par Marc Jones
LONDRES (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) devrait relever jeudi ses taux d'intérêt pour la première fois depuis un an afin de juguler une inflation qui n'en finit plus d'augmenter.
Il y a un mois, les analystes anticipaient pourtant une baisse du loyer de l'argent européen qui, à leurs yeux, serait intervenue dans le courant de l'année, voire au début 2009.
La dernière conférence de presse tenue par le président de la BCE Jean-Claude Trichet est venue remettre en question cette perspective, le gouverneur ayant indiqué qu'une hausse était possible dès le mois de juillet.
Lundi, l'inflation dans la zone euro est ressortie à 4,0% en rythme annuel au mois de juin, une hausse sans précédent dans la zone euro depuis la création de la monnaie unique.
Sur les 81 analystes interrogés par Reuters, 95% s'attendent à une hausse de 25 points de base, ce qui situerait les taux à 4,25%. Lors d'une étude similaire réalisée un mois auparavant, pas un seul d'entre eux n'envisageait la perspective de taux supérieurs à 4% d'ici à la fin de l'année.
Le mois dernier, Jean-Claude Trichet avait déclaré que rien n'était inscrit dans le marbre. Les responsables de la BCE ont depuis repris leur rhétorique anti-inflationniste, convaincant les marchés financiers que la BCE avait perdu patience face à la persistance des pressions exercées sur les prix.
CRÉDIBILITÉ
La hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation en Europe et dans le monde, a stimulé l'inflation, mais rien ne prouve qu'un pic a été atteint.
Lundi, le pétrole a franchi un nouveau seuil, atteignant en séance 143,67 dollars pour un baril de brut texan et 143,91 dollars pour le Brent de la mer du Nord. L'or noir a vu sa valeur doubler en l'espace d'un an.
En dépit des tentatives de l'Arabie Saoudite, il est difficile d'affirmer que les principaux producteurs de pétrole sont en mesure de limiter la hausse des carburants.
"L'inflation dans la zone euro, supérieure aux attentes, ouvre de sombres perspectives à la BCE. Les derniers doutes entourant une hausse de 25 points de base dès jeudi ont été dissipés", a déclaré Martin van Vliet, analyste chez ING.
"Avec une inflation qui a atteint le double des objectifs fixés par la BCE à moyen-terme, la banque semble être parvenue au point d'estimer qui 'trop, c'est trop' et que l'heure est venue de préserver sa crédibilité en matière de lutte contre l'inflation", a-t-il ajouté.
La semaine dernier, les propos tenus par Miguel Angel Fernandez Ordonez, Jose Manuel Gonzales-Paramo, Athanasios Orphanides, Jürgen Stark et Klaus Liebscher, tous membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, sont venus corroborer l'hypothèse d'un relèvement des taux d'intérêt.
La plupart d'entre eux a toutefois tempéré l'éventualité d'une série de hausses.
Malgré ces propos, les marchés financiers restent persuadés que l'inflation a atteint un niveau tel que d'autres hausses seront décidées avant la fin de l'année.
Avec des taux interbancaires toujours proches de 5%, certains estiment qu'une hausse à 4,25% n'aurait d'autre fin que mettre en exergue le durcissement de la position de la BCE sans pour autant avoir d'impact réel.
INQUIÉTUDES SUR LE NIVEAU DE VIE
Le niveau de vie des Européens inquiète sérieusement les responsables politiques, qui craignent qu'une hausse des taux entame la confiance des électeurs et partant, leur propre popularité. Le week-end dernier, de nombreux hommes politiques se sont d'ailleurs adressés à la BCE, la pressant de ne pas entraver la croissance de la zone euro.
Peer Steinbrück, le ministre allemand des Finances, a remisé son habituelle prudence quant à la politique monétaire, déclarant que la hausse des taux d'intérêts risquait d'accentuer le ralentissement de l'économie européenne.
José Luis Rodriguez Zapatero s'est exprimé dans des termes similaires. "La BCE doit faire preuve d'une certaine souplesse, en particulier lorsque l'inflation européenne est surtout imputable à la hausse des prix du pétrole et de l'alimentation et non pas en raison d'une hausse de la demande intérieure", a-t-il dit.
La dernière série de statistique est venue appuyer leurs inquiétudes. La confiance du consommateur plonge à travers l'ensemble du continent, les secteurs manufacturiers et des services se sont contractés en juin, tandis que le mécontentement de la population quant au niveau élevé des prix du pétrole va croissant.
Pour le sixième mois consécutif, le moral du consommateur français a atteint en juin un plus bas historique, tandis que celui des Allemands et des Italiens est ressorti à un niveau bien inférieur aux attentes.
Se fondant sur les projections de ses propres économistes, la BCE est cependant bien moins pessimiste et elle est de plus en plus persuadée que le ralentissement économique qui touche la zone euro est passager.
Version française Nicolas Delame
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