écueil du prix des matières premières qui demeurent encore pour l'instant à des niveaux élevés. L'inflation importée des pays émergents, dont le niveau de vie et les exigences salariales convergent vers le standard occidental, joue également un rôle. Si la poussée inflationniste continue, alors les banques centrales devront s'y attaquer en relevant leurs taux des deux côtés de l'Atlantique. Le cocktail « inflation/ralentissement/taux qui montent » qui en résulterait n'augurerait alors rien de bon pour les actions mais les banquiers centraux ne se précipiteront pas car ils sont aussi conscients de l'impact de leur décision sur la croissance et l'emploi.

Tradingsat.com : Sur quels secteurs et thèmes d'investissements faut-il miser dans ce contexte ?

Igor de Maack : Soit vous choisissez les cycliques qui ont souffert en Bourse mais qui présentent une situation financière saine. C'est le cas par exemple de valeurs comme Air France ou Renault. Soit vous préférez les modèles économiques qui permettent le mieux de répliquer l'inflation et de résister au cycle économique, comme la distribution alimentaire, dont le pouvoir sur les prix s'améliore. Les ménages font davantage attention à ce qu'ils dépensent, et se tournent plus facilement sur les marques des distributeurs. Une tendance dont profite Casino, bien positionné dans le hard discount et le commerce de proximité. Nous privilégions aussi les infrastructures, un secteur pénalisé par des craintes excessives sur le trafic ou la régulation en général mais qui possèdent une bonne visibilité sur son cash flow. Nous apprécions particulièrement Eurotunnel.

Tradingsat.com : Quelle approche privilégiez-vous au sein de Centifolia ?

Igor de Maack : Nous plafonnons toujours la part des valeurs cycliques à 50% du portefeuille de sorte que les valeurs défensives et les liquidités soient toujours majoritaires au sein du fonds. Nous ne dérogeons pas à cette règle. Si les conditions de marché sont par trop défavorables, les dépôts des clients viennent augmenter la part des liquidités dans la limite stricte du ratio PEA (25%). Centifolia est avant toute un fonds de protection du patrimoine. Il est conçu pour s'adapter et profiter des conditions de marché, afin de récupérer d'un côté ce qui est perdu de l'autre. La hausse du pétrole va par exemple peser sur les cycliques mais nous ferons en sorte d'en profiter via Total et CGG Veritas.

Tradingsat.com : Vous vous êtes récemment renforcés sur Air France et Eiffage. Quels sont leurs atouts ?

Igor de Maack : Air France vaut seulement la moitié de ses fonds propres. La capitalisation boursière ne valorise plus aujourd'hui que la couverture pétrole, une des meilleures de l'industrie d'ailleurs ! Air France est l'un des consolidateurs naturels de son industrie, son management a prouvé sa qualité lors du rapprochement réussi avec KLM, et ses perspectives sont solides, notamment grâce à l'accord Open Sky USA-Europe. Dans une approche « value », Eiffage retient également l'attention. Il y a certes des craintes sur le marché de la construction mais rappelons que ce marché repose en grande partie sur les appels d'offres des collectivités publiques et que les carnets de commande sont toujours bien remplis.

Tradingsat.com : Outre Total, pourquoi les titres France Télécom et Sanofi-Aventis figurent-ils parmi les principales positions du portefeuille ?

Igor de Maack : L'épisode TeliaSonera a permis de constater que France Télécom n'était pas prêt à surpayer en matière d'acquisitions. La société dispose par ailleurs d'un volant de cash très important qui devrait être retourné aux actionnaires, avec des ratios de valorisation qui sont encore une fois très raisonnables. Quant à Sanofi-Aventis, nous estimons que le secteur pharmaceutique, après des années de purgatoire, est en train de retrouver ses titres de noblesse. Il génère un cash important, résiste aux cycles, protège bien ses bénéfices, et se paye très peu cher…des qualités qui, aujourd'hui, sont rares sur les marchés actions.

Propos recueillis par François Berthon

Propos recueillis par - ©2020 BFM Bourse
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