par Gilles Guillaume
PARIS (Reuters) - Soucieuse avant tout d'éviter une pénurie de carburant pendant les Jeux olympiques, la Chine attendra très probablement la fin de l'événement pour mettre fin au stockage frénétique d'essence auquel elle se livre actuellement.
Si la consommation apparente chinoise en pétrole n'a augmenté que de 2,3% en mai, sa progression la plus faible depuis six mois, le pays est devenu ce même mois importateur net de carburant pour la première fois de mémoire de statisticien.
Le deuxième consommateur mondial de brut, qui fut un temps le premier fournisseur d'Asie en essence, peine depuis des années à répondre à la demande suscitée par le boom économique. Cette tension permanente constitue l'un des principaux facteurs de la flambée du brut sur les marchés mondiaux. Le prix du baril a grimpé de 40% depuis le début de l'année et a été multiplié par près de sept en six ans, période marquée par une croissance à deux chiffres du PIB chinois.
Pékin vit dans la hantise d'une pénurie et redoute surtout que ses effets se fassent sentir pendant les JO du mois d'août. Le pouvoir a donc récemment accordé un régime fiscal préférentiel pour les importations de produits déjà raffinés et il a décidé mi-juin de laisser filer les prix à la pompe, une mesure qui devrait pousser les raffineurs chinois à produire davantage.
"C'est une bonne nouvelle pour les raffineurs et les acteurs de la distribution énergétique en Chine", commente Jean-Charles Sambor, économiste chez TCW, filiale de SGAM (Société générale Asset Management). "C'était nécessaire pour rétablir leurs marges et éviter des distorsions de prix intenables."
"Tout est maintenant conditionné aux prix du marché intérieur", ajoute Tony Regan, analyste du cabinet conseil spécialisé Nexant. "Les raffineurs attendent qu'on les encourage autrement que par des subventions directes."
Le différentiel entre le cours du brut, qui enchaîne les records historiques, et le prix à la pompe, maintenu à un très bas niveau en Chine, devenait de plus en plus dissuasif. La production des raffineries chinoises a ainsi baissé en mai de 1,1% par rapport au même mois de 2007, une première en cinq ans. Les économistes expliquent ainsi la faiblesse de la consommation apparente observée le mois dernier, la Chine n'ayant tout simplement pas été en mesure de répondre à une partie de la demande en gazole.
MALGRÉ LE PRIX DE L'ESSENCE, LES CHINOIS RÊVENT DE VOITURE
La population chinoise vivait jusqu'ici avec un baril de pétrole dont le prix équivalait à 80 dollars, le niveau auquel il se situait il y a plus de huit mois sur les marchés mondiaux, où il dépasse aujourd'hui allègrement 130 dollars.
Le prix du litre d'essence affichant un indice d'octane de 93 - le carburant automobile de référence en Chine - avait été maintenu jusque-là autour de 45 centimes d'euro. Or il vaut un euro à Singapour, où le carburant n'est pas subventionné, et atteint dans les stations-service françaises 1,50 euro pour le sans plomb 95, qui à l'inverse est très taxé.
La plupart des autres pays d'Asie ont déjà dû se résoudre eux aussi à relever les prix à la pompe, les subventions étant devenues intenables pour les finances publiques. La Chine ne pouvait pas faire l'économie d'un tel ajustement mais ses réserves de changes massives lui donnaient les moyens de retarder une décision susceptible d'alimenter l'inflation et la grogne sociale.
"L'organisme en charge de l'administration des prix a saisi une parfaite fenêtre d'opportunité", observe Sambor. "Ce relèvement des tarifs ne pouvait avoir lieu tant que les prix des denrées alimentaires étaient trop élevés. Un répit étant observé sur ce terrain, il était possible d'augmenter les tarifs de l'énergie sans avoir un impact trop négatif sur la courbe globale des prix."
"La Chine n'a pas relevé fortement les prix des carburants, elle a plutôt décidé de moins les subventionner", précise Moncef Kaabi, directeur de recherche chez Natixis. "C'est une mesure plus symbolique qu'autre chose, qui n'influence pas encore la consommation, pour le moment."
Alors qu'en Inde, la hausse des prix de l'essence a entraîné un tollé politique et de vastes manifestations, elle n'a provoqué qu'un mouvement de colère passager en Chine où les plus pauvres n'ont pas de voiture et les plus aisés largement les moyens de continuer à faire le plein, même avec une valse des tarifs pouvant atteindre 18%.
Les ventes de 4x4 en Chine ont bondi de 50% l'an dernier, une croissance deux fois plus rapide que l'ensemble du marché automobile chinois. Face à cet engouement, la banque Goldman n'attend pas que la hausse des prix décrétée à la mi-juin affecte véritablement la consommation chinoise, ce qui laisse présager d'autres records à venir pour le baril de brut.
Une fois les JO passés, Pékin pourrait infléchir cette vaste politique d'importation et de stockage. D'autant plus que deux nouvelles raffineries à Fujian et à Huizhou, dont l'entrée en service est programmée pour le quatrième trimestre, devraient pouvoir alors prendre le relais.
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