par Matthias Blamont
PARIS (Reuters) - Crise financière aigüe, incertitudes sur la croissance, doutes sur la capacité de résistance des économies émergentes, le cocktail d'éléments négatifs est trop fort pour faire oublier aux constructeurs présents aux journées presse du Mondial de Paris que le marché automobile européen est bel et bien entré en récession.
Si la manifestation du Parc des expositions devrait être réussie avec une grosse fréquentation et des modèles rivalisant d'ingéniosité technique et de qualités environnementales à l'heure où la question énergétique devient centrale, la quasi-totalité des constructeurs et des équipementiers se veulent prudents.
"C'est la première fois que l'industrie automobile ressent une crise d'une intensité aussi 'mondiale'. Le périmètre sur lequel on constate un ralentissement est incroyablement large. Ce n'est pas totalement une surprise mais la mondialisation du phénomène est impressionnante et la crise financière renforce la complexité de la situation", a fait valoir vendredi Jean-Dominique Senard, directeur financier et gérant associé du fabricant de pneumatiques Michelin.
"Cela dit, nous ne sommes pas engagés dans une direction unilatérale. Le cycle est simplement particulièrement fort", a-t-il tempéré.
De manière générale, les grandes entreprises ont surtout expliqué que l'exercice des prévisions était devenu complexe et beaucoup d'entre elles ont évoqué des réductions de production.
Les présentations de deux modèles vedettes, la nouvelle Mégane de Renault et la dernière version de la Golf de Volkswagen, n'ont pas fait beaucoup parler d'elles.
"Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du début ou au début de la fin (de la crise financière)", résumait jeudi Carlos Ghosn, P-DG de Renault. Le dirigeant a indiqué que son entreprise attendrait le 23 octobre, date de la publication du chiffre d'affaires trimestriel, pour communiquer sur ses objectifs 2008 et février prochain pour faire le point sur son plan stratégique "Renault Contrat 2009".
A la surprise de plusieurs observateurs, son grand concurrent en France, PSA Peugeot Citroën, a maintenu les ambitions de son plan "CAP 2010".
'CREDIT CRUNCH'
Fiat, par la voix de son administrateur délégué Sergio Marchionne, a réitéré ses prévisions 2008 mais a pronostiqué un marché automobile européen en baisse de 2 à 5% l'année prochaine.
Sur les huit premiers mois de 2008, les immatriculations de voitures neuves en Europe ont reculé de 3,9%. Le repli a atteint 7,3% en juillet et 15,6% en août.
Aux Etats-Unis, le marché est en passe de signer une troisième année consécutive de baisse avec des ventes proches d'un plus bas de quinze ans. Sur le seul mois de septembre, elles ont plongé de 26%.
Dans bon nombre de pays émergents, la croissance reste significative en rythme annuel mais plusieurs chefs d'entreprise ont fait valoir que les immatriculations étaient stables, voire en diminution d'un mois sur l'autre depuis le début de l'été.
Selon la presse russe, le numéro un mondial de l'automobile, le japonais Toyota, et l'américain Ford ont revu leurs objectifs de volumes dans le pays.
Aux perspectives d'un ralentissement de l'économie mondiale s'ajoutent les craintes d'une extension de la crise du crédit à l'ensemble des sociétés de financement de crédit automobile, qui sont des filiales des constructeurs.
Pour Emmanuel Bulle, directeur senior du département entreprises de l'agence de notation FitchRatings, 20 à 30% des ventes réalisées en Europe par ces filiales pourraient disparaître si celles-ci continuait d'éprouver des difficultés de financement.
Les marchés financiers continuent de broyer du noir sur le compartiment auto. Si vendredi, l'indice DJ Stoxx européen du secteur a gagné 3,79%, il décroche de 34% depuis le début de l'année.
Matthias Blamont, édité par Jacques Poznanski
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