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L'envolée de la dette des entreprises françaises pas alarmante... pour l'instant

samedi 16 mars 2019 à 08h00
Les entreprises françaises se sont largement endettées, plutôt à bon escient

(BFM Bourse) - Contrairement aux autres entreprises européennes, les sociétés françaises ont fortement accru leur endettement depuis la dernière crise financière, jusqu'à un montant brut représentant près de 175% du PIB. Pas de quoi s'inquiéter dans la mesure où les firmes tricolores en ont surtout profité pour constituer des réserves de trésorerie et se développer à l'étranger en tirant parti de la solidité de l'euro.

L'endettement des entreprises françaises ne cesse d'augmenter depuis la crise de 2008, contrairement à celui de leurs consœurs européennes - notamment grâce au désendettement spectaculaire des firmes espagnoles et dans une moindre mesure italiennes. Au dernier comptage de S&P, mi-2018, le montant cumulé de leurs dettes dépassait 4.000 milliards d'euros, en augmentation de 40% en dix ans, représentant près de 175 % du PIB français ! Retraité des prêts intra-groupes, l'endettement net était toutefois moindre: 89,7% du PIB tout de même (soit autour de 2.000 milliards d'euros).

Dans l'absolu, les entreprises françaises n'ont pas manqué de raisons pour jouer de l'effet de levier financier, à commencer par l'extrême modicité des coûts d'emprunt face aux retombées potentielles des investissements.

En 2018, souligne S&P, le taux d'emprunt moyen du segment corporatif (hors entreprises financières) était de 1,56%, un plus bas historique. Les PME-PMI en ont profité au niveau des financements bancaires tandis que les plus grandes entreprises ont bénéficié d'un accès encore plus facilité aux marchés financiers.

L'investissement des entreprises s'est redressé

Les sociétés tricolore ont d'abord profité de cette manne d'argent pas cher pour investir en France, comme le montre le redressement du niveau d'investissement, plus rapide dans l'Hexagone qu'ailleurs en Europe, notamment grâce à des incitations fiscales.

Mais elles n'ont pas hésité non plus à investir à l'étranger, ciblant des actifs aux rendements encore plus élevés, en tirant parti du statut bien établi de l'euro comme monnaie internationale.

Sur ce plan, les stratégies d'investissement des entreprises françaises s’apparentent de plus en plus au capital-risque - et s’avèrent payantes, souligne l'agence de notation. Les investissements français à l'étranger rapportent plus que les investissements étrangers en France, et font ainsi plus que compenser le déficit commercial du pays.

Un risque de défaut de paiement limité selon S&P

Certes, S&P s'attend à ce qu'une hausse éventuelle des coûts d'emprunt finisse par tester la solidité des entreprises endettées. Mais la baisse du ratio paiements d'intérêts/valeur ajoutée brute, ainsi que l'allongement des maturités, suggèrent des défauts de paiement limités si les taux d'intérêt augmentent progressivement. Néanmoins, les stratégies d'investissement des entreprises françaises à l'étranger les exposent aux évolutions de l'environnement extérieur (écarts de taux d'intérêt, fluctuations des taux de change).

Le cas des entreprises que note S&P conforte ce constat macroéconomique. L'augmentation de leur endettement est principalement le fait des multinationales françaises et des entreprises publiques. Elles ont utilisé les liquidités levées pour réaliser des fusions et acquisitions, financer leurs besoins d'investissement (capex) ou des acquisitions futures, ou encore repousser d’éventuelles tentatives de reprise.

Les banques ont joué un rôle clé dans la croissance du crédit aux entreprises françaises, par une offre de taux d'intérêt bas aux entreprises de toutes tailles. Une accumulation de dette bien plus rapide que la croissance du PIB français n’est évidemment pas soutenable dans le temps, mais l'agence de notation ne voit pas dans l’immédiat de risque de bulle de crédit pour les banques françaises.

Attention à l'augmentation des coûts du financement obligataire

Cela étant, la tarification des prêts par les banques dans un marché compétitif est très clairement à l’avantage des emprunteurs, ce qui constitue un point de vigilance. En effet l’augmentation depuis fin 2018 du coût du financement obligataire (notamment pour les banques) ne s’est pas encore traduite par un mouvement similaire dans la tarification du crédit bancaire. Si ce décalage persistait, cela pourrait signifier que les banques apprécient mal les risques et la rentabilité des crédits accordés...

A ce stade, S&P Global Ratings ne considère pas comme alarmant le phénomène d'endettement des firmes tricolores au regard de leurs stratégies d'investissement. L'agence juge donc peu probable que cela entraîne dans un avenir proche une incidence sur la notation souveraine de la France ("AA"). En effet, la croissance économique du pays n’est pas selon l'agence alimentée par le crédit, et la situation du pays sur le plan de la dette extérieure n’est pas problématique - même s'il convient de souligner que la prise en charge par l’Etat de la dette de certaines entreprises publiques (dont récemment celle de SNCF Réseau) s'est traduite par une augmentation du ratio dette publique nette sur PIB.

Guillaume Bayre - ©2019 BFM Bourse
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