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Renault : La direction de renault sur la sellette

La direction de renault sur la selletteLa direction de renault sur la sellette

PARIS (Reuters) - La direction de Renault est sur la sellette après avoir exprimé des doutes sur ses propres accusations d'espionnage contre trois de ses cadres, suscitant l'embarras du gouvernement, premier actionnaire du groupe.

Le constructeur, qui a licencié en janvier trois cadres travaillant sur le projet de voiture électrique et porté plainte contre eux pour intelligence avec une puissance étrangère, a admis publiquement qu'il pourrait avoir fait erreur, même si le groupe maintient pour l'instant sa plainte.

"Un certain nombre d'éléments nous amènent à douter", déclare le directeur général délégué et n°2 du groupe, Patrick Pélata, dans un entretien publié vendredi par Le Figaro.

Patrick Pélata a rencontré lundi un conseiller du Premier ministre et le ministre de l'Industrie Eric Besson pour leur faire part de ses doutes. L'Etat est le premier actionnaire du groupe, avec une participation de près de 15%.

Si l'erreur est confirmée, les trois cadres seront réintégrés, a-t-il expliqué dans Le Figaro. "Nous en tirerons toutes les conséquences jusqu'au niveau le plus haut de l'entreprise, c'est-à-dire jusqu'à moi."

Le PDG de Renault Carlos Ghosn, qui a jusqu'à présent appuyé les accusations d'espionnage tout en disant ne pas s'être occupé des détails du dossier, serait donc épargné .

"A priori c'est Patrick Pélata qui a l'air de faire bouclier pour protéger le PDG", a déclaré une source proche de Renault. "Donc comme on dit dans toute affaire, il faut des fusibles."

LAGARDE DÉFEND BESSON

La ministre de l'Economie Christine Lagarde a déclaré vendredi sur RMC que l'erreur, si elle se confirmait, aurait des conséquences et évoqué le dédommagement éventuel des cadres .

"J'en tirerai toutes les conséquences au niveau des responsabilités, y compris en ce qui me concerne", a-t-elle dit.

Eric Besson a reconnu vendredi que Patrick Pélata serait en position difficile si l'hypothèse de la manipulation s'avérait.

"J'ai noté d'ailleurs que M. Pélata, très dignement et très logiquement, a déjà averti qu'il en tirerait les conséquences pour lui-même", a-t-il déclaré sur France 2. "C'est suffisamment rare pour qu'on en prenne acte et pour ne pas l'accabler."

Christine Lagarde a défendu Eric Besson, dont elle est le ministre de tutelle, tout en soulignant l'avoir mis en garde contre la tentation de pointer la Chine du doigt.

"Eric n'a jamais à ma connaissance accusé la Chine de quoi que ce soit. Nous en avions parlé ensemble et j'avais attiré son attention sur le fait qu'il ne faut pas tirer sans viseur ou accuser sans preuve", a-t-elle dit.

Eric Besson avait parlé au début de l'affaire d'une "guerre économique", mais sans viser la Chine, ce qui laissait penser que les accusations étaient fondées. Pékin a démenti officiellement tout acte d'espionnage.

Le ministre avait regretté avoir appris l'affaire par la presse le 5 janvier et avait alors suscité la saisine de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

Les cadres visés, Bertrand Rochette, Matthieu Tenenbaum et Michel Balthazard, se disent innocents et ont porté plainte pour dénonciation calomnieuse ou diffamation.

LETTRE DE DÉLATION

"Les salariés étaient déjà très surpris quand ils ont appris les noms des personnes concernées", a dit une source proche de Renault. "Là, ils ont du mal à comprendre pourquoi il y a un tel revirement et qu'on n'ait pas vérifié toutes les informations."

Renault poursuit ses cadres sur le fondement d'une enquête privée menée par un seul homme et par ses services internes, après une lettre anonyme que le Figaro a publiée vendredi sur son site internet. Elle accuse en termes flous Michel Balthazard d'avoir été corrompu et, par allusion, Matthieu Tenenbaum.

"Bien sûr je n'ai aucune preuve, bien sûr c'est de la délation mais je m'en moque", lit-on dans ce courrier.

Renault a fait mener par un employé d'une officine privée une enquête où il a conclu avoir découvert des comptes bancaires à l'étranger détenus par deux des trois cadres.

Le parquet de Paris a sollicité l'aide de la Suisse et du Liechtenstein, où se trouveraient ces comptes.

Les premiers résultats en Suisse ne sont pas concluants mais aucun compte-rendu écrit n'est encore réalisé, a-t-on appris de source judiciaire. Le Liechtenstein, traditionnellement peu coopératif en matière d'entraide judiciaire, a donné des "assurances" que l'enquête serait réalisée.

La DCRI a mené des auditions parallèlement sur la thèse de la manipulation, interrogeant jeudi Philippe Clogenson, ancien directeur marketing du groupe Renault licencié il y a deux ans pour supposée corruption et qui se dit victime d'une erreur.

Patrick Vignal, Thierry Lévêque et Helen Massy-Beresford, édité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters


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