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Renault : Renault présente ses excuses à ses cadres injustement accusés

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par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Renault a présenté lundi ses excuses à trois de ses cadres que le constructeur avait injustement accusés d'espionnage au profit de la Chine.

Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, a confirmé lundi que l'hypothèse de l'espionnage du profit d'une puissance étrangère était désormais abandonnée au profit de la piste d'une escroquerie au renseignement au détriment du groupe.

Les vérifications en Suisse et au Liechtenstein sur les comptes qu'étaient censés y détenir les trois cadres pour y percevoir des sommes d'argent pour prix de leurs prétendues actions illicites ont démontré qu'ils n'existaient pas, a dit le magistrat lors d'une conférence de presse.

"Nous nous orientons donc vers la possibilité d'une escroquerie au renseignement", a-t-il dit.

Les dirigeants de Renault, qui ont tenu lundi après-midi un conseil d'administration extraordinaire, ont immédiatement fait amende honorable en présentant aux cadres "leurs excuses et leurs vifs regrets" dans un communiqué.

Le PDG Carlos Ghosn et le directeur général délégué Patrick Pélata, qui les recevront personnellement, "s'engagent à ce que réparation soit apportée aux trois cadres concernés et que leur honneur soit restauré aux yeux de tous", précise le groupe.

Les cadres licenciés, Bertrand Rochette, Matthieu Tenenbaum et Michel Balthazard, ont toujours protesté de leur innocence et ont porté plainte pour dénonciation calomnieuse ou diffamation.

Michel Balthazard ne réintégrera pas Renault, a annoncé son avocat Pierre-Olivier Sur sur RTL.

L'affaire avait provoqué une vive réaction de Pékin mais Carlos Ghosn avait assuré détenir des "certitudes" de ce qu'il avançait contre les trois cadres licenciés.

TENTATIVE DE DÉSTABILISATION ?

Le principal suspect de l'escroquerie est Dominique Gevrey, un des responsables de la sécurité de Renault, mis en examen dimanche pour "escroquerie en bande organisée" et placé en détention, a dit le procureur de Paris.

Dominique Gevrey a été arrêté vendredi à Paris alors qu'il s'apprêtait à prendre l'avion pour la Guinée.

Le magistrat a dit ne pas contester la qualité de victime à la société, même si la plainte qu'elle a déposée en janvier ne comportait aucun élément matériel.

"On peut être léger et être victime (...) Renault n'est peut-être pas victime de salariés indélicats, elle est victime, en l'état de nos investigations, éventuellement, d'escrocs", a-t-il souligné. Renault s'est constitué partie civile.

L'enquête se poursuit pour arrêter d'éventuels complices et la thèse d'une manipulation visant à déstabiliser la société n'est pas totalement écartée, a ajouté Jean-Claude Marin.

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a établi qu'après réception en août 2010 d'une série de lettres anonymes mettant en cause deux cadres travaillant sur le projet de voiture électrique, le service de sécurité avait prétendu à la direction de Renault avoir confirmé les accusations.

LA DCRI PISTE L'ARGENT

Dominique Gevrey, qui est un ancien membre du renseignement militaire, avait assuré à Renault avoir obtenu les preuves d'une mystérieuse "source", dont il refuse aujourd'hui de livrer l'identité à la DCRI, a précisé le procureur.

Se réclamant de sa source, dont l'existence est mise en doute aujourd'hui, Dominique Gevrey a obtenu 310.000 euros et devait s'en faire payer encore 390.000 supplémentaires.

Il évoquait la possibilité d'obtenir les documents d'ouverture des supposés comptes bancaires à l'étranger des trois cadres, moyennant 924.000 de plus, a dit le procureur.

Dominique Gevrey a obtenu de Renault de pouvoir faire appel à un intermédiaire, Michel Luc, qui a produit de fausses factures de sociétés d'Algérie et de Dubaï destinés à justifier les paiements de Renault à la supposée "source".

La DCRI suit la piste de l'argent ainsi détourné, en Espagne et à Dubaï, dit le procureur. Michel Luc a été entendu par les enquêteurs, mais laissé libre car il aurait été de bonne foi, de même que deux autres dirigeants de la sécurité de Renault.

La DCRI est parvenue à déjouer la mystification en démontrant qu'un précédent licenciement de cadre, celui de Philippe Clogenson, venait également de Dominique Gevrey et était basé sur des fausses accusations de corruption.

Le groupe a déjà admis la semaine dernière par l'intermédiaire de son directeur général délégué, Patrick Pélata, qu'il pourrait avoir fait erreur.

Si l'erreur était avérée, "nous en tirerons toutes les conséquences jusqu'au niveau le plus haut de l'entreprise, c'est-à-dire jusqu'à moi", avait dit Patrick Pélata au Figaro.

Gérard Bon et Cyril Altmeyer, édité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters


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