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  > Marché : La prudence reste de mise sur une sortie de crise du crédit
Mercredi 7 mai 2008 à 17:23 Imprimer Imprimer
Jennifer Ablan

NEW YORK (Reuters) - Depuis le sauvetage in extremis de Bear Stearns à la mi-mars, la cinquième banque d'investissement américaine rachetée par JPMorgan avec l'aide de la Réserve fédérale, bon nombre d'investisseurs ont commencé à se dire que le pire de la crise financière était passé.

Mais une batterie de résultats médiocres publiés mardi par le numéro un du refinancement hypothécaire aux Etats-Unis Fannie Mae, le spécialiste en fusions Lazard, la société de gestion Legg Mason et la banque suisse UBS est venu à rappeler à tout le monde qu'il était peut-être dangereux de parler de sortie de crise.

Fannie Mae, société semi-publique créée au cours de la Grande Dépression des années 1930 pour apporter des liquidités au marché immobilier, a annoncé mardi sa troisième perte trimestrielle consécutive, sous le coup d'une aggravation de la crise de l'immobilier aux Etats-Unis au premier trimestre de l'année.

Le groupe, qui a également dit mardi qu'il procéderait à une augmentation de capital de six milliards de dollars, pourrait encore perdre entre 2 et 2,5 milliards de dollars d'ici la fin de 2008, a estimé l'intermédiaire Friedman, Billings, Ramsey.

Legg Mason a de son côté fait état de la première perte trimestrielle de son histoire tandis que Lazard a accusé une chute de 71% de son bénéfice sur les trois premiers mois de l'année.

Pour parachever ce tableau peu réjouissant, UBS a annoncé mardi son intention de supprimer 5.500 postes, ce qui représente environ 7% de son effectif total ainsi que la cession de 15 milliards de dollars d'actifs à Blackrock, des mesures prises pour compenser la perte de près de 11 milliards de dollars au premier trimestre.

"Le secteur financier connaît une récession sévère", a estimé James Kochan, stratège chez Wells Fargo Funds Management.

Le marché actions américain a enregistré un net rebond en avril après un mois de mars désastreux, aidé par les injections massives de liquidités mises en oeuvre par la Fed à la suite de la quasi-faillite de Bear Stearns.

Avril 2008 a constitué la plus forte augmentation mensuelle de l'indice Standard & Poor 500 depuis décembre 2003 et le Dow Jones a connu le mois dernier sa plus importante progression mensuelle, en pourcentage, depuis un an.

Mais le rebond ne sera peut-être que de courte durée : de nouvelles dépréciations, de nouvelles pertes et d'autres licenciements sont attendus dans les mois à venir.

UN CREUX DE CYCLE "TRES DOULOUREUX"

Mohamed El-Erian, codirecteur général de Pacific Investment Management, société qui a 750 milliards de dollars d'actifs sous gestion, a laissé entendre que les "évolutions euphoriques" du prix des actions étaient "prématurées".

A ses yeux, les marchés ont fait le raisonnement suivant : le fait que la chute des prix a été enrayée et que tous les établissement touchés par la crise ont renforcé leur bilan par des appels à des capitaux frais constitue la preuve que la spirale infernale provoquant l'assèchement du crédit a été enrayée.

En outre, le codirecteur général de Pacific pense que bon nombre d'intervenants sont persuadés que les mesures, pour le moins radicales, prises par la Réserve fédérale ont suffi à remettre suffisamment d'huile dans les rouages d'une économie essentiellement fondée sur un capitalisme financier.

Mohamed El-Erian met en garde contre la facilité d'un tel raisonnement, en rappelant que, depuis l'éclatement de la crise financière provoquée l'été dernier par l'effondrement du marché des subprime, le système financier avait déjà connu de précédentes rémissions, comme celui de la période septembre-octobre ou encore celui du mois de janvier.

"Il y a toujours des vagues qui vont à contre-tendance, comme celle enregistrée le mois dernier, et cela ne me surprend guère", a renchéri Chris Orndorff, qui gère plus de 50 milliards d'actifs chez Payden & Rygel Investment Management.

"La Fed a tout fait pour stimuler le secteur (...) mais il n'en demeure pas moins que le secteur financier connaît encore de graves difficultés. Le système bancaire met du temps à guérir", a-t-il ajouté.

Chris Orndorff pense que le S&P 500, qui évolue à 1.417,10 points mercredi en début de séance, tombera à 1.350 d'ici le milieu de l'année. A ses yeux, l'indice Dow Jones, à 13.011 points, est vu à 12.500 sur la même période.

"Le creux du cycle que nous vivons est très douloureux. Et surtout, il pourrait s'écouler un certain temps, notamment pour Wall Street et le secteur financier, ce dernier étant à l'origine des difficultés actuelles de l'économie, avant que l'on commence à remonter la pente", a dit James Kochan.

Version française Benoit Van Overstraeten

Copyright (C) 2007-2008 Reuters

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