par Philip Blenkinsop et Reed Stevenson
BRUXELLES/AMSTERDAM (Reuters) - Le groupe belgo-néerlandais de services financiers Fortis tente de rassurer ses clients et ses actionnaires sur la solidité de sa situation financière, sans pouvoir enrayer la chute de son cours de Bourse.
Fortis a annoncé en début de soirée la nomination de Filip Dierckx, 52 ans, au poste de directeur général, en remplacement de Herman Verwilst, qui assurait jusqu'ici cette fonction par intérim.
Dierckx était jusqu'ici président de Fortis Bank.
Dierckx assume ses nouvelles fonctions dès aujourd'hui, a précisé Fortis dans un communiqué. Il sera officiellement désigné lors d'une assemblée générale des actionnaires dont la réunion sera annoncée ultérieurement.
L'action Fortis, en baisse pour la cinquième séance consécutive, a chuté de plus de 20% à Bruxelles et Amsterdam pour finir à 5,20 euros, un plus bas de 15 ans.
Herman Verwilst a tenu dans la journée une conférence de presse pour assurer que Fortis ne déposerait pas son bilan.
Il s'est dit convaincu de pouvoir atteindre l'objectif, présenté en juin, d'étoffer les fonds propres du groupe de 8,3 milliards d'euros.
"Fortis n'a aucun problème de liquidité", a déclaré Filip Dierckx lors de la conférence.
Le groupe, qui a investi 24 milliards d'euros l'an dernier dans le rachat d'une partie du néerlandais ABN Amro, met en avant sa base de financement de 300 milliards d'euros et ses ratios de solvabilité élevés.
Le groupe a annoncé de nouvelles cessions d'actifs qui pourraient atteindre cinq à dix milliards d'euros et qui s'ajouteront à celles en préparation depuis juin.
Verwilst a ajouté que dans un "scénario extrême", Fortis pourrait envisager de céder des actifs stratégiques. Il a également estimé que les rumeurs de marché sur des problèmes de liquidités pour Fortis émanaient d'intervenants ayant des motifs spéculatifs.
Les nouvelles activités susceptibles d'être cédées, qui représentent plus de 10 dossiers, sont situées au Benelux et en dehors, précise un communiqué. Chacun d'entre eux a déjà suscité l'intérêt d'acquéreurs potentiels et des accords de confidentialité ont été signés.
La somme des valorisations respectives des différentes activités du groupe dépasse largement sa capitalisation boursière, tombée autour de 14 milliards d'euros à peine, a argué Verwilst.
Dans une note d'analyse, Dresdner Bank estime que la probabilité d'un rachat de Fortis par BNP Paribas ou ING augmente, même si le risque lié à la liquidité du groupe reste modéré. Les deux intéressés se sont refusés à tout commentaire.
LES DÉPÔTS DES CLIENTS PAS MENACÉS
La rumeur a également prêté à Société générale et Deutsche Bank un intérêt pour Fortis. Là aussi, aucun commentaire.
"Je crois que ce sont les investisseurs individuels qui se désengagent", a commenté un trader à Bruxelles. "C'est un comportement irrationnel."
Verwilst a tenu à souligner que les dépôts des clients n'étaient pas menacés. Le groupe souligne que les retraits des déposants représentent moins de 3% du total de ses actifs dans la banque de détail et la banque privée au Benelux.
A fin juin, le groupe avait fait état de 94 milliards d'euros de comptes courants. Ils seront remboursés dans tous les cas, a indiqué Verwilst.
Face à l'agitation entourant l'une des trois principales banques du pays, le ministère belge des Finances a déclaré être en contact avec la CBFA, l'autorité belge de supervision du secteur financier, et avec la banque centrale. La Banque nationale de Belgique a indiqué n'avoir pris aucune mesure particulière concernant Fortis.
Un porte-parole de la banque centrale néerlandaise a annoncé de son côté que le président Nout Wellink, actuellement aux États-Unis, avait annulé sa participation à une conférence programmée à Chicago pour rentrer aux Pays-Bas.
Il a refusé d'indiquer le motif de ce retour anticipé.
"Le risque, c'est que la crise de liquidité s'aggrave, mais c'est improbable en raison de l'importance de la base de dépôts dont dispose Fortis", a souligné Albert Ploegh, analyste d'ING, avant la conférence de presse. "Ils doivent mettre en oeuvre leur programme de cessions."
En juin, Fortis avait présenté un plan destiné à augmenter ses fonds propres de 8,3 milliards d'euros, comprenant entre autres une augmentation de capital de 1,5 milliard et la suspension de l'acompte sur dividende. Le groupe avait alors expliqué avoir identifié un certain nombre d'actifs non stratégiques susceptibles d'être vendus.
Jeudi, alors qu'il perdait plus de 20% en Bourse, le groupe avait démenti des rumeurs selon lesquelles la banque centrale néerlandaise avait demandé à Rabobank de lui fournir des liquidités.
A Hong Kong, Ping An le deuxième assureur chinois, actionnaire de Fortis à hauteur de 5%, a terminé en baisse de 9,7%.
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