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Areva : Pourquoi détruire Areva est une erreur historique

ChantierChantier

(Tradingsat.com) - EDITO - Qui défend encore Areva? Le démantèlement du fleuron français du nucléaire est devenu une évidence médiatique. Pourtant, rien ne l’impose.

Un regard étonné. Voilà tout ce que vous recevez quand vous dites tranquillement que vous ne comprenez pas cette histoire d’Areva. Que vous ne comprenez pas comment cette évidence s’est installée: Areva, c’est fini.

-"Mais enfin, M. Soumier..."
-"Quoi ?"
-"Mais enfin, des milliards de pertes.... Vous n’y pensez pas!"

-"Ah? Et PSA? Et Airbus? On n’a jamais vu des milliards de pertes au cœur d’un projet industriel? Vous voulez que je remonte à Apple? A General Motors? Au nouveau constructeur de rang mondial, sur lequel l’Etat américain a investi des dizaines de milliards de dollars en 2009? Qu’est-ce qui se passe dans ces cas-là? Les actionnaires recapitalisent s’ils pensent que le projet a du sens. Vous savez que pour PSA, renfloué il y a 18 mois, l’Etat pourrait aujourd’hui sortir avec une plus-value de plus de 1 milliard d'euros?

-"L’Etat n’est pas hedge fund, Monsieur!"

-"Ben non, c’est bien pour ça que ses choix de recapitalisation doivent être faits en fonction de l’intérêt général. Et là de quoi s’agit-il? De l’indépendance énergétique de la nation. Désolé mais ça me semble un enjeu légèrement supérieur à la face avant de la 208."

Les incohérences de l'Etat actionnaire

La réalité, c’est que cette affaire concentre toutes les incohérences de l’Etat actionnaire. Il y a évidemment un bouquin à écrire mais je doute que ça se vende. Je vais donc me contenter de quelques lignes. En résumé: l’Etat n’agit plus qu’en fonction de l’émotion du moment. Il est essentiellement guidé par le maintien ou le développement de l’emploi. En matière d’industrie, c’est criminel. En matière d’énergie, ça l’est doublement. La seule échéance de l’énergie devrait être... 20 ans. Comment demander à un responsable politique de travailler pour des générations qui ne sont pas encore nées?

S’il le faisait, l’Etat ne signerait pas l’arrêt de mort du leader mondial du nucléaire, bien au contraire, il profiterait de la crise pour lui donner un nouvel élan.

La guerre Areva-EDF

On reprend rapidement les deux ou trois points de consensus qui condamnent l’entreprise?

-EPR. C’est le principal. Notez qu’à ce sujet, la bonne question n’est jamais posée. La bonne question, c’est: l’EPR a-t-il un sens? Celle-là -je l'admets- il serait très utile d’en débattre. Mais non, le sujet c’est: Areva est incapable de construire l’EPR, donc on transfère l’activité à EDF. Ah bon? Parce qu’EDF y arrive peut-être? Flamanville (EDF) est à peu près dans le même état que la Finlande (Areva). La vérité -indéniable- c’est qu’Areva s’est sans doute lancée dans un projet qu’elle n’avait pas les moyens d’assumer. Mais c’est là, justement, que l’actionnaire doit jouer son rôle. Car Anne Lauvergeon n’a pas pris la décision seule, et surtout, si l’actionnaire avait imposé à EDF de reprendre l’ensemble des rapports d’expérience de Finlande, Flamanville ne serait pas en train d’accumuler retards sur retards.

L’EPR de Finlande était le premier de ce qui devait être une nouvelle série de réacteurs. Ok, ce fut une catastrophe en matière d’ingénierie, mais le vrai drame c’est qu’EDF n’en a tiré aucune conclusion, préférant construire son EPR en partant d’une page blanche, quand les Chinois, eux, se servent de toute l’expérience accumulée pour avancer sans réelle difficulté (on verra ce qu’il en est de l’acier de la cuve...) C’était la guerre EDF-Areva à l’époque. Le seul scandale de ces dix dernières années d’histoire nucléaire française, c’est qu’un actionnaire ait laissé se développer une telle ambiance de défiance entre ses participations stratégiques.

-Virer les patrons? Bien sûr que l’actionnaire aurait dû le faire! C’est son rôle. Mais les amitiés et les influences politiques ont alors pesé bien plus lourd que les incohérences stratégiques. C’est le cancer de l’Etat actionnaire. Le capitalisme de la barbichette et des services rendus, ou à rendre.

Virer les patrons, donc, ok! Mais démanteler l’entreprise? Pourquoi faire? Vous avez remarqué que personne ne répond à cette question? Car personne ne donne la moindre vision stratégique derrière ce choix. On ne parle que d’argent.

Et bien, parlons-en, d’argent: le dossier du réacteur de Finlande est en arbitrage international et rien ne dit que la note sera finalement aussi sévère les actuelles dépréciations, ensuite la force du cycle industriel peut, à lui seul, ramener Areva au seuil de rentabilité.

Le cycle nucléaire va redémarrer

Le nucléaire a été frappé de plein fouet par une tempête parfaite. L’équivalent de celle qui a frappé l’automobile. Au cycle industriel qui a provoqué l’effondrement du prix des matières premières et des investissements, s’est ajouté l’arrêt total du nucléaire japonais, 30% du chiffre d’affaires de la division service d’Areva. Mais le Japon va redémarrer ses réacteurs. Demain, après-demain. Il n’a pas le choix. Le Japon est une île sans matières premières et son commerce extérieur ne supporterait pas une remontée des prix des hydrocarbures.

Dans ce cadre-là, l’autre évidence médiatique, c’est qu’Uramin (société possédant plusieurs mines d’Uranium rachetée à prix d’or en 2007) est une terrible erreur, voire une escroquerie. Je ne me prononcerai pas sur le volet pénal, mais sur la "perte considérable" liée à ces mines d’uranium. Mais de quoi parle-t-on? L’uranium est bel et bien là, il appartient à Areva aujourd’hui. Il ne vaut plus rien? Comme le pétrole il y a quelques décennies. Mais qui peut parier sur le prix des matières premières? Encore une fois, la seule vision doit être celle d’une génération.

Uramin est en fait le résumé parfait de cette affaire. Je ne vais pas revenir sur les péripéties de l’acquisition, l’essentiel c’est le projet d’indépendance. Or ce projet passe forcément par le contrôle du minerai à un moment ou à un autre. C’est fait. Mais personne n’a l’air de juger cela fondamental. Parce que personne dans cette affaire ne s’intéresse en fait au projet nucléaire et à notre indépendance énergétique. J’admets parfaitement que l’on conteste les choix nucléaires des années 70, j’admets parfaitement que l’on conteste l’EPR dans sa conception. Mais encore une fois, personne ne parle de cela.

La filière nucléaire en péril

Disons les choses, on démantèle 20 ans d’histoire industrielle, pour économiser quelques milliards, en les faisant porter sur EDF et sans doute, in fine, sur le consommateur d’électricité. En faisant cela, on met la filière nucléaire en péril. Comment penser que les concurrents d’EDF vont regarder d’un cœur léger l’achat de réacteurs conçus et réalisés par celui qui rêve d’investir leur territoire. L’Airbus se vendrait-il aussi bien s’il était vendu par Air France?

Ce n’est visiblement pas le sujet de nos dirigeants. Après tout, nous avons un ministre de l’Economie qui peut tranquillement dire "la vérité c’est qu’Alcatel-Lucent n’est pas une entreprise française", sans que cela ne soulève la moindre émotion. La France officielle n’est qu’emplois, emplois, emplois. La grande braderie peut continuer discrètement. On fera les comptes dans 20 ans. Ceux qui prennent les décisions maintenant ne seront plus là. C’est la seule clé de ce dossier.

Par Stéphane Soumier


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