PARIS (Reuters) - Christine Lagarde se félicite des propos du ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, qui a appelé la Banque centrale européenne (BCE) à ne pas relever ses taux d'intérêt.
Invitée de La Tribune/BFM TV/DailyMotion, la ministre française de l'Economie a souligné le "grand écart" entre les Etats-Unis où les taux sont à 2% et la zone euro où ils sont déjà du double.
"Sauf si la politique américaine devait s'infléchir, je ne suis pas convaincue de l'opportunité d'augmenter de manière significative cet écart", a-t-elle déclaré.
Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a conforté cette semaine le scénario d'une hausse des taux lors de la prochaine réunion du conseil des gouverneurs, jeudi.
Selon une enquête Reuters, les économistes tablent sur une augmentation de 25 points de base des taux directeurs de la BCE le 3 juillet, ce qui porterait le principal d'entre eux, le taux de refinancement, à 4,25%.
"Je note une chose très intéressante: pour la première fois mon homologue allemand, qui était résolument acharné pour soutenir tout ce que fait la BCE et soutenir les augmentations de taux d'intérêt nous dit et transmet à la BCE et à M. Trichet: 'attention à toute hausse des taux d'intérêt, cela risque de peser sur la croissance'", s'est-elle réjouie.
"Je suis heureuse devoir que l'Allemagne se rallie à la France et à un certain nombre d'autres pays (...) pour dire: 'attention, il n'y a pas seulement un indicateur. On a un double indicateur: c'est celui de l'inflation certes mais aussi celui de la croissance pour ne pas prendre le risque de la stagflation'", a-t-elle poursuivi.
Dans l'hebdomadaire Der Spiegel daté de samedi, Peer Steinbrück, ministre SPD des Finances en Allemagne, déclare qu'un relèvement du coût du crédit par la BCE risque d'accélérer le ralentissement économique en Europe - des propos que le ministre CDU de l'Economie Michael Glos a publiquement désapprouvés.
Dans la zone euro, "nous sommes nombreux à lui demander (à Jean-Claude Trichet) de regarder deux baromètres, l'inflation et les perspectives de croissance. Aujourd'hui dans sa feuille de route, il a surtout comme radar l'inflation", a estimé Christine Lagarde.
"Il est très important en période économique difficile de s'assurer qu'on a les éléments de base pour construire la croissance en Europe", a-t-elle insisté.
Laure Bretton, édité par Danielle Rouquié
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