par Véronique Tison
PARIS (Reuters) - Un diagnostic commun et, si possible, une réponse commune : la France aborde avec un esprit de consensus l'Ecofin informel qu'elle organise à Nice les 12 et 13 septembre, le premier depuis l'annonce d'une contraction de l'économie de la zone euro au deuxième trimestre.
Ce conseil des ministres des Finances de l'Union européenne était prévu de longue date mais le Premier ministre François Fillon lui a donné une dimension particulière en demandant, le 18 août, qu'il débouche sur une "réponse coordonnée" au ralentissement économique.
Privée de marges de manoeuvre en raison de ses déficits, la présidence française de l'UE ne prône pas de relance budgétaire mais espère plus modestement obtenir un plan d'action de la Banque européenne d'investissement (BEI) en faveur des petites et moyennes entreprises, fragilisées par la crise du crédit.
Sur le fond, elle demandera la poursuite des réformes structurelles censées consolider la croissance quand elle sera de retour - et qui en attendant susciteront, espère-t-on à Bercy, la bienveillance de la Banque centrale européenne.
"Mettre en avant la priorité à la poursuite des réformes, c'est un message tant sur la scène européenne que nationale", assure-t-on dans l'entourage de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde.
LA BCE MÉNAGÉE
Mais le principal message sera l'unité des Européens dans le diagnostic alors que le produit intérieur brut de la zone euro a subi en avril-juin sa première contraction - de 0,2% - depuis la création de la monnaie unique il y a 10 ans.
Paradoxalement, l'Europe est aujourd'hui la plus touchée par la crise financière partie des Etats-Unis il y a un an. La croissance américaine est repartie à la hausse au deuxième partie - +3,3% en rythme annuel - en partie grâce aux effets de l'injection de plus de 100 milliards de dollars dans l'économie et à une politique monétaire accommodante de la Réserve fédérale.
En Europe, l'Espagne, frappée de plein fouet par la crise du marché immobilier, a annoncé un plan de soutien à l'économie de 20 milliards d'euros que ses excédents budgétaires lui permettent.
Cette solution n'a pas la faveur de l'Allemagne, qui vient tout juste de remettre ses comptes publics à l'équilibre, ni du gouvernement français toujours attaché à la réduction des déficits.
La Banque centrale européenne, de son côté, n'a pas baissé ses taux, rappelant à l'envi qu'elle a pour objectif principal de lutter contre l'inflation.
Paris n'entend pas relancer la polémique sur la politique monétaire même si Christine Lagarde a exprimé le voeu d'un dialogue "rénové" avec la banque centrale - ce à quoi le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a répondu que les ministres avaient déjà un "dialogue nourri" avec l'institution de Francfort.
"On essaye de trouver des points de consensus, de faire en sorte que tout le monde se retrouve sur un message commun", explique-t-on à Bercy. "C'est un exercice d'autant plus délicat que les sensibilités en Europe sur la question de la relance budgétaire et même de la situation économique sont très diverses."
AIDER LES PME
La présidence française met en avant que le ralentissement européen résulte de facteurs communs - la crise financière et le double choc de l'envolée des cours du pétrole et de l'euro fort - mais avec aussi des situations spécifiques, comme la crise de l'immobilier en Espagne et au Royaume-Uni, ou la sortie brutale de surchauffe de l'Irlande.
Au-delà du diagnostic, elle espère trouver un consensus sur deux points : la supervision financière et le plan d'action de la BEI en faveur des PME, essentielles au dynamisme de l'économie.
Les ministres s'efforceront de mettre en avant le programme d'action commun lancé en Europe en réaction à la crise financière et qui prévoit davantage de transparence du secteur bancaire pour restaurer la confiance. Les banques ont ainsi publié en août leur exposition au risque de façon homogène.
L'autre axe sera d'améliorer le financement des PME par une action de la BEI, dont les gouverneurs ne sont autres que les ministres des Finances de l'UE.
Dans une interview au Monde cette semaine, Jean-Claude Juncker a dit "applaudir des deux mains" cette initiative qui devrait passer sans trop de difficulté.
L'Ecofin sera précédé, le vendredi matin, par une réunion de l'Eurogroupe qui réunit les ministres de la seule zone euro. Les Quinze pourraient discuter de la reconduction attendue de Juncker à la tête de ce forum mais la question d'un nouveau mandat pour le dirigeant luxembourgeois ne devrait être officiellement tranchée qu'à la réunion de novembre.
Véronique Tison, édité par Gérard Bon
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