SYDNEY (Reuters) - Le géant minier BHP Billiton annonce l'abandon de son projet de rachat hostile de son concurrent Rio Tinto en raison de la chute des marchés boursiers et de la réglementation européenne, jugée trop contraignante.
Le groupe anglo-australien, qui proposait 3,4 action BHP pour chaque action Rio soit l'équivalent de 58 milliards de dollars (45 milliards d'euros), explique que les exigences de la Commission européenne en matière de cessions d'actifs l'auraient conduit à vendre certaines activités aussi bien dans le minerai de fer que dans le charbon.
Or, une des principales motivations de l'offre de BHP Billiton sur son compatriote Rio Tinto était sa volonté de se renforcer dans le minerai de fer, principale matière première de la fabrication de l'acier.
En Bourse, Rio perdait 36% à 1.580 pence en matinée à Londres et BHP 7% à 1.050 pence.
Un rapprochement des deux géants aurait combiné les actifs des numéros deux et trois mondiaux du minerai de fer.
Dans un communiqué des griefs de plus de 300 pages, Bruxelles demandait notamment la vente des actifs miniers dans la région de Pilbara dans l'Ouest de l'Australie. BHP a alors préféré jeter l'éponge avant la date limite pour présenter des concessions à Bruxelles.
Apparemment, le marché ne s'attendait pas à une telle marche arrière.
SURPRISE
"C'est une surprise", commente Tim Barker, analyste chez BT Financial Group à Sydney. "Cette décision suggère que le conseil d'administration de BHP a étudié ce qui se passait sur les marchés et réalisé que la situation n'était pas tout à fait ce qu'elle était avant le ralentissement économique."
Rio Tinto, qui n'a pas fait de commentaire à cette annonce, avait rejeté avec une grande constance l'offre de BHP, estimant qu'elle la sous-évaluait.
BHP estime mardi que son offre n'est plus dans l'intérêt de ses actionnaires et précise qu'il va inscrire une provision de 450 millions de dollars dans ses comptes pour dépréciations.
Les grands sidérurgistes mondiaux s'étaient opposés à l'opération. Ils craignaient que ce mariage de géant ne contrôle plus d'un tiers des transactions maritimes de minerai de fer.
"La nouvelle est positive pour les sidérurgistes sud-coréens. Quand l'offre de BHP a été révélée, on a craint qu'elle n'entraîne de la rigidité en matière de fixation des prix du minerai de fer", commente Kim Hyun-tae, analyste chez Hyundai Securities à Séoul.
"Est-ce que cela va vraiment soutenir le cours de Bourse des sidérurgistes comme Posco ? Cela reste à voir. Il faudra attendre de voir la réaction des sidérurgistes américains."
Si l'opération, qui n'a jamais été acceptée par Rio Tinto, avait eu lieu, elle aurait figuré parmi les trois plus grosses fusions de l'histoire.
Lors de l'annonce de son projet d'offre publique d'échange (OPE) il y a un peu plus d'un an, BHP proposait l'équivalent de 140 milliards de dollars, ce qui en faisait la seconde offre d'achat de l'histoire par son prix, juste derrière celle du britannique Vodafone sur l'allemand Mannesmann en 2000 en pleine bulle internet.
James Regan, version française Benoît Van Overstraeten et Danielle Rouquié
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