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Les banques n'ont pas suffisamment intégré le risque lié au changement climatique

dimanche 28 avril 2019 à 08h00
Pourquoi les banques doivent prendre à bras-le-corps le risque de réchauffement climatique

(BFM Bourse) - La prise en compte des risques liés au changement climatique ne doit pas être plus longtemps repoussée. S'il n'existe pas de mesures permettant de les quantifier dans le bilan des établissements bancaires, l'enjeu financier - qu'il s'agisse des risques physiques proprement dit ou des risques liés aux bouleversements de l'économie - doit être intégré dès aujourd'hui, martèle Scope Insights.

Le risque lié au changement climatique est bien présent - il nous "fixe droit dans les yeux" - et l'ampleur de ses conséquences dépendra des mesures que nos sociétés adoptent (ou non) aujourd'hui, avertit l'agence de notation de crédit Scope Insight. Et s'il n'existe pas de méthode ou de mesure normalisées pour le quantifier financièrement, ce risque ne doit surtout pas être négligé par les banques.

Les banques ne disposent encore que de peu d'expertise interne pour évaluer ce risque d'un point de vue financier, note l'agence. Or, prendre des décisions d'investissement en se contentant de se fier aux notations RSE (responsabilité sociale et environnementale) fournies par les entreprises spécialisées dans les critères ISR (investissement socialement responsable) -utiles mais qui devraient n'être qu'un élément d'analyse parmi d'autres- ne semble pas une démarche suffisamment poussée. À terme, les analystes crédit et les investisseurs vont devoir évaluer le risque que pose le réchauffement climatique avec autant d'attention et de zèle qu'ils le font aujourd'hui pour le risque de crédit, le risque de marché ou encore le risque de liquidité.

Scope Insight note que le changement climatique n'est entré que récemment dans le cadre d'analyse des régulateurs bancaires et des établissements eux-mêmes. De façon intéressante, le régulateur français, l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), a mis l'accent ce mois-ci sur la façon dont les banques et les assurances françaises prennent en compte et gèrent les risques associés au changement climatique.

L'ACPR a simultanément publié deux études, le 10 avril dernier, en forme de bilan d'étape de la la mise en œuvre des dispositions de la loi sur la transition énergétique, sans omettre d'inclure une série de recommandations de mesures à mettre en oeuvre. Des groupes de travail vont également être constitués avec les institutions bancaires françaises sur les thématiques de la gouvernance du risque climatique d'une part, et de la quantification (incluant des analyses de sensibilité et de scénarios) de ce risque d'autre part. Soulignant des initiatives dans le même sens des autorités britannique, néerlandaise ou espagnole, ainsi que de la part de la Banque Centrale Européenne, Scope remarque que les régulateurs européens ont clairement pris l'initiative -vis-à-vis des Etats-Unis en tous cas- en matière d'orientation réglementaire, un des aspects positifs qu'on peut attribuer aux efforts de l'Union européenne en la matière.

Risques physique, de transition et de responsabilité

Concrètement, les risques associées au réchauffement climatique sont de plusieurs ordres. Le premier recouvre le risque physique, qui mesure l’impact direct du changement climatique sur les personnes et les biens (sécheresse, inondations, épisodes climatiques extrêmes, etc.). Dans ce domaine, il faut noter que les assureurs, qui ont par nécessité développé des mesures très fines de localisation des personnes et des biens assurés et qui sont déjà confrontées à l'augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes, apparaissent plus avancées que les banques dont les données sont encore insuffisamment granulaires.

Mais les risques le plus menaçants -en termes financiers- sont de l'ordre de la transition, développe Scope Insights. Autrement dit, la capacité des banques à faire face à un bouleversement du comportement des agents économiques en réponse à la mise en place de politiques énergétiques et des changements technologiques. Le principal scénario est celui d'un basculement -volontaire ou contraint voire brutal- vers une économie faiblement carbonée, avec un détournement des consommateurs des biens et services gourmands en ressources fossiles et une envolée des coûts de production de différents secteurs.

Enfin, le risque de responsabilité, qui correspond aux dommages et intérêts qu’une personne morale devrait payer si elle était jugée responsable du réchauffement climatique, et qui peut être perçu comme un simple catalyseur du risque de transition, n'est pas encore bien analysé. Cette situation n’est pas satisfaisante, a souligné l'ACPR compte tenu du nombre croissant de recours observés au niveau international. Les banques peuvent y être directement exposées -si ces institutions sont jugées responsables d’avoir contribué aux conséquences du changement climatique, une responsabilité certes difficile à établir-et de façon indirecte, si l’établissement détient des créances sur des entreprises reconnues responsables.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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