SINGAPOUR (Reuters) - Le fonds souverain de Singapour Temasek annonce un doublement de son bénéfice annuel, dopé par des plus-values, mais il dit redouter une propagation de la crise du crédit à l'ensemble de l'économie mondiale.
Propriété de l'Etat de Singapour, Temasek Holdings , actionnaire entre autres des banques Merrill Lynch et Barclays, a réalisé sur l'exercice clos le 31 mars un bénéfice net de 18,2 milliards de dollars de Singapour (8,7 milliards d'euros) contre 9,1 milliards un an plus tôt.
"Les conséquences de la crise du crédit vont continuer de peser sur l'économie mondiale au cours des 24 prochains mois, tandis que la forte hausse des prix du pétrole et de l'alimentation va commencer à remettre en cause les anticipations d'inflation", estime le président du groupe, S. Dhanabalan, dans le rapport annuel publié mardi.
Temasek estime toutefois toujours que des opportunités d'investissement existent dans le secteur financier, qui représentait 40% de son portefeuille fin mars, contre 38% un an plus tôt.
"Le secteur des services financiers fait partie de ceux en lesquels nous croyons", a déclaré Manish Kejirwal, le directeur des investissements du groupe pour l'international et l'Inde lors de la conférence de presse annuelle. "C'est un bon moyen de jouer la croissance économique."
"Nous nous sommes récemment concentrés sur les Etats-Unis et le Royaume-Uni parce que nous croyons au potentiel de valorisation."
Temasek a investi plus de cinq milliards de dollars américains pour prendre 9% du capital de Merrill Lynch et il possède aussi entre autres 2% de Barclays et 19% de Standard Chartered.
SILENCE SUR LEHMAN
Mais pour Anshukant Taneja, qui couvre Temasek pour l'agence Standard & Poor's, l'augmentation des investissements du fonds dans le secteur financier se traduit par une augmentation de son exposition aux tendances dominantes de ce même secteur, notamment des cycles moins prévisibles et un risque de contagion.
Disant s'attendre à ce que le climat des investissements reste "difficile", il explique que "cela pourrait affecter la capacité de Temasek à céder ses participations dans différentes entreprises et à gérer son portefeuille".
S&P accorde pour l'instant à Temasek la note AAA, l'échelon le plus élevé de sa grille d'évaluation, en partie en raison du fait qu'il est contrôlé par l'Etat.
Temasek s'est refuse mardi à dire s'il envisageait d'investir dans Lehman Brothers, que la presse présente comme intéressant plusieurs autres investisseurs asiatiques.
Le fonds précise avoir réalisé 32 milliards de dollars d'investissements nouveaux sur l'exercice 2007-2008, soit deux fois plus que l'année précédente. Ses cessions d'actifs ont parallèlement plus que triplé, passant de cinq à 17 milliards.
La valeur globale de son portefeuille a augmenté d'environ 13%, à 185 milliards de dollars (88,5 milliards d'euros) et affiche un rendement annuel de 7%.
Temasek est en fait le deuxième fonds souverain de Singapour par la taille, derrière le Government of Singapore Investment Corp. A eux deux, ils détiennent plus de 2.000 dollars d'actifs, soit davantage que les capitalisations combinées de l'indice Dax allemand et de celui de la Bourse de Sydney.
Certaines analystes estiment que leurs portefeuilles devraient atteindre 12.000 milliards de dollars d'ici 2015.
Dirigé par Ho Ching, l'épouse du Premier ministre Lee Hsien Loong, Temasek détient d'importantes participations dans certaines des plus grandes entreprises du pays, comme Singapore Telecommunications, DBS Group Holdings, Singapore Airlines et PSA International .
Les investissements à Singapour représentaient 33% du portefeuille fin mars, contre 38% un an plus tôt. La part de l'Asie hors Japon est parallèlement passée de 40% à 41%.
Saeed Azhar et Kevin Lim, version française Marc Angrand
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