Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Occultée par le coronavirus, l'épidémie de grippe menace pourtant l'économie américaine

dimanche 23 février 2020 à 11h30
L'épidémie de grippe n'a rien à envier au coronavirus

(BFM Bourse) - Déjà des dizaines de millions de personnes touchées, au moins 250.000 hospitalisations et des milliers de décès: si les médias l'évoquent infiniment moins que le nouveau coronavirus, le bilan de l'épidémie de grippe saisonnière aux Etats-Unis est pourtant déjà bien plus lourd. Potentiellement la plus sévère depuis dix ans, son impact sur la croissance pourrait ne pas être négligeable.

Et si le plein emploi américain était à blâmer face à l'épidémie de grippe saisonnière ? Alors que l'attention du public est surtout attirée vers le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2), Covid-19, les Etats-Unis connaissent depuis le début de l'hiver une épidémie de grippe sans précédent depuis dix ans. Loin d'être anodin, le phénomène pourrait avoir un impact non négligeable sur la croissance du PIB de la première économie mondiale, souligne Mirabaud Securities. Et la bonne tenue du marché de l'emploi, paradoxalement, n'y est peut-être pas étrangère.

Selon les chiffres officiels que communique chaque semaine l'agence des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), depuis octobre ce sont 26 à 36 millions d’américains qui ont connu un syndrome grippal (qui désigne les manifestations habituelles et qui en période d'épidémie est attribué par défaut à la grippe, sauf arguments contraires). L'épidémie a entraîné entre 250.000 et 440.000 hospitalisations et provoqué au moins 14.000 décès (36.000 en fourchette haute de l'estimation) au cours des seize premières semaines. "Jamais depuis l'épidémie mondiale de la grippe du porc qui avait touché 60 millions d'Américains et fait 12.469 morts en 2009-2010, les États-Unis n'ont subi une épidémie aussi sévère", rappelle John Plassard, directeur adjoint de Mirabaud Securities.

Alors que la grippe tue entre 3.000 et 49.000 personnes chaque année aux USA, très majoritairement des personnes âgées et/ou souffrant de problèmes de santé chroniques (à titre de comparaison, 38.800 personnes ont trouvé la mort aux Etats-Unis sur la route l'an dernier, selon l'estimation préliminaire du National Safety Council), le nombre total de décès dû à la grippe pourrait dépasser le niveau record de 56.000, atteint en 2014-2015.

Plusieurs raisons expliquent cette virulence, selon le spécialiste en investissement de Mirabaud. La première est à chercher dans les souches qui circulent, et qui mutent d'une année à l'autre. La deuxième est à mettre sur le compte de la propagation, poursuit-il. "En effet, bon nombre d'Américains, malgré les symptômes qu'ils ont identifiés, préfèrent se rendre au bureau ou à l'usine" : ce présentéisme favorise la transmission.

Et la raison en est toute simple : un grand nombre de travailleurs américains, notamment les travailleurs à bas salaire dans le commerce de détail et l'industrie alimentaire, ne sont pas couverts par une assurance maladie qui indemnise les absences et ne bénéficient pas de jours de congés maladie payés, même si certains Etats adoptent des lois pour tenter de les imposer.

"Si nous sommes tous d’accord pour affirmer que le plein emploi est une chose fantastique, dans le cas de la propagation de la grippe, on peut cependant s’interroger. En effet, dans le cas des États-Unis, du plein emploi découle des encombrements des lieux de travail, ce qui permet au virus de la grippe de se propager plus facilement et rapidement", souligne John Plassard.

Pourtant, il semble de l'intérêt même des entreprises de dissuader le présentéisme. Selon une étude d'Erik Nesson, professeur à l'université Ball State (Indiana), parue dans la revue Economics & Human Biology, les employeurs devraient rapidement prendre conscience que si quelqu'un vient travailler alors qu'il est malade, cela pourrait lui coûter énormément d'argent, du fait du risque de contaminer un nombre de salariés plus important encore. D'après l'universitaire, chaque augmentation du taux d'emploi d'un point de pourcentage correspondrait à une hausse de 16% des visites médicales liées à la grippe, et l'effet semble d'autant plus fort que la composante des services est importante dans l'économie. D'où sa préconisation pour que les entreprises se montrent plus généreuses en termes de congés maladie, y compris pour les personnes éprouvant des symptômes modérés mais tout aussi susceptibles de contaminer leurs collègues !

Concrètement pour l'économie, l'impact total de la grippe saisonnière serait de 87 milliards de dollars chaque année, selon une estimation du Departement of Health and Human Services du New Hampshire, dont 16,3 milliards de pertes de revenus, 10,4 milliards de dollars de frais pour les employeurs, plus les coûts indirects qu'entraînent les journées de travail perdues, les journées d'hospitalisation et les visites chez le médecin.

On peut donc penser que cette année "nous devrions nous situer en haut de la fourchette", redoute Mirabaud Securities.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+331.10 % vs -1.24 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat