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Marché : Le jeu se complique pour Vivendi chez Ubisoft

Marché : Le jeu se complique pour Vivendi chez UbisoftMarché : Le jeu se complique pour Vivendi chez Ubisoft

par Gwénaëlle Barzic et Mathieu Rosemain

PARIS (Reuters) - Vivendi va devoir révéler une partie de son jeu vendredi à l'occasion de l'assemblée générale du spécialiste des jeux vidéos Ubisoft dans la bataille de positions qui l'oppose à la famille fondatrice, confortée par l'ascension du titre en Bourse.

Les frères Guillemot ferraillent depuis deux ans pour préserver l'indépendance de l'éditeur des jeux à succès "Just Dance" et "Lapins Crétins" face à l'irruption au capital du géant des médias, devenu le premier actionnaire avec près de 27% du capital et 24,47% des droits de vote.

Vivendi, qui a affiché son ambition de grandir dans le secteur en plein essor des jeux vidéos et réclamé à plusieurs reprises sa représentation au conseil d'administration, n'a pas déposé de résolution en vue de l'assemblée générale.

Le groupe contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré conserve la possibilité d'une résolution surprise au moment de l'AG mais le scénario est peu probable, selon une source proche du dossier.

Si la réunion s'annonce moins tendue que l'AG 2016 marquée par une forte mobilisation des salariés derrière le PDG Yves Guillemot, elle jouera néanmoins le rôle de révélateur des projets Vivendi.

L'enjeu porte principalement sur la résolution 31 visant à distribuer des actions gratuites aux salariés, un outil clef pour attirer les talents dans un secteur concurrentiel.

Une abstention de Vivendi lors du vote, comme il l'avait fait l'an dernier, menacerait ce projet car la direction devrait alors obtenir le soutien de plus de 95% du reste des actionnaires.

Pour mettre toutes les chances de son côté, la famille Guillemot a accru sa part au capital pour la porter à 15,38% (21,61% des droits de vote).

LES ACTIONS GRATUITES AU COEUR DE L'AG

Le groupe a aussi retiré une résolution sur l'octroi d'actions gratuites aux dirigeants mandataires sociaux qui aurait profité à la famille Guillemot, une façon habile d'obliger Vivendi à se positionner tout en répondant aux réserves de la société de conseil aux actionnaires ISS.

"Notre objectif est d'obtenir le soutien le plus large possible des actionnaires et l'on espère que Vivendi aura un comportement responsable", a expliqué à Reuters Alain Martinez, directeur financier d'Ubisoft.

Interrogé sur ses intentions de vote, Vivendi n'a pas souhaité faire de commentaire.

Même en cas d'échec, la direction d'Ubisoft pourrait trouver des modes de rémunération alternatifs pour ses salariés. Elle restera en revanche sous la menace de son premier actionnaire qui bénéficiera à compter du 20 novembre de droits de vote doubles, ce qui pourrait l'amener à dépasser les 30% déclencheurs d'une offre publique d'achat.

Vivendi pourra opter pour le statu-quo en plaçant certains titres au porteur, la loi Florange ne s'appliquant qu'aux actions inscrites au nominatif.

Le groupe de médias, qui a présenté Ubisoft comme une cible naturelle après avoir déjà croqué la société jumelle Gameloft, pourrait aussi se lancer dans une opération hostile mais jugée risquée et coûteuse par des experts du secteur.

LE SCÉNARIO D'UNE OPA DE PLUS EN PLUS COÛTEUX

Depuis le début de l'année, Ubisoft a flambé de 75%, porté par l'ascension de l'ensemble du secteur en Bourse à l'image des plus hauts historiques des concurrents, par les bonnes performances de la société et par les spéculations sur une offre de Vivendi.

"Plus le temps passe et plus cela devient cher. Autant l'année dernière, j'étais certain à 80% que leur sort était scellé et que cela finirait en OPA, autant aujourd'hui je pense que c'est 50/50", estime Richard-Maxime Beaudoux, analyste à Bryan Garnier.

"Ils ont très bien exécuté au niveau fondamental et leurs perspectives tout comme celles du secteur sont tellement bonnes qu'ils ont de quoi convaincre les actionnaires. Même si Vivendi proposait 20-30% de plus que le cours actuel, je ne suis pas certain que les actionnaires apporteraient". 

Le titre Ubisoft a encore le potentiel de grimper, souligne l'analyste, en faisant notamment valoir que le groupe doit encore rattraper ses concurrents dans la mue vers le numérique, synonyme de marges sensiblement plus élevées.

Selon les calculs d'Exane BNP Paribas, le titre, en dépit de sa remontée spectaculaire conserve une décote d'environ 20% face à ses principaux concurrents américains Activision Blizzard et Electronics Arts avec un multiple de 15 fois la valeur d'entreprise ramenée à l'Ebit contre 19 en moyenne.

"Avec une plus-value non réalisée estimé à un milliard d'euros de son investissement dans Ubisoft, nous pensons que Vivendi pourrait prendre ses gains et les réinvestir dans une stratégie centrée sur le jeux sur mobile autour de Gameloft. Nous pensons que ce serait moins risqué pour les investisseurs, générerait davantage de synergies et créerait ainsi plus de valeur qu'une prise de contrôle potentiellement coûteuse d'Ubisoft", ajoutent les analystes.

(Edité par Jean-Michel Bélot)

Copyright © 2017 Thomson Reuters


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