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Marché : L'Opep ne modifie pas sa production, le cours du brut baisse

L'Opep ne réduira pas sa productionL'Opep ne réduira pas sa production

par Shadia Nasralla et David Sheppard

VIENNE (Reuters) - Les pays membres de l'Opep ont décidé jeudi de ne pas réduire leur production, une victoire pour les Etats du Golfe emmenés par l'Arabie saoudite face aux pays plus pauvres du cartel, sur fond de baisse continue des cours du brut.

Le prix du baril de Brent perdait trois dollars, revenant sous 75 dollars, au plus bas depuis septembre 2010, après la fin de la réunion ministérielle de Vienne, qui augure du maintien d'une offre mondiale excédentaire pendant les mois à venir. Le brut léger américain reculait d'autant à 70,75 dollars, au plus bas depuis juin 2010.

"C'est la bonne décision", a déclaré le ministre saoudien du Pétrole, Ali al Naïmi, sorti en souriant de cinq heures de discussions.

Prié de dire si l'Opep avait décidé de ne pas réduire sa production, il a répondu : "C'est exact".

Son homologue vénézuélien, Rafael Ramirez, visiblement irrité, s'est quant à lui refusé à tout commentaire.

Les Etats du Golfe avaient clairement laissé entendre qu'ils étaient prêts à supporter une période prolongée de prix bas, une situation qui pénalise en premier lieu des pays comme le Venezuela et l'Iran, dont la situation budgétaire est plus fragile et qui prônaient une réduction des pompages pour tenter de stabiliser le marché.

Le prix du baril a chuté d'un tiers depuis le mois de juin, en raison de l'essor de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis et du ralentissement de la croissance en Europe et en Chine, qui fait craindre une faiblesse durable de la demande.

Pour les tenants du statu quo au sein de l'Opep, Arabie saoudite en tête, réduire unilatéralement la production de l'organisation, qui représente un tiers de l'offre mondiale, serait prendre le risque d'abandonner des parts de marché à d'autres producteurs, notamment nord-américains.

A l'opposé, le maintien des quotas actuels risque de déclencher une bataille pour les parts de marché.

"AUCUN OBJECTIF DE COURS"

Les pays producteurs du Golfe disposent de réserves de change qui leur permettent d'amortir l'impact d'une guerre des prix mais celle-ci sera sans nul doute plus douloureuse pour d'autres pays membres du cartel.

"Pour nous, cela veut dire que l'Arabie saoudite tente de faire passer l'idée qu'il faut laisser les cours baisser à court terme, avec un plancher à 60 dollars le baril, afin d'avoir plus de stabilité dans les années à venir, à 80 dollars et plus", dit Olivier Jakob, du consultant Petromatrix.

"En d'autres termes, il est de l'intérêt de l'Opep de s'accommoder de prix plus bas pendant un certain temps pour ralentir le développement de projets aux Etats-Unis".

Le secrétaire général de l'Opep, Abdoullah al Badri, a déclaré jeudi que l'organisation n'avait "aucun objectif de cours", en réponse à une question sur le seuil de 100 dollars le baril évoqué auparavant.

Le communiqué publié par l'Organisation ne fait par ailleurs pas mention de la nécessité de respecter le plafond officiel de production de 30 millions de barils par jour (bpj).

L'explosion du pétrole de schiste aux Etats-Unis a pris nombre de membres de l'Opep de court, sapant la domination de l'organisation sur le marché en réduisant en particulier sa part de marché.

"La façon dont les Etats-Unis produisent est exécrable. Du point de vue des changements climatiques, le pétrole de schiste est une catastrophe", a dit à la presse le chef de la diplomatie vénézuélienne, Rafael Ramirez.

La Russie, qui produit 10,5 millions de bpj, soit 11% de l'offre mondiale, a eu mardi des discussions avec plusieurs représentants de l'Opep, dont elle ne fait pas partie. Selon Igor Setchine, le PDG du géant pétrolier russe Rosneft, Moscou ne baissera pas sa production de brut même si le baril tombe à 60 dollars.

L'Opep a fixé au 5 juin 2015 la date de sa prochaine réunion.

(Claude Chendjou, Bertrand Boucey et Marc Angrand pour le service français)

Copyright © 2014 Thomson Reuters


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