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  > Marché : La croissance française meilleure que prévue
Jeudi 15 mai 2008 à 14:11 Imprimer Imprimer
par Véronique Tison

PARIS (Reuters) - L'économie française a enregistré au premier trimestre une croissance estimée à 0,6%, meilleure que prévu, et le chiffre de l'ensemble de 2007 a été révisé à 2,2% au lieu de 1,9%, annonce l'Insee.

Ces "deux très bonnes nouvelles", selon l'expression de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, confortent la prévision gouvernementale d'une croissance comprise entre 1,7% et 2,0% sur l'ensemble de 2008.

Le bon premier trimestre en France - les économistes tablaient en moyenne sur une croissance de +0,4% - fait écho aux chiffres également meilleurs que prévu publiés en même temps pour l'Allemagne et la zone euro, mais la tendance s'annonce beaucoup moins favorable au deuxième trimestre en raison du ralentissement économique provoqué par la crise américaine.

"Alors que la place attendait 0,4%, on a 0,64%, un gros 0,6%, un bon chiffre qui double par rapport au quatrième trimestre 2007 (révisé à 0,3% au lieu de 0,4%)", a fait remarquer Christine Lagarde au cours d'une conférence de presse.

"Même si on avait trois trimestres à zéro on aurait déjà au jour d'aujourd'hui engrangé un acquis de croissance de 1,4%. Dans ces conditions, il me semble que nos prévisions officielles entre 1,7 et 2% sont bien confortées", a-t-elle dit.

L'HYPOTHESE D'UN "MAUVAIS 2e TRIMESTRE"

Elle a pris pour hypothèse un "mauvais deuxième trimestre" avec +0,2% puis les deux trimestres suivants à 0,3 ou 0,4% pour observer que la croissance serait alors de l'ordre de 1,8% sur l'ensemble de l'année, dans les clous des prévisions.

Christine Lagarde, tout juste rentrée d'une réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles, a aussi émis le voeu que la Commission européenne, qui s'apprête à adresser à la France une "recommandation politique" sur l'ampleur de ses déficits, prenne les derniers chiffres en considération.

"Je ne suis pas en train de contester toute mesure attribuée à la Commission, nous sommes toujours dans cette exigence de gestion rigoureuse de nos finances publiques, (mais) un certain nombre de calculs devront être réexaminés à l'aune de cette réalisation et de ce prévisionnel", a-t-elle expliqué.

Paris entend ramener son déficit public à 2,5% du produit intérieur brut cette année, après 2,7% en 2007, alors que la CE prévoit une détérioration à 2,9% en 2008 puis 3,0% en 2009, soit la limite fixée par le Pacte de stabilité et de croissance.

"Les prévisions sur lesquelles la Commission s'est basée (...) ne nous paraissent pas tout à fait justifiées", a redit la ministre à la presse.

LE MOTEUR DE LA CONSOMMATION S'ENRAYE

Dans le détail, les chiffres provisoires de l'Insee montrent que la consommation des ménages, moteur de la croissance ces dernières années, a sérieusement flanché au premier trimestre mais que les entreprises, par leurs investissements et exportations, ont pris le relais.

Les dépenses de consommation des ménages ont sérieusement ralenti avec une hausse de +0,1% contre +0,6% (révisé de +0,4%) au quatrième trimestre, contribuant à hauteur de seulement 0,1 point à l'évolution du PIB.

Leurs dépenses d'investissement, essentiellement dans l'immobilier neuf, se sont quant à elle stabilisées (+0,0 après +0,8%), ce qui confirme le ralentissement du marché de l'immobilier résidentiel dans l'Hexagone.

Les dépenses d'investissement des entreprises non financières ont en revanche accéléré (+1,8% après +1,2% au quatrième trimestre), permettant à la formation brute de capital fixe de progresser dans l'ensemble de 1,1%, au même rythme qu'au quatrième trimestre.

Les exportations de leur côté ont bondi de 3,1% au premier trimestre (après -0,2% au quatrième trimestre) alors que les importations augmentaient de 1,9% (après -1,1%) : le solde du commerce extérieur contribue ainsi pour +0,3 point à l'évolution du PIB, comme en octobre-décembre.

"Le phénomène le plus notable tient au changement de moteur de l'activité", juge Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès. "Ces dernières années, l'économie française s'était reposée sur le couple consommation/investissement logement, alors que la contribution des entreprises (investissement/exportations) avait eu tendance à tirer la croissance vers le bas. La configuration est désormais inverse".

La contribution des variations de stocks à la croissance a été nulle en janvier-mars après une contribution négative de 0,6 point au quatrième trimestre.

DYNAMIQUE DEFAVORABLE

L'Allemagne a parallèlement annoncé une croissance de 1,5% au premier trimestre, bien supérieure aux +0,7% attendus, et la croissance dans l'ensemble de la zone euro est ressortie à +0,7% à comparer à un consensus de +0,5% prévu.

Mais les indicateurs dénotent un sérieux changement de tendance depuis le mois de mars et Christine Lagarde elle-même en a pris acte avec les hypothèses qu'elle a évoquées pour les trois prochains trimestres.

"En termes d'exportations, la dynamique est devenue défavorable avec la vigueur de l'euro et le ralentissement de la demande sur les autres marchés", prévient Olivier Gasnier, économiste chez Société générale. "Après le très bon chiffre du premier trimestre, nous aurons un net ralentissement au deuxième trimestre".

Pour autant, les chiffres du premier trimestre en France et en Allemagne vont selon lui "conforter la position de la Banque centrale européenne qui est de résister aux appels à la baisse des taux".

Jean-Louis Mourier, chez Aurel Leven, est du même avis et évoque même un possible relèvement des taux d'intérêt en 2009.

Les chiffres de jeudi "viennent sans doute réduire encore les anticipations de baisse des taux de la BCE, voire gonfler les anticipations d'un mouvement de hausse dans les neuf à 12 prochains mois", conclut-il.

Copyright (C) 2007-2008 Reuters

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