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Carrefour : La rupture est consommée entre casino et abilio diniz

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par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Le projet du milliardaire Abilio Diniz visant à fusionner la filiale brésilienne de Carrefour et le distributeur Grupo Pao de Açucar (GPA) semble sérieusement mis à mal après le retrait du soutien des pouvoirs publics brésiliens.

Si Casino semble avoir réussi à infléchir le gouvernement brésilien grâce à une intense campagne de lobbying de la part de son PDG Jean-Charles Naouri, sa rupture avec Abilio Diniz, président de GPA, est maintenant consommée, alors que les deux hommes partagent le contrôle du premier distributeur brésilien via sa holding Wilkes.

"Il n'y a pas vraiment de gagnant dans cette affaire, Casino est collé à un partenaire qui visiblement regarde ailleurs", commente Natalie Berg, directrice de recherche de l'institut Planet Retail.

Mais le blocage de l'opération, dans sa forme initiale du moins, constitue un revers pour Carrefour.

Le projet, qui donnerait naissance à un poids lourd de la distribution au Brésil avec un chiffre d'affaires supérieur à 30 milliards d'euros, permettrait à Carrefour d'accroître sa présence dans un pays stratégique à forte croissance, alors qu'après trois avertissements sur ses résultats, le groupe bataille pour redresser ses performances en France et en Europe.

Le bras de fer entre Casino et Carrefour s'est poursuivi mardi, avec sa bataille de communiqués.

REJET EN BLOC

La bataille du Brésil a démarré après qu'Abilio Diniz eut présenté fin juin à Carrefour un projet de rapprochement avec GPA.

Un conseil extraordinaire convoqué par Casino ce mardi a, sans surprise, rejeté en bloc le projet, estimant qu'il était contraire aux intérêts de Casino et à ceux des actionnaires de GPA.

Campant sur ses positions, Abilio Diniz, qui n'a pas participé au vote, a ensuite fait savoir qu'il réaffirmait son soutien à la fusion GPA-Carrefour Brésil.

Le conseil de Casino a estimé que le projet était "très dilutif" pour les actionnaires de GPA et confirmé son "engagement stratégique" au Brésil, axe majeur du développement du groupe, semblant écarter, pour l'instant du moins, l'hypothèse d'une sortie négociée du groupe dirigé par Jean-Charles Naouri.

Le conseil a également réaffirmé la position de Casino - qui a déjà engagé des procédures judiciaires à l'encontre d'Abilio Diniz - jugeant la proposition "non sollicitée, hostile et illégale".

Rien dans le schéma proposé, qui donnerait à GPA une participation de 11,7% au capital de Carrefour, n'a trouvé grâce aux yeux de Casino.

Le projet repose selon lui sur une "vision stratégique erronée", estimant notamment que l'expansion internationale de GPA devrait viser des pays à forte croissance et non les marchés européens matures", sur lesquels Carrefour reste majoritairement exposé.

Casino juge aussi qu'il présente des risques d'exécution élevés avec des "cessions d'actifs inévitables", des synergies "fortement surévaluées" et une dilution "massive et injustifiable des actionnaires de GPA".

CARREFOUR A RENDEZ-VOUS AVEC LE MARCHÉ

Carrefour a réagi, sur l'aspect industriel du projet, rejetant les arguments de son concurrent et estimant que le projet "présente un véritable potentiel de création de valeur dans l'intérêt des différentes parties prenantes".

Dans l'entourage de Carrefour, l'analyse de Casino est jugée excessive et ignorant "délibérément tous les aspects positifs du rapprochement, liés à la conjugaison de deux leaders sur un marché en expansion".

Quoi qu'il en soit, le face-à-face entre Casino et Abilio Diniz, son allié historique et président du conseil de GPA, risque de se révéler délicat et les marchés se perdent en conjectures sur les évolutions possibles du dossier.

Après le retrait du soutien des pouvoirs publics brésiliens, "il semble que l'issue soit maintenant plus favorable à Casino", estime un trader parisien.

Casino pourrait tenter de trouver un accord, non pas de sortie, mais de rachat des parts d'Abilio Diniz, avec l'appui de partenaires financiers, ajoute-t-il.

Pour Carrefour, un analyste estime qu'il s'agit d'un nouvel échec de la stratégie du management du distributeur. "C'est très mauvais pour eux, embarqués dans un dossier épineux alors qu'ils devraient se concentrer sur le marché français qui va mal", commente-t-il.

Sur les marchés, les investisseurs ont arbitré mardi en faveur de Casino, dont la valeur a fini quasiment inchangée à 63,49 euros (+0,14%), contre Carrefour qui a abandonné 2,7% à 21,99 euros, dans un marché en repli de 0,9% et alors que l'indice sectoriel de la distribution reculait de 0,35%.

En attendant, Carrefour a rendez-vous avec le marché mercredi. Le groupe publiera son chiffre d'affaires du deuxième trimestre et, selon le consensus de 14 analystes interrogés par Reuters, ses ventes devraient afficher une hausse de 1,9% à 22,48 milliards d'euros, grâce à un calendrier pascal favorable et à la hausse des prix de l'essence.

Mais en France, les ventes des hypermarchés (hors essence et effets calendaires) pourraient baisser de plus de 3%.

Le distributeur a lancé un avertissement sur ses résultats en France le 16 juin, disant tabler sur une chute de 35% de son résultat opérationnel au premier semestre et laissant les analystes douter de sa capacité à atteindre son objectif annuel de progression de son résultat sur l'ensemble de l'année.

Avec Leila Abboud, Juliette Rouillon, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters


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