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Societe generale : "Les capitalisations bancaires déconnectées de la valeur des actifs"

Frédéric RozierFrédéric Rozier

(Tradingsat.com) - Les valeurs bancaires participent grandement à l’effondrement des places boursières des dernières semaines. Dans l’œil du cyclone, les banques font l’objet de multiples inquiétudes qui semblent prendre une ampleur systémique. Les explication de Frédéric Rozier, conseiller de gestion chez Meeschaert.

Tradingsat.com : Quelles sont précisément les craintes qui pèsent sur le secteur bancaire ?

Frédéric Rozier : L’exposition des banques au secteur pétrolier et parapétrolier a été le premier élément déclencheur. La question que l’on se pose aujourd’hui est de savoir qui détient la dette émise pour financer la prospection et la production, en particulier des gaz de schiste aux Etats-Unis, où les faillites se multiplient depuis six mois. C’est la première interrogation à laquelle les banques sont toutes en train de répondre aujourd’hui, avec des discours plutôt rassurants. Par exemple, sur l’exposition totale au secteur Oil & gas de 23,5 milliards d’euros annoncée par Société Générale, 6,6 milliards d’euros sont liés aux activités d’exploration et production, montant sur lequel le risque peut être estimé à une dizaine de pour-cents. Par comparaison, la chute du cours de ce jeudi représente une baisse de capitalisation boursière de 3 milliards d’euros.

Tradingsat.com : Les autres explications à la défiance des investisseurs sont de quel ordre ?

Frédéric Rozier : Le deuxième motif d’inquiétude est la rentabilité des banques. Le rendement des fonds propres (return on equity) de 8,1% de la Société Générale pour l’année 2015 n’est pas satisfaisant. Les exigences de fonds propres accrues des régulateurs ont contraint les banques à augmenter leurs fonds propres durs en pourcentage des risques, puis à compléter leur solvabilité avec des « coussins » de fonds propres. D’autre part, le métier lui-même est nécessairement moins rentable avec l’aplanissement actuel de la courbe des taux. Il faut se souvenir qu’une banque emprunte à court terme et prête à long terme. Mais le troisième élément d’explication à la perte de confiance dans les banques aujourd’hui et sans doute le plus anxiogène, ce sont les « coco bonds ».

Tradingsat.com : Qu’est-ce qu’un « coco bond » ?

Frédéric Rozier : Il s’agit de « contingent convertible bonds », c'est-à-dire des titres de dettes convertibles en actions en cas d'urgence, si la solvabilité de l'entreprise émettrice chute en dessous d'un seuil prédéterminé. Poussées par les régulateurs à renforcer leur solvabilité, les banques européennes ont massivement émis ce genre de produits, jusqu’à hauteur de 100 milliards de dollars depuis 2013, ce qui leur a permis d’augmenter leurs fonds propres sans effet de dilution sur les actionnaires. Ces « coco bonds » ont été achetés en grande quantité par des investisseurs américains attirés par les rendements très supérieurs à ceux de toutes les formes d’obligations classiques. Mais ces investisseurs se sont soudainement demandé – et c’est ce qui explique les tensions autour de Deutsche Bank – si les banques émettrices allaient pouvoir continuer à payer ces rendements sur la durée en cas détérioration brutale de leurs ratios de solvabilité. Dans ce contexte, le poids des 200 milliards de créances douteuses en Italie n’a pas atténué les tensions. Il y a donc toute une accumulation de facteurs qui entraîne une sévère perte de confiance sur le secteur bancaire.

Tradingsat.com : Les valeurs bancaires peuvent-elles continuer de chuter ?

Frédéric Rozier : Cela dépend. Au-delà du sentiment de marché, le « price to book » montre un très grand écart entre capitalisation boursière et valeur comptable des actifs qui sont aujourd’hui en totale déconnexion. De plus, avec la chute des cours, les rendements offerts par les dividendes deviennent très importants : Société Générale propose un coupon de 2 euros pour une action qui vaut 28 euros, soit un rendement de plus de 7%. Et si l’on devait citer un cas particulier, Natixis détonne très positivement dans le secteur avec des résultats supérieurs aux attentes, une exposition au secteur pétrolier quasiment nulle, et un dividende de 0,35 euro, soit 8% de rendement.

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