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  > Marché : Affrontement programmé en juin sur les déficits français
Mercredi 14 mai 2008 à 08:10 Imprimer Imprimer
par Jean-Baptiste Vey et Yves Clarisse

BRUXELLES (Reuters) - Les divergences entre la France et la Commission européenne sur l'ampleur des déficits français risquent de provoquer en juin prochain une passe d'armes entre les ministres des Finances de l'Eurogroupe.

Les ministres des Finances des 15 pays membres de l'euro se sont rencontrés mardi pour la première fois depuis la publication, le 28 avril, des prévisions économiques de la Commission européenne et ils les ont globalement approuvées.

Cette dernière prévoit que la croissance ne s'élèvera qu'à 1,7% du PIB cette année et 1,5% en 2009 après 2,6% en 2007, une situation qui est loin d'être jugée catastrophique.

"Il n'y a donc pas, nous le répétons, de risque de récession en Europe", a déclaré le président de l'Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker.

Même l'inflation, que l'exécutif européen estime à 3,2% en 2008, ne semble pas inquiéter les ministres des Finances puisqu'elle devrait ralentir à 2,2% en 2009.

"Nous invitons les partenaires sociaux à poursuivre la modération salariale qu'ils ont appliquée au cours des dernières années, nous ne voudrions pas voir des effets de second tour", a expliqué le président de l'Eurogroupe.

Il a jugé, comme ses pairs, indispensable de lutter en même temps contre les "salaires excessifs" de certains dirigeants d'entreprise, pratique "scandaleuse" contre lesquelles les ministres des Finances se sont dits déterminés à lutter.

LE CAS FRANCAIS

L'inflation devrait toutefois inciter la Banque centrale européenne (BCE) à rester l'arme au pied en maintenant inchangés ses taux d'intérêt, qui restent bloqués à 4% depuis la mi-2007.

Pour la Commission européenne, les Etats membres doivent donc poursuivre les réformes structurelles et maintenir le cap de l'assainissement budgétaire pour 2010, alors que la France s'en tient à un rythme plus lent, avec un horizon fixé à 2012.

Même si la situation individuelle de chaque pays ne sera évoquée qu'en juin prochain, la divergence d'appréciation entre la France et la Commission sur les déficits français sera le point chaud de la prochaine réunion de l'Eurogroupe.

Jean-Claude Juncker a souligné que, si les prévisions de la Commission avaient été entérinées par l'Eurogroupe, il y avait eu des "nuances à l'endroit de l'un ou de l'autre pays".

Prié de dire si cela concernait la France, il a ensuite déclaré à Reuters: "Oui. Mais nous ne l'avons évoqué que brièvement lors de cette réunion, parce que allons y revenir en juin. Il y a en effet des différences d'appréciation."

Fin avril, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a estimé que le déficit public de la France atteindrait l'an prochain le plafond de 3,0% du produit intérieur brut (PIB) fixé par l'Union européenne, après 2,9% cette année et 2,7% l'an dernier.

Il n'a pas caché que la France s'exposait à un avertissement de la Commission - soit une recommandation politique, soit une "alerte précoce", premier stade de la procédure pour déficits excessifs prévue par le pacte de stabilité de l'euro.

TRAVAIL DE CONVICTION

Cette procédure peut in fine conduire à des sanctions, un processus qui avait amené la France et l'Allemagne à provoquer la mise entre parenthèses du pacte de stabilité en 2003 pour interrompre le mécanisme, déclenchant au passage une crise politique.

Le problème, c'est que la France maintient sa prévision d'un déficit ramené à 2,5% en 2008 puis 2,0% en 2009.

Ces différences d'appréciation sont largement dues à des divergences sur la croissance, que la Commission prévoit à 1,4%, alors que Paris retient une fourchette de 1,75-2,25%.

"Nous sommes dans une phase de travail technique avec la Commission", souligne-t-on de source française. "Notre analyse est différente et de notre point de vue il y a quand même un préalable, c'est d'essayer de parler de la même chose."

Officiellement, la France donne l'impression qu'elle ne prendra pas mal un éventuel avertissement de Bruxelles.

Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, europhile convaincu, a même estimé la semaine dernière qu'une telle décision pouvait "parfois s'avérer salutaire".

A l'Elysée, on fait preuve de flegme.

"Qu'est-ce que ça peut (nous) faire qu'Almunia dise ça? Il peut nous envoyer une alerte précoce. Comment voulez-vous faire les réformes en faisant la rigueur?", a-t-on déclaré dans l'entourage du président français.

Mais le lancement d'un avertissement juste avant le début de la présidence française de l'UE, au deuxième semestre de 2008, risque d'affecter la crédibilité de la France, qui tentera donc de convaincre la Commission de la pertinence de ses chiffres.

Copyright (C) 2007-2008 Reuters

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