par Timothy Gardner et Nichola Groom
NEW YORK/LOS ANGELES (Reuters) - De plus en plus de producteurs américains d'éthanol, coincés entre la volatilité des cours du maïs et les prix payés par les raffineries pour l'achat de leur production, risquent de devoir solliciter la protection de la loi américaine sur les faillites.
VeraSun Energy Corp, la principale entreprise cotée productrice d'éthanol aux Etats-Unis avec 14 distilleries réparties dans huit États, a annoncé vendredi qu'elle se plaçait sous la protection de la loi américaine sur les faillites. L'entreprise, basée dans le Dakota du Sud, a souffert de contrats trop chers pour l'achat du maïs, la principale matière première pour la fabrication de l'éthanol.
Gateway Ethanol, un autre producteur d'éthanol, a fait faillite début octobre et plusieurs autres petits producteurs ont mis la clef sous la porte à la fin de l'année dernière en raison d'une offre surabondante.
"A première vue, oui", a dit Raymond James, analyste chez Pavel Molchanov, interrogé sur le risque d'autres dépôts de bilan. "Il pourrait y avoir encore plus de faillites selon la durée de l'actuel ralentissement du marché de l'éthanol".
La capacité de production d'éthanol aux Etats-Unis a augmenté de 60% depuis que le gouvernement a fixé par la loi un objectif d'incorporation d'éthanol dans l'essence et accordé aux producteurs des subventions afin d'améliorer l'indépendance énergétique du pays. Les capacités sont déjà plus élevée que l'objectif fixé par Washington pour 2009, qui est de 11,1 milliards de gallons.
La manière dont le secteur de l'éthanol évoluera ces prochains mois pourrait déterminer le sens de la politique du futur président des Etats-Unis soit vers un développement de la politique de l'éthanol soit vers son abandon pur et simple, les professionnels du secteur se débrouillant alors comme ils le pourront.
PEU DE CONTROLE SUR LES PRIX
Le principal défi de l'industrie de l'éthanol est que les distillateurs ont "peu ou pas de contrôle" sur le prix du maïs, leur principal intrant, ou sur le prix auquel ils peuvent vendre l'éthanol aux raffineries de pétrole, a déclaré Joseph Gomes, analyste chez Oppenheimer & Co à New York.
L'éthanol ne représente environ que 6% de l'ensemble de l'offre d'essence. Le prix du maïs américain a atteint près de huit dollars le boisseau au cours de l'été mais a depuis diminué de près de la moitié de cette valeur.
Les coûts de l'essence ont de leur côté chuté en même temps que les cours du baril de brut qui ont baissé de plus de moitié depuis leur record de juillet à plus de 147 dollars.
Les deux autres grands producteurs d'éthanol cotés, Aventine Renewable Holdings et Pacific Ethanol, peuvent survivre aux marges de profit désastreuses de cette année en contrôlant leurs coûts, a déclaré Gomes.
Si ces entreprises repoussent l'ouverture de nouvelles usines, les marges bénéficiaires pourraient commencer à s'améliorer, a-t-il aussi estimé.
Aventine, par exemple, a repoussé au second trimestre 2009 l'ouverture de son usine Aurora West dans le Nebraska, initialement prévue au premier trimestre.
Les entreprises devront également se couvrir contre les variations des cours du maïs et mieux gérer leur liquidité, a-t-il dit.
D'autres analystes ne croient pas que la santé de l'industrie soit en danger. Dan Basse, président d'AgResources Co à Chicago, estime que les mandats publics ne disparaîtront pas de sitôt et que les distillateurs glanent leurs meilleures marges de toute l'année dans la mesure où le prix du maïs a baissé.
Jeff Broin, directeur général de Poet, le plus grand producteur américain d'éthanol, a pour sa part estimé dans un entretien que de nombreux producteurs d'éthanol pouvaient dégager "indéfiniment" des bénéfices même si le prix du brut tombait entre 40 et 50 dollars le baril.
De plus, comme certains projets d'usines ont été annulés à cause de la crise du crédit, la demande pourrait rapidement rejoindre l'offre. "À plus long terme, l'avenir du secteur devrait rester assez brillant", a déclaré Gomes. "La question est 'est-ce que toutes ces sociétés pourront y parvenir?'".
Version française Mathilde Cru
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