par Jason Webb
MADRID (Reuters) - La ministre espagnole de l'Economie estime que la zone euro n'est en rien menacée par la situation économique de l'Espagne, ajoutant que les commentaires des analystes étrangers sur les difficultés du pays méconnaissaient le fonctionnement de la zone monétaire.
"L'euro est une monnaie très solide et nous allons continuer à renforcer cette devise. Je ne vois absolument aucun risque pour la zone euro", a déclaré Elena Salgado sur les ondes de la radio La Cope, ajoutant que la situation de son pays était très différente de celle de la Grèce.
La ministre a été interrogée sur les propos du prix Nobel de l'économie Paul Krugman qui a estimé mardi sur un blog que l'Espagne était le principal point faible de la zone euro.
"Il y a peut-être un manque de compréhension sur ce que l'euro signifie pour nos économies", a dit Elena Salgado.
Paul Krugman fait valoir que l'Espagne représente une plus grande menace pour la zone euro que la Grèce bien que sa dette publique soit moins élevée. Il met en avant l'effondrement de l'économie espagnole pendant la crise, qui a fait bondir le taux de chômage à près de 20%.
"Derrière cet effondrement, il y a le vrai problème de l'euro: la même politique monétaire pour tout le monde, ce qui n'offre aucun échappatoire aux pays qui subissent des chocs adverses", a écrit Paul Krugman.
"EFFORT CONSIDÉRABLE"
Au moment même où la ministre s'exprimait, le marché a exprimé sa défiance vis-à-vis de la crédibilité de l'Espagne. L'écart de rendement entre les obligations espagnoles et allemandes a grimpé de dix points par rapport à la clôture de mercredi, à 96,5 points de base, avant de reculer en fin de matinée.
La mise sur le marché par l'Etat espagnol de 2,5 milliards d'euros d'obligations à trois ans s'est en revanche bien passée, de l'avis de plusieurs analystes.
L'adjudication avait valeur de test de l'appétit des investisseurs pour la dette des pays de la zone euro moins bien notés.
"Cela devrait calmer certaines inquiétudes sur le marché espagnol mais la preuve de la capacité de l'Espagne à émettre de la dette maintient sous pression la Grèce et le Portugal car leurs marchés secondaires sont beaucoup moins liquides", estime Peter Chatwell, de Calyon.
L'Espagne souffre d'un manque de crédibilité sur les marchés, qui ont des doutes sur l'hypothèse d'une croissance de 3% à l'horizon 2012 retenue par le gouvernement pour établir ses prévisions de déficit.
L'image du pays a également souffert des hésitations du gouvernement sur la réforme des retraites. L'exécutif a retiré mercredi un paragraphe de son plan d'austérité transmis à la Commission européenne et aux médias qui concernait l'augmentation de la durée des cotisations.
Le gouvernement a par la suite expliqué dans un communiqué qu'il s'agissait seulement d'une idée et non d'une décision arrêtée.
Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a estimé jeudi que l'Espagne se trouvait dans une situation difficile et qu'elle devait prendre les mesures qui s'imposent.
"La crise en Espagne est très forte, elle est notamment issue de situations immobilières pas très éloignées de ce qui s'est passé aux Etats-Unis", a-t-il dit au micro de RTL.
"Les Espagnols ont vraiment besoin de faire un effort considérable", a-t-il ajouté.
Version française Gwénaelle Barzic, édité par Dominique Rodriguez
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