par Véronique Tison
NICE (Reuters) - Transparence et supervision du secteur financier ont occupé vendredi les ministres des Finances de l'Union européenne, soucieux de voir la confiance rétablie dans un secteur mis à mal par la crise des subprimes.
Après une réunion matinale de l'Eurogroupe - le forum de la zone euro - consacrée à la situation macro-économique, l'Ecofin informel de Nice a débuté en présence des ministres des Vingt-Sept et sous la présidence de Christine Lagarde.
Tout l'agenda de l'après-midi était dédié aux questions financières à l'initiative de la ministre française de l'Economie, qui a fait de ce dossier une priorité.
"Nous avons collectivement un défi à relever, acteurs de la planète finance et pouvoirs publics", a déclaré la ministre française de l'Economie dans un discours diffusé jeudi à la conférence Eurofi qui a servi de prélude à l'Ecofin.
"Nous devons avoir à coeur de rétablir un véritable socle de stabilité financière qui repose sur les deux principes de transparence et de responsabilité".
L'après-midi était partagée en trois séquences de travail.
Les ministres ont d'abord fait un point sur le secteur, la crise financière et les progrès sur la mise en oeuvre de la feuille de route adoptée en octobre 2007.
Ce document prévoit notamment un "reporting" harmonisé des institutions financières, dans un souci de transparence, et un enregistrement en Europe des grandes agences mondiales de notation - les deux principales sont américaines - afin qu'elles s'y conforment à un code de bonne conduite.
Ensuite a eu lieu une séance de travail avec des représentants du secteur privé, parmi lesquels les présidents de grands établissements comme BNP Paribas, d'Axa ou d'UniCredito, afin de procéder à un échange de vues.
Selon une source de l'Ecofin, ces personnalités de la finance ont plaidé en faveur d'un système de supervision plus intégré dans l'Union européenne, qui faciliterait leurs opérations et, partant, améliorerait leur compétitivité.
Elles ont demandé également que la nouvelle directive Bâle II sur les ratios de capitalisation des banques soit appliquée de manière souple pour éviter tout effet procyclique sur l'économie.
UNE SUPERVISION MIEUX COORDONNÉE
Une discussion entre ministres et gouverneurs sur la supervision clôturait justement cette première journée.
Partant du constat que le système actuel est trop éclaté, avec certes des comités au niveau européen mais une très large autonomie des superviseurs nationaux, la présidence française souhaite jeter les bases d'un système de contrôle des banques et des assurances mieux coordonné au niveau européen, à la fois à la demande des sociétés et pour renforcer la confiance.
Eurofi, un "think tank" dédié à l'intégration des marchés financiers européens et qui regroupe les principales institutions du secteur, avait présenté jeudi sept recommandations allant dans le même sens.
"Il ne s'agit pas une créer une agence unique de supervision en Europe, c'est peu réaliste, mais clairement nous souhaitons renforcer la convergence de la supervision en Europe", indique-t-on de source française.
L'idée est de renforcer le rôle du superviseur du pays où les grands groupes transfrontaliers ont leur siège, tout en leur associant, au sein de collèges, les superviseurs des pays qui accueillent des filiales.
Un autre principe mis en avant est une interprétation homogène des directives européennes.
Selon des chiffres cités jeudi à la conférence Eurofi, 8.000 banques sont actives dans l'Union européenne, dont 14 regroupent le tiers des actifs du secteur.
La situation est encore compliquée par le fait que Londres, principal centre financier de l'UE, est en dehors de la zone euro et a un système très différent des autres pays, avec un superviseur indépendant de la banque centrale.
Les pays de la zone euro font au contraire valoir qu'un rapprochement entre superviseurs et banques centrales améliore le fonctionnement du marché financier, et en veulent pour preuve les éloges adressés à la Banque centrale européenne pour sa gestion de la crise financière qui a commencé à l'été 2007.
Les travaux de Nice se poursuivent samedi matin avec un petit déjeuner des ministres consacré aux questions fiscales et une deuxième session dédiée à la situation macro-économique.
La conférence de presse de clôture est programmée à 12h30.
Service Informations générales
Copyright (C) 2007-2008 Reuters