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Engie : E.ON se scinde et se recentre sur les énergies renouvelables

Marché : E.ON annonce une réorganisation majeure et des dépréciationsMarché : E.ON annonce une réorganisation majeure et des dépréciations

par Christoph Steitz

FRANCFORT (Reuters) - E.ON, géant allemand des services aux collectivités, va se scinder en deux pour se séparer de ses activités de production conventionnelle d'électricité et se recentrer sur les énergies renouvelables et les réseaux de distribution, une mutation spectaculaire face à la crise du secteur en Europe.

Dans l'ensemble du continent, les producteurs d'électricité souffrent de la baisse de la demande, conséquence de la conjoncture économique, de la faiblesse des prix des gros et de l'essor des énergies renouvelables, qui remplacent peu à peu les centrales au gaz ou au charbon.

En Allemagne, le mouvement s'est accéléré depuis la décision prise en 2011 par le gouvernement Merkel d'encourager ces énergies "propres", de réduire la part des énergies fossiles et d'abandonner définitivement le nucléaire, un virage politique qui a déstabilisé les acteurs historiques du secteur dans le pays.

"Nous avons assisté à l'émergence d'un nouveau monde de l'énergie", a déclaré le président du directoire, Johannes Teyssen, à des analystes financiers lundi. "Le modèle d'entreprise généraliste actuel d'E.ON n'est plus en mesure de répondre correctement à ces nouveaux défis."

E.ON va donc se préparer l'an prochain à une introduction en Bourse de la nouvelle société issue de la scission, qui devrait avoir lieu après son assemblée générale de 2016. E.ON compte rester indépendant après cette opération, a souligné Johannes Teyssen.

"INITIATIVE EXTRÊMEMENT COURAGEUSE"

La scission ne sera pas accompagnée d'un plan de réduction des effectifs, a assuré le groupe, précisant qu'environ 40.000 salariés resteraient au sein de la maison mère, les 20.000 restant passant sous le contrôle de la nouvelle société.

Le titre E.ON gagnait près de 4,5% vers 15h10 GMT, après avoir gagné jusqu'à 6,3% dans les premiers échanges, alors que la Bourse de Francfort reculait de 0,44 et que l'indice sectoriel européen des "utilities" progressait de 0,32%.

"Nous voyons cela comme une initiative extrêmement courageuse mais progressive d'E.ON", écrit l'analyste de RBC Capital Markets John Musk dans une note à ses clients, en maintenant sa recommandation à "surperformance" sur le titre.

"La question qui se pose désormais est de savoir si d'autres groupes intégrés de services aux collectivités vont suivre."

Des acteurs du secteur possédant eux aussi d'importantes capacités de production thermiques, comme le français GDF Suez, l'italien Enel et l'espagnol Iberdrola, se situent en bas de classement en terme de valorisation, avec des ratios cours/valeur comptable proches de 1,0 ou inférieurs à ce seuil.

Dans une étude publiée le mois dernier, les analystes de Credit Suisse notaient que GDF Suez souffrait d'une "décote de conglomérat" de 5% à 40% et estimaient que le groupe pourrait restructurer et coter séparément ses activités de réseaux en France.

Chez E.ON, Johannes Teyssen a précisé que la future entité issue de la scission aurait présenté un brut d'exploitation (Ebitda) d'environ quatre milliards d'euros sur la base des résultats de 2013.

DÉPRÉCIATIONS ET CESSIONS

La séparation devrait se faire par le biais d'une distribution aux actionnaires de titres représentant la majorité du capital de la nouvelle entité, a précisé E.ON, qui prévoit de se désengager totalement de cette dernière à moyen terme.

Pour Sigmar Gabriel, ministre allemand de l'Economie, l'initiative du groupe est nécessaire au regard de la part croissante du renouvelable - près de 30% désormais - dans le bouquet énergétique de l'Allemagne.

Interrogé sur le risque qu'E.ON ne trouve pas d'investisseurs intéressés par les actifs dont il compte se séparer, il a répondu qu'à son avis, l'Etat n'aurait pas à se porter acquéreur en dernier ressort.

En six ans, E.ON a perdu près des trois quarts de sa valorisation boursière, celle-ci tombant à environ 29 milliards d'euros, contre 100 milliards en 2008, alors que sa dette atteint 31 milliards.

Le groupe a fait savoir lundi qu'il accuserait une perte importante au titre de 2014 en raison de charges supplémentaires de 4,5 milliards d'euros au quatrième trimestre, évoquant des dépréciations d'actifs dans le sud de l'Europe et ses centrales en perte.

Il a également annoncé la vente de ses actifs en Espagne et au Portugal au groupe australien Macquarie, spécialiste des infrastructures, pour 2,5 milliards d'euros, ajoutant qu'il envisageait aussi des cessions en Italie et qu'il allait étudier différentes options pour ses activités d'exploration-production en Mer du Nord.

(Christoph Steitz, Juliette Rouillon et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison et Marc Angrand)

Copyright © 2014 Thomson Reuters

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