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Interview : "j'apprécie total, séchilienne, cgg-veritas, technip et alstom"

vendredi 30 mai 2008 à 12h11

(BFM Bourse) - Rien ne semble arrêter la hausse du pétrole. Quels sont les mécanismes à l'œuvre derrière la flambée du baril, qui s'échange aujourd'hui aux alentours de 125 dollars après un récent record à 135$ ? Comment en profiter ? Cela peut-il durer, ou bien une bulle s'est-elle formée, susceptible d'exploser à tout moment ? Chloé Magnier, gérante du fonds Global Energy & Natural Resources nous donne son point de vue.

Tradingsat.com : Assiste-t-on à un troisième choc pétrolier ?

Chloé Magnier : La situation n'est pas tout à fait comparable à celle qui prévalait dans les années 70. Un smic horaire permet aujourd'hui d'acheter 5 à 6 litres d'essence, contre à peu près 2 litres à l'époque. La flambée du baril pèse cependant sur le pouvoir d'achat des ménages, en particulier aux Etats-Unis, sans doute un peu moins en Europe, et notamment en France ou le développement d'alternatives, telle que le nucléaire, nous a rendu moins dépendants du pétrole. Mais la grosse interrogation concerne l'impact du doublement du prix du baril sur le pouvoir d'achat des populations émergentes… Cette question se pose avec beaucoup plus d'acuité aujourd'hui dans un contexte où face à une situation intenable financièrement, certains gouvernements revoient maintenant leur politique de subvention des prix du carburant. Le gouvernement indonésien vient par exemple d'annoncer une réduction drastique de ses subventions en faveur de l'essence, ce qui va se traduire par un bond des prix de 30% à la pompe.

Tradingsat.com : Partagez vous l'opinion de George Sorros qui parle de bulle spéculative prête à exploser ?

Chloé Magnier : A 130 dollars, le cours du baril est probablement déconnecté en partie de ses fondamentaux, où du moins, ce prix résulte de facteurs qui ne sont pas directement liés aux questions d'offre et de demande. La baisse du dollar est une première explication de cette situation. L'augmentation des cours du baril compense en effet l'affaiblissement du billet vert dans les recettes des producteurs. Par ailleurs, alors que la crise financière a provoqué une défiance envers tous les actifs risqués, les matières premières constituent une vraie solution pour diversifier les portefeuilles tout en se couvrant contre l'inflation. Mais sans contredire la tendance de fond ! Le renchérissement du baril de pétrole est en effet inévitable, en raison d'une offre contrainte et d'une demande en croissance rapide en provenance des pays émergents. Le problème ne vient pas des réserves d'hydrocarbures mais de la capacité limitée de l'industrie à extraire et produire rapidement du pétrole. L'OPEP est proche de sa production maximale, tandis que les pays non membres du cartel se révèlent manifestement impuissants à satisfaire la nouvelle demande. Par ailleurs, le coût marginal d'un baril supplémentaire de pétrole a considérablement augmenté. On peut désormais l'estimer entre 70 et 90 dollars le baril, soit le niveau de prix en deçà duquel les compagnies n'accepteront plus d'exploiter un champ pétrolier.

Tradingsat.com : Christophe de Margerie, le PDG de Total, estime que le seuil des 100 millions de barils par jour sera très difficile à atteindre…

Chloé Magnier : Les contraintes pour mettre en production de nouveaux puits de pétrole sont en effet considérables, que ce soit en terme de main d'œuvre ou de prix des équipements de forage. Les champs auxquels s'attaquent désormais les compagnies pétrolières sont désormais quasi exclusivement localisés dans des zones difficiles en eaux profondes, ou bien nécessitent des techniques d'extraction particulièrement coûteuses comme pour les sables bitumineux au Canada. L'offre des entreprises de services pétroliers n'était pas suffisamment extensible, elle constitue un facteur limitant.

Tradingsat.com : Goldman Sachs prévoit que les cours du pétrole atteindront 150$, voire 200$ d'ici deux ans. Est-ce crédible ?

Chloé Magnier : Oui ça peut l'être. On se souvient d'ailleurs que Goldman Sachs affirmait il y a deux ans, sans vraiment convaincre à l'époque, que le baril atteindrait les 100 dollars. Or la réalité a dépassé cette prévision qui paraissait de prime abord excessive. Mais pour gérer au quotidien un fonds "Energie", que je table sur un baril à 150 ou 200 dollars ne sera pas déterminant. Ce qui compte, c'est la tendance, celle d'un pétrole cher. En 2010, les prix dépendront notamment de la situation économique, qui reste difficile à prévoir compte tenu de la situation actuelle de ralentissement de la croissance aux Etats-Unis. Le dollar et le contexte géopolitique joueront aussi leur rôle. Les marchés sont toujours nerveux dès qu'une information liée à l'Iran ou au Nigéria par exemple parvient à leurs oreilles.

Tradingsat.com : Dans ce contexte, quelles sont les thématiques et les valeurs qui vous intéressent ?

Chloé Magnier : Les choix de gestion sont notamment définis, bien sûr, pour profiter de l'orientation positive du baril. Cependant, il faut aussi pouvoir compter sur un effet volume en cas de stabilité ou de recul ponctuel des cours. C'est pourquoi nous avons privilégié de grosses valeurs d'exploration et production ainsi que de grosses valeurs pétrolières intégrées. Notre portefeuille est très exposé aux valeurs nord-américaines, mais parmi les valeurs françaises Total est l'une de nos préférées. Sa valorisation est attractive au regard de ses réserves, de son chiffre d'affaires et de ses perspectives de production. Ce type de valeurs présente aussi l'avantage de diversifier le portefeuille et de le désensibiliser en partie au risque de marché. Dans un registre connexe, nous accordons une place significative au secteur des services pétroliers, du fait de la nécessité de produire davantage dans des conditions de plus en plus difficiles. Pour jouer cette thématique, nous avons retenu l'américain Transocean et le français CGG Veritas. Via l'analyse sismique, ces sociétés participent non seulement à la découverte de nouveaux champs, mais aussi à l'optimisation de la production et du taux de récupération de champs pétroliers en déclin. Citons également Technip, dont le pricing power est appréciable, et qui fait régulièrement l'objet de rumeurs d'intérêt.

Tradingsat.com : Le fonds Global Energy & Natural Resources n'est cependant pas uniquement focalisé sur la thématique pétrolière.

Chloé Magnier : Effectivement, nous interprétons le terme « Energie » au sens large. La thématique de la raréfaction des ressources pétrolière constitue certes le point de départ de la stratégie d'investissement du fonds, mais l'après pétrole et les autres sources d'énergie sont également prises en considération. Une partie du portefeuille est donc consacrée aux énergies renouvelables et à l'énergie nucléaire. Séchilienne-Sidec et Alstom figurent parmi nos valeurs préférées. La première applique un modèle économique d' « utilities » au sein d'un secteur en plein essor. Elle présente ainsi l'avantage d'une volatilité moins importante que celle du secteur qui reste très spéculatif. La seconde permet de jouer la dynamique d'un équipementier présent dans le domaine nucléaire, puisqu'Alstom construit l'îlot conventionnel des centrales. Sans compter qu'un éventuel rapprochement avec Areva me permettrait d'entrer par la petite porte dans le capital de ce dernier.

Propos recueillis par François Berthon

Propos recueillis par - ©2022 BFM Bourse
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