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Xavier Gandrille : "la panique est souvent mauvaise conseillère"

(Tradingsat.com) - Le marché parisien se dirige vers une onzième baisse consécutive, suite à la décision historique prise vendredi soir par l'agence de notation S&P de dégrader la note des Etats-Unis de AAA à AA+. Le point sur la situation avec Xavier Gandrille, président de la société de gestion Amplegest.

Tradingsat.com : Quel est votre sentiment sur la perte du triple A des Etats-Unis ?

Xavier Gandrille : Elle sanctionne un problème politique dans la mesure où la solvabilité de l'Etat américain n'est absolument pas remise en cause. C'est ce qu'explique S&P dans son argumentaire. Ce qui est pointé du doigt, c'est la difficulté qu'ont les américains à se mettre d'accord sur des hausses d'impôts et un programme de réduction des dépenses qui soit suffisant en terme de taille, clair et transparent, parce que beaucoup de choses sont pour l'instant remises à plus tard. J'observe également que la Chine, qui est le premier créancier des Etats-Unis, avait déjà dégradé la note américaine il y a une semaine par l'intermédiaire de l'agence Dagong.

Tradingsat.com : Quelles sont les conséquences prévisibles ?

Xavier Gandrille : En soi, la baisse de la note américaine ne constitue pas un cataclysme épouvantable. Les japonais ont déjà perdu leur triple A sans que cela les empêche aujourd'hui d'afficher les taux les plus bas du monde et la monnaie la plus forte après le franc suisse. Mais c'est quand même emblématique et révélateur. Les principales économies occidentales sont aujourd'hui obligées de s'atteler plus vite que prévu à l'amélioration de leurs comptes publics. D'une certaine façon, les marchés et les agences de notation essaient de tordre les bras des politiques pour qu'ils agissent vite et qu'ils présentent une feuille de route crédible. Or, le tempo des marchés est traditionnellement plus élevé que celui des autorités…

Tradingsat.com : Les pays du G7 et du G20 se sont mobilisés ce week-end contre la crise de la dette.

Xavier Gandrille : Il y a eu des déclarations de bonnes intentions en effet, mais creuses, qui n'apportent rien. Plus concrètement, la BCE est intervenue massivement ce matin pour racheter les dettes espagnole et italienne, dont les taux se sont donc effondrés. Cela a profité ce matin au secteur bancaire, mais l'effet s'estompe déjà sur les marchés actions, tant à Milan et Madrid qu'à Paris.

Tradingsat.com : Comment jugez vous les marchés actions aujourd'hui ?

Xavier Gandrille : Ils sont quand même survendus, à des niveaux très bas après des séquences de baisse historiquement longues. Les cours anticipent maintenant beaucoup de mauvaises nouvelles. La grande question est aujourd'hui de savoir si l'on se dirige vers une récession. Si oui, les marchés méritent d'être à ce niveau là, voire de baisser encore un peu. Pour ma part, je pense toujours que non, mais il faut se méfier dans la mesure où ces phénomènes sont autoréalisateurs. Et évidemment, la probabilité d'une récession a plutôt augmenté que baissé ce week-end.

Tradingsat.com : Faut-il vendre ou acheter des actions sur les niveaux actuels ?

Xavier Gandrille : Ce n'est plus le moment de vendre. En revanche, je reconstituerai volontiers quelques liquidités un peu plus haut pour me laisser des marges de manœuvres. Encore une fois, c'est un bras de fer engagé entre les marchés et les politiques, qui se poursuivra tant que tout ne sera pas clair sur la façon dont les économies développées comptent s'y prendre pour assainir leurs finances publiques.

Tradingsat.com : Peut-on être confiant dans une issue favorable ?

Xavier Gandrille : La panique est souvent mauvaise conseillère. Il ne sert à rien de vendre des titres largement survendus. Le bon sens recommande aujourd'hui de faire attention aux valeurs cycliques dans la mesure où la probabilité d'un retour en récession, bien que non majoritaire, a augmenté. Mais il n'y a pas d'inquiétudes à avoir sur les actions des sociétés réalisant une grande part de leur activité sur les marchés émergents. Ce sont ces économies émergentes en effet qui sortiront gagnantes de la situation in fine, étant donné que la baisse des matières premières induites par les craintes de ralentissement économique va leur permettre de mettre un terme à leur politique de resserrement monétaire. Les valeurs exposées à la consommation des émergents sont donc à privilégier, à l'image des valeurs du luxe, comme LVMH ou Hermès par exemple.

Propos recueillis par François Berthon

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