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Danone : La stratégie de Danone offre peu de prise à Nelson Peltz

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par Noëlle Mennella

PARIS (Reuters) - La marge opérationnelle de Danone pâtira encore en 2013 de la crise en Europe du Sud mais l'investisseur activiste Nelson Peltz, récemment entré au capital, ne devrait guère avoir de prise sur la stratégie du géant de l'agroalimentaire, jugée payante à long terme, estiment les analystes du secteur.

Après l'acquisition de 1% du capital de Danone, le milliardaire américain a estimé que le groupe français devait réduire plus drastiquement ses coûts, en particulier en Espagne, son deuxième marché, et s'éviter des acquisitions afin de protéger ses marges.

Pour autant, il n'a pas fondamentalement remis en cause la stratégie de Franck Riboud et a même salué son action à la tête de Danone, jugeant le groupe "parmi les mieux positionnés des industriels de l'alimentation".

En Bourse, le titre Danone, pénalisé par l'avertissement de juin sur les objectifs de rentabilité, puis la publication du chiffre d'affaires du troisième trimestre, a été un moment ragaillardi par l'arrivée de Nelson Peltz. Mais ce regain de vigueur a fait long feu, les analystes étant persuadés que le milliardaire n'aura pas les moyens d'influencer véritablement la stratégie du groupe.

Les analystes s'accordent aussi à estimer que la situation de Danone, première société française dans laquelle Nelson Peltz investit, est loin d'être comparable à celle des américains Heinz et Kraft ou de l'anglais Cadbury, dans lesquels l'investisseur a su provoquer des changements après s'être pareillement invité au capital.

Franck Riboud a en effet profondément remodelé le groupe qu'il a pris en main en 1996. Il l'a réorganisé autour de quatre pôles (les produits laitiers, l'eau, la nutrition infantile et médicale) et a accentué son internationalisation au point que Danone réalise désormais 50% de son chiffre d'affaires dans les pays émergents.

Même si certains critiquent le manque d'innovation du groupe, dont les blockbusters (Activia et Actimel) ont maintenant 10 ans, cette gestion est dans l'ensemble saluée par les experts du secteur. Ses 14% de marge opérationnelle, pas très éloignés des 15% de Nestlé, en sont selon eux le reflet.

"En termes de choix stratégique, le repositionnement initié par Franck Riboud a porté ses fruits et a du sens, mais Peltz se focalise là où le bât blesse", souligne Christophe Laborde, analyste chez Bordier & Cie.

DES RESTRUCTURATIONS MASSIVES IMPROBABLES

Pour le champion du yaourt, c'est sans doute dans les produits laitiers frais que le bât blesse le plus. Ils subissent de plein fouet la crise en Europe du Sud et la hausse persistante du coût des matières premières. Avant l'été, Franck Riboud a prévenu que Danone ne tiendrait pas ses objectifs de marge pour 2012 compte tenu de la baisse de consommation en Europe du Sud.

Lors d'un séminaire à Saint-Pétersbourg à la mi-novembre, le groupe a précisé qu'il serait confronté en 2013 à des pressions sur ses marges similaires à celles connues cette année. Les analystes s'attendent donc à une nouvelle baisse de 50 points de base l'an prochain.

"Les marges de Danone pourraient rester sous pression dans les 12 prochains mois, vu la situation en Espagne. Elles n'en ont pas moins un véritable potentiel de reprise pour quand l'Espagne sera remise à niveau. L'incertitude, c'est le timing. En tout cas, il faudra du temps car Danone est dans un processus de construction de catégories", estime Cédric Besnard, chez HSBC.

Les investissements que réalisent Danone, explique-t-il, ne sont pas seulement destinés à vendre ses marques dans de nouveaux pays mais aussi à développer la catégorie des produits laitiers, de la nutrition médicale ou infantile.

"Jouer un rôle de capitaine de sa catégorie implique des investissements relativement lourds. C'est une stratégie à long terme. Cela explique que dans un certain nombre de pays où le potentiel est à moyen terme, les marges ne soient pas au niveau où elles devraient être", ajoute-t-il.

A plus court terme, Danone peut protéger ses marges en baissant ses prix dans certains pays, en relançant ses campagnes promotionnelles ou en faisant pression sur ses fournisseurs de matières premières, mais certainement pas en procédant à des restructurations massives.

Le groupe, qui a réalisé des économies de coûts d'environ 520 millions d'euros sur chacun des deux derniers exercices, table sur un montant comparable pour cette année.

"Danone ne fera jamais du 'hard restructuring' comme l'ont fait Cadbury ou d'autres sociétés. Il ne fermera pas d'usines ni ne procédera à des réductions de coûts massives. Ce n'est pas son modèle de développement", déclare un bon connaisseur du groupe.

En commentant les résultats semestriels, fin juillet, le directeur financier Pierre-André Térisse a d'ailleurs affirmé que Danone ne prévoyait aucune "mesure radicale" d'économies face au durcissement de la situation en Europe.

RIBOUD NE DÉCROCHERA MÊME PAS...

Quelles sont donc les intentions réelles de Nelson Peltz ? A-t-il vraiment l'intention d'accroître fortement sa participation dans Danone ?

Le groupe, dont les statuts imposent une déclaration écrite pour tout franchissement de seuil de plus de 0,5% du capital, se refuse à tout commentaire concernant le milliardaire. Les analystes se perdent donc en conjectures, tout en observant que la direction du groupe n'est pas connue pour se plier à la pression des actionnaires.

"Je serais très surpris si Franck Riboud prenait seulement la peine de décrocher son téléphone pour parler à Nelson Peltz", s'amuse Pablo Zuanic, analyste chez Liberum Capital.

Pour certains opérateurs, le but de l'activiste serait de provoquer une hausse du titre pour réaliser une rapide plus-value. Ce type de démarche pourrait expliquer l'aversion des milieux d'affaires français pour l'activisme actionnarial qu'incarne ici le fondateur de Trian Fund Management LP.

Nelson Peltz a préparé le terrain en fixant la valeur de Danone à 78 euros par action alors que celle-ci souffre d'une décote par rapport à Nestlé et à Unilever. Une décote que les analyses relativisent d'ailleurs au regard des différences de catégories de produits des portefeuilles respectifs de ces géants de l'agroalimentaire.

En Bourse lundi à 13h00, l'action Danone inscrivait un cours de 49,575 euros (+0,39%), à mi-chemin entre les 60 euros atteints avant la crise de 2008 et le point bas de quasiment 39 euros touché en 2009 lorsque les effets de celle-ci se sont faits pleinement ressentir.

Depuis le début 2012, le titre progresse d'à peine 2%, alors que Nestlé croît de 12,7% et que l'indice sectoriel européen avance de 21,4%.

Indépendamment de la marque de confiance dans le potentiel de Danone que représente l'arrivée de Nelson Peltz, cela pourrait selon un expert être un moyen de faire remonter l'action Danone, ce qui permettrait à Eurazeo, deuxième plus gros actionnaire du groupe, de revendre dans de bonnes conditions sa participation de 2,6%.

Ce spécialiste rappelle au passage que le même Nelson Peltz a racheté en juin 5,1% de la banque d'investissement Lazard dont l'ancien président Michel David-Weill préside aujourd'hui le conseil de surveillance d'Eurazeo.

"C'est une construction de pouvoir sur le long terme, une logique de billard à quatre bandes", dit-il, en considérant qu'en pareil cas, les rachats d'actions auxquels procède Danone pourraient être défensifs.

Danone a annoncé mi-octobre pour 500 à 700 millions d'euros de rachats d'actions d'ici début 2013, qui s'ajouteront aux 659 millions d'euros d'actions rachetées en 2011.

Malgré tout, les quelque 85% de capital flottant du groupe laisse de la place à tous les appétits.

Avec la contribution de Dominique Vidalon, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters


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