PALM DESERT (Californie) (Reuters) - La survie de Chrysler "serait très difficile" sans une aide de l'Etat fédéral américain, a déclaré Bob Nardelli, directeur général américain du constructeur automobile détenu par le fonds d'investissement Cerberus Capital Management .
Le groupe, que General Motors vient de renoncer à racheter, doit également nouer des liens plus forts avec d'autres constructeurs américains ou étrangers pour continuer à exister, a-t-il souligné au cours du Forum des stratégies de croissance organisé par Ernst & Young, tout en ajoutant que Chrysler devait également réfléchir aux moyens de poursuivre seul son chemin.
Bob Nardelli a précisé que l'activité du groupe tournait à un rythme inférieur à son point d'équilibre, en raison d'une chute des ventes et de la production susceptible de compromettre la survie même du constructeur.
Il a ajouté que la contrepartie de toute aide directe de l'Etat américain serait une prise de participation de Washington dans le capital de Chrysler, comme ce fut le cas avec les banques.
Selon Nardelli, le montant que le groupe chercherait à obtenir dans le cadre du deuxième renflouement public dont il bénéficierait en 30 ans n'a pas encore été déterminé, et une telle aide serait conditionnée à un audit, des besoins de liquidités du constructeur et de son "business plan".
Il souligne que Chrysler et ses concurrents de Detroit pourraient envisager de réduire leurs coûts grâce à un partage de leurs productions et à des arrangements en matière d'approvisionnement.
UNE ALLIANCE DEVENUE INCONTOURNABLE
Un tel rapprochement opérationnel avec GM et Ford serait sans précédent. Faute de quoi Chrysler devra tenter de nouer une alliance avec un constructeur étranger, comme Renault-Nissan, a poursuivi Nardelli.
"Nous n'avons pas d'alternative", a-t-il dit. "Je pense qu'il va falloir faire preuve d'inventivité et d'audace."
C'est la première sortie publique de Nardelli depuis que GM a annoncé la semaine dernière avoir renoncé à une offre sur Chrysler, au motif qu'il lui fallait donner la priorité au renforcement de ses propres finances.
Chrysler, General Motors et Ford, les trois constructeurs automobiles américains autrefois appelés les "Big Three" du temps de leur splendeur, connaissent des difficultés sans précédent en raison du brutal ralentissement économique à l'oeuvre aux Etats-Unis et dans le monde.
La flambée des prix de l'essence cet été a également pesé sur leur activité en freinant la demande pour les pick-up et 4X4 de grosse cylindrée, au coeur de la gamme des Big Three.
Les dirigeants des groupes militent auprès des membres du Congrès pour une aide directe de Washington au secteur, qui serait la première du genre depuis le renflouement de Chrysler en 1979. Lors de sa première conférence de presse après son élection du 4 novembre, Barack Obama a exhorté l'administration Bush a accélérer la mise en place d'un plan d'aide élaboré par le Congrès.
Ce plan consiste en 25 milliards de prêts d'urgence aux constructeurs, une somme qui, pour Bob Nardelli, pourrait être utilisée pour financer un centre de développement commun.
Le directeur général de Chrysler a déclaré qu'il soutenait "à 100%" la perspective d'une injection de fonds publics dans le secteur, notant que la faillite d'un constructeur automobile ne pouvait être comparée à celle d'une compagnie aérienne.
Une faillite de Chrysler ou d'un autre acteur du secteur donnerait lieu à une réaction de chaîne "sans précédent", entraînant le dépôt de bilan des fournisseurs.
Selon des sources proches du dossier, le propriétaire de Chrysler, le fonds Cerberus, a lui aussi discuté avec Renault-Nissan ainsi qu'avec le sud-coréen Hyundai Motor pour tenter de conclure une vente de Chrysler.
Avant Nardelli jeudi, aucun dirigeant d'un constructeur américain n'avait appelé de manière aussi détaillée l'État fédéral à la rescousse.
Kevin Krolicki, version française Benoit Van Overstraeten
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