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Jean-Laurent Bruel : "Beaucoup de biotechs affichent des valorisations à la casse"

Jean-Laurent Bruel, Gestys GestionJean-Laurent Bruel, Gestys Gestion

(Tradingsat.com) - Après une année 2016 difficile, le secteur des biotechnologies connaît un regain de forme sensible depuis quelques semaines. L’analyse de Jean-Laurent Bruel, gérant du fonds Gestys Santé Biotech (FR000705762) éligible au PEA et PEA-PME spécialisé sur les biotechs européennes.

Tradingsat.com : Quel est votre sentiment sur l’évolution du secteur des biotechnologies ?

Jean-Laurent Bruel : Si l’on remet les choses en perspectives, le secteur a connu en trois ans un essor rapide, passant de quelques sociétés de biotechnologie cotées à Paris seulement en 2012, à plus d’une trentaine de laboratoires présents en Bourse aujourd’hui, et plus de cinquante si l’on inclut les medtechs. Mais l’euphorie liée à cette « révolution » a été suivie d’un coup d’arrêt assez général depuis mi-2015, avec notamment la polémique aux Etats-Unis sur les prix des médicaments. Les fonds américains qui étaient entrés au capital de biotechs françaises ont commencé à être plus regardants. Il y a eu beaucoup moins d’introductions. Il est devenu plus difficile de lever des fonds alors même que certaines sociétés entrées en 2014 ou 2015 sur le marché avaient justement besoin de nouveaux financements. En quelque sorte, il y a eu « télescopage » entre le grand espoir suscité par les biotechnologies et la problématique du financement.

Tradingsat.com : Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Jean-Laurent Bruel : Une majorité de biotechs dont les projets sont pourtant beaucoup plus matures qu’il y a deux ou trois ans ont connu des parcours boursiers décevants. Ce qui peut s’expliquer par plusieurs déconvenues majeures sur les résultats cliniques de sociétés comme par exemple Genticel, Celyad, Valneva, Abivax, et plus récemment Adocia et Cerenis. La communication de ces laboratoires suscite souvent des attentes en termes d’annonces potentielles, avec le risque de prendre les investisseurs à contre-pieds. Par ailleurs, à l’exception de grands noms comme DBV Technologies ou Cellectis, cotés à la fois à Paris et au Nasdaq, l’écart de valorisation du secteur entre les Etats-Unis et l’Europe ne s’est pas réduit, au contraire. Enfin, le début d’année a montré une incapacité à financer le secteur autrement que par des opérations dilutives via des lignes de tirages ou des obligations convertibles…

Tradingsat.com : Comment interpréter la nette progression de l’indice Next Biotech depuis le début de l’année (+6,3%) ?

Jean-Laurent Bruel : Il faut avoir à l’esprit que 2 valeurs, DBV Technologies et Galapagos, représentent quasiment plus de 40% de la capitalisation de l’indice sur les 47 qui le composent. Or ces deux valeurs connaissent un parcours solide qui occulte en grande partie la chute de bon nombre de biotechs européennes. Cela signifie qu’il y a une majorité de sociétés très peu valorisées, alors qu’elles représentent un portefeuille de produits très riche, susceptibles de faire leurs preuves et d’apporter des solutions thérapeutiques nouvelles sur des marchés qui se chiffrent en dizaines de milliards d’euros, voire plus.

Tradingsat.com : Est-ce le bon moment pour investir sur les biotechs ?

Jean-Laurent Bruel : Par principe – et par obligation réglementaire - le fonds Gestys Biotech est toujours très largement investi. Il n’est pas possible de capter la plus grande part de la réussite d’un dossier si vous ne l’avez pas en portefeuille avant les étapes clés du développement de la société, tout en étant bien sûr très sélectif. Les résultats cliniques décevants ou en demi-teinte de ces derniers mois ne nous font pas changer notre fusil d’épaule. Je pense toujours que le secteur est véritablement porteur à terme. Quelques bons résultats cliniques – à l’image de ceux qu’AB Science et Erytech viennent d’annoncer – ou opérations de rapprochement ou de rachat - comme les dernières rumeurs sur Genfit sont venues le rappeler – suffiraient à ce que les planètes se réalignent. Il y a donc des opportunités, même si on a le sentiment que les vents contraires peuvent encore perdurer un certain temps.

Tradingsat.com : Quelles sont vos valeurs préférées ?

Jean-Laurent Bruel : Je reste fidèle à ma stratégie. La création de valeur la plus importante s’opère souvent davantage lors du franchissement des premières phases cliniques 1 et 2 qu’en phase 3, où la probabilité de succès est déjà bien intégrée dans les cours. J’ai fait partie des premiers investisseurs sur DBV Technologie, qui est aujourd’hui la biotech française la mieux valorisée avec une capitalisation de près d’1,6 milliard d’euros. Le titre valait 8 euro en 2013, il en vaut 8 fois plus. Je veux être le mieux positionné pour le futur. Beaucoup de biotechs, qui pourtant respectent globalement leur plan de marche, affichent des valorisations à la casse souvent du fait de la pression liée à leur besoin de financement. J’apprécie ainsi une société comme Sensorion positionnée sur des marchés très importants avec des traitements potentiels des crises de vertige et de la perte auditive aigue et violente. Je crois beaucoup également en TxCell, société pionnière dans les immunothérapies basées sur les cellules T régulatrices, un leader potentiel valorisé très faiblement selon moi, avec des marchés adressables énormes pour le traitement des maladies inflammatoires et auto-immunes sévères.

Tradingsat.com : Integragen et Biophytis sont vos deux premières positions :

Jean-Laurent Bruel : Integragen se paie deux fois et demi le chiffre d’affaires, on attend un partenariat aux Etats-Unis pour son test basé sur le biomarqueur miR-31-3p pour les patients atteints de cancer colorectal métastatique, la société dispose d’une plate-forme de développement génomique avec le concours de scientifiques prestigieux : la valorisation ne tient pas compte de ces éléments. Biophytis cible des maladies du vieillissement pour lesquelles il n’y a aucun traitement, notamment la sarcopénie, dystrophie musculaire liée à l’âge, sachant que la prise de conscience quant au coût sociétal de cette maladie est relativement récente et va s’amplifier. Ils ont pris un peu de retard en décidant de coupler les études européennes et américaines et la question du financement se reposera. Mais voilà, ces dossiers, qui capitalisent quelques dizaines de millions d’euros à peine, ont un potentiel sans commune mesure avec d’autres qui valent 1 ou 2 milliards d’euros…

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