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Alstom : La France se dote d'une nouvelle arme pour négocier sur Alstom

Alstom: le nouveau décret obligera à négocier avec l'EtatAlstom: le nouveau décret obligera à négocier avec l'Etat

par Jean-Baptiste Vey et Benjamin Mallet

PARIS (Reuters) - L'Etat français s'est doté jeudi d'une nouvelle arme pour négocier dans le dossier Alstom, dont la branche énergie est convoitée par General Electric, avec un décret forçant tout acquéreur à obtenir son autorisation.

Le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a critiqué ce projet de reprise -jugé inacceptable par François Hollande- et a souhaité qu'un plan alternatif soit proposé par le groupe allemand Siemens.

Favorable à l'offre de General Electric, d'un montant de 12,35 milliards d'euros, Alstom s'est donné jusqu'à la fin du mois pour prendre sa décision.

"Avec ce décret, on est armé pour continuer les discussions et les négociations vis-à-vis des deux sociétés qui ont exprimé leur intérêt", a dit une source proche d'Arnaud Montebourg.

L'autorisation d'une telle prise de contrôle devra être délivrée par le ministre de l'Economie. Un refus empêcherait un rachat et pourrait être contesté devant le Conseil d'Etat.

Pour Arnaud Montebourg, "Alstom est un maillon essentiel de notre indépendance énergétique". "Avec ce décret, nous rééquilibrons le rapport de force entre les intérêts des entreprises multinationales et les intérêts des États", ajoute-t-il dans les extraits d'un entretien publiés dans la nuit de mercredi à jeudi sur le site internet du quotidien Le Monde.

Une source dans son entourage précise que l'arme du refus "n'a pas forcément vocation à être utilisée" mais "s'il n'y avait pas ce poids-là, il n'y aurait pas de place autour de la table".

Contacté par Reuters, General Electric n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat et personne n'était immédiatement disponible chez Alstom pour commenter ces informations.

CINQ SECTEURS CONCERNÉS

Le décret porte sur les secteurs de l'énergie, de l'eau, des transports, des télécoms et de la santé.

Le ministère juge le texte parfaitement compatible avec les règles européennes et souligne que la France se dote ainsi d'un outil de contrôle dont elle ne disposait pour l'instant que dans les domaines liés à la défense nationale.

"Nous pouvons désormais bloquer des cessions, exiger des contreparties. C'est un réarmement fondamental de la puissance publique. La France ne peut pas se contenter de discours quand les autres Etats agissent", ajoute Arnaud Montebourg.

De nombreux pays européens possèdent de tels instruments et le président des Etats-Unis a le pouvoir de bloquer une transaction de ce type sans que sa décision puisse être contestée, souligne-t-on à Bercy.

Les investisseurs internationaux savent parfaitement prendre en compte ces contraintes, à l'image des groupes français lorsqu'ils investissent à l'étranger, explique-t-on encore.

Alors que la piste d'une entrée de l'Etat au capital d'Alstom a été évoquée de source proche des discussions, notamment pour accompagner une solution avec Siemens, un tel projet n'est "pas à l'ordre du jour", a-t-on ajouté. "On est sur un chemin de discussions qui ne le prévoit pas à ce stade."

Des "réflexions" sont en cours pour faire entrer des investisseurs français dans les activités d'éoliennes en mer et d'hydroélectricité d'Alstom en cas de rachat de sa branche énergie "mais il est trop tôt pour en parler", a-t-on encore expliqué.

"Toute la subtilité des discussions, c'est qu'on a aujourd'hui deux offres sur la table qui sont en concurrence manifeste, ce qui d'une certaine manière peut être la chance d'Alstom", a poursuivi la source.

"C'est la position du gouvernement: tirer le meilleur parti pour notre base industrielle de façon durable des alliances qui peuvent naître."

(avec Lewis Krauskopf à New York)

Copyright © 2014 Thomson Reuters


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