(BFM Bourse) - Revenu au dessus des 3400 pts, le marché parisien évolue sur ses plus hauts niveaux de l'année 2009, la vague des publications trimestrielles réservant visiblement plus de bonnes que de mauvaise surprises. Pour Julien Lepage, co-gérant des fonds Sextant Grand Large et Sextant PEA au sein d'Amiral Gestion, cette hausse doit cependant être mise en perspective.
Tradingsat.com : Que vous inspire le fort rebond récent du marché ?
Julien Lepage : Il faut relativiser. Avant de connaître 10 hausses consécutives, en gagnant 13%, l'indice avait subi 6 baisses d'affilée. Pour moi cela ne veut rien dire. On a connu l'an dernier des séances à -10%... Il y a certes des anticipations de reprise, mais la question est de savoir si on observe simplement un restockage ou si la consommation repart réellement. Soit la dette étouffe les tentatives de reprise ce qui est tout de même assez probable, soit il y aura un vrai redressement comme à chaque sortie de crise depuis 1982. On manque encore de réponse, mais c'est vrai que la situation est « moins pire » et qu'elle s'est stabilisée. Si vous prenez un graphique sur longue période, vous verrez néanmoins que l'ampleur du rebond reste assez limitée.
Tradingsat.com : Y a-t-il plus de risque à être beaucoup investi sur le marché qu'à être peu investi ?
Julien Lepage : Cela dépend comment on considère le risque. Si le risque est de faire moins bien que le marché, alors le risque est de ne pas être assez investi car il y a beaucoup de cash dans les gestions…, mais si le risque c'est de perdre de l'argent, alors il vaut mieux ne pas être trop investi après un rallye de 40% dans la pire crise que l'on ait jamais vu…. En ce qui nous concerne, nous gardons toujours une marge de sécurité. On ne cherche pas à coller aux indices et on ne se sent pas obligés d'investir pour investir. Il y a trois mois, tout le monde avait peur, et pourtant il fallait investir, aujourd'hui on a beaucoup moins peur et si ça trouve il vaut mieux s'abstenir. Il faut distinguer risque et incertitude.
Tradingsat.com : C'est-à-dire ?
Julien Lepage : Simplement, lorsqu'en mars, le marché était au plus bas depuis 15 ans, avec des valorisations à la casse, des PER de 3, des rendements de 5% sur des sociétés très solides, le risque était finalement peu élevé, alors que l'incertitude était grande. Aujourd'hui, après un rebond de 40%, le marché est finalement plus risqué qu'il y a quatre mois parce qu'il est plus cher, mais comme le marché est monté, on a l'impression que cela va mieux, l'incertitude a diminué… Pour faire abstraction du contexte, la seule solution est de se concentrer sur les valorisations.
Tradingsat.com : Justement, sur la base de quels critères ou de quels ratios financiers sélectionnez-vous vos valeurs ?
Julien Lepage : En ce moment, nous regardons tout particulièrement le ratio valeur d'entreprise sur les capitaux employés. Quand vous achetez une société à un prix inférieur à la valeur de ses capitaux employés, cela signifie que vous achetez son stock, ses usines, ses magasins, à un prix qui est anormalement décoté, à moins d'anticiper de grosses pertes ou la faillite.
Tradingsat.com : Le PER est-il un indicateur fiable ou utile en période de crise ?
Julien Lepage : Oui, pourquoi pas, à condition d'être conscient que les PER sont forcément très élevés dans les phases de récession de l'économie. C'est facile à comprendre, si vous prenez les résultats de la pire année, vous aurez du mal à trouver des PER de 5. C'est donc au moment où l'on anticipe la reprise qu'il faut acheter des PER élevés.
Tradingsat.com : Faites-vous la distinction entre « défensives » et « cycliques » dans vos choix d'investissement ?
Julien Lepage : Nous ne raisonnons pas comme ça, parce que cela peut conduire à des erreurs. Par exemple, qui souhaitait miser sur les cycliques le 1er janvier, lorsqu'on nous prédisait une année 2009 horrible (elle est d'ailleurs pire que prévu) ? La logique suggérait d'acheter des défensives, or ce sont les cycliques qui ont rebondi. Pour investir, nous regardons uniquement le potentiel de chaque société indépendamment des thématiques. Les entreprises qui vont pouvoir continuer à croître dans un environnement très difficile nous intéressent, ou bien celles dont les valorisations sont à la casse… Certains titres de notre portefeuille ont ainsi doublé en peu de temps, sans actualité particulière.
Tradingsat.com : Par exemple ?
Julien Lepage : Le distributeur de vêtements à prix discount Vet Affaires. Son titre a doublé parce qu'il valait moins que la valeur de ses stocks, et c'est encore le cas aujourd'hui. Certaines actions ont connu l'effet de l'élastique, surtout sur les small caps qui ont été particulièrement massacrées fin 2008.
Tradingsat.com : Comment voyez-vous évoluer le compartiment des small et des mid caps ?
Julien Lepage : Les petites et moyennes capitalisations sont beaucoup plus sensibles aux flux d'investissement, c'est pour cela qu'elles amplifient les mouvements lorsque les opérateurs entrent ou sortent du marché. Hormis cela, je note que beaucoup de midcaps ont choisi d'utiliser leur trésorerie pour racheter leurs actions. Par exemple, Vet Affaires a récemment profité de la faiblesse des cours pour faire une offre à 13 euros. De nombreux dirigeants de sociétés profitent également des creux pour renforcer leurs positions, à l'image de Jérôme Seydoux, membre du conseil d'OL Group, ou du patron de Groupe Crit.
Tradingsat.com : Quelles valeurs à fort potentiel conseillez-vous à l'achat ?
Julien Lepage : Dans un secteur Internet toujours très porteur, Google reste incontournable. Il faut faire comme Microsoft en 1986, acheter et garder 20 ans sans jamais regarder…En France, j'apprécie 1000mercis. La croissance ralentit un peu mais le très bon positionnement sur la fidélisation de la clientèle des entreprises est un antidote contre la crise. Il est toujours moins coûteux de fidéliser des clients que d'aller en chercher de nouveaux. Hors Internet, j'apprécie Gameloft, qui profite à plein du succès des jeux sur l'iPhone. Les jeux mobiles ont considérablement évolué et sont désormais comparables à ceux des consoles portables, alors qu'ils valent 10 fois moins chers ! Le recycleur de plomb Recylex reste également attractif, la capitalisation boursière étant toujours inférieure à la valeur des actifs. Autre idée forte, Store Electronic System. Ses étiquettes électroniques pour la grande distribution équiperont à terme tous les magasins, et ils n'ont qu'un seul concurrent dans le monde.
Propos recueillis par François Berthon