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Airbus group : Enders contre l'ingérence chez eads, paris veut encore peser

Enders contre l'ingérence chez eads, paris veut encore peserEnders contre l'ingérence chez eads, paris veut encore peser

par Elizabeth Pineau et Gernot Heller

PARIS/BERLIN (Reuters) - Les États ne doivent pas tenter d'exercer leur influence sur l'entité qui serait issue d'une fusion entre EADS et BAE Systems, a déclaré mercredi le président exécutif d'EADS, déclaration témoignant de tensions politiques susceptibles de torpiller cette opération de 35 milliards d'euros.

Thomas Enders a dit aux parlementaires allemands que le rôle de l'État, s'il y en avait un, devait rester limité pour que la nouvelle entité soit compétitive.

"Nous voulons créer une société beaucoup plus forte sur le plan international, qui attire les investisseurs, et il y a de nombreux exemples qui montrent que les sociétés dans ce secteur et de cette taille ne doivent pas forcément faire l'objet d'un engagement de l'Etat", a-t-il déclaré à la presse en sortant d'une audition devant la commission des Affaires économiques et monétaires.

Ces propos semblent aller à l'encontre de la position de la France qui, selon une source gouvernementale française, veut rester au capital d'EADS et garder une capacité d'influence au sein de cette entreprise.

"La France souhaite rester au capital d'EADS. Nous souhaitons garder une influence sur les principales décisions. On peut imaginer plusieurs formules possibles" à propos de la participation française au capital et au conseil d'administration de la nouvelle entité qui serait formée par EADS et BAE a dit à Reuters cette source, qui a souhaité rester anonyme.

Tandis qu'EADS et BAE Systems souhaitent limiter l'intervention des États, susceptibles de décourager certains investisseurs et d'autres États de passer des commandes, les politiques craignent que le groupe soit la cible d'une OPA et que les emplois soient menacés.

EADS emploie 133.000 personnes dans le monde.

Selon la législation britannique sur les fusions et acquisitions, EADS et BAE ont jusqu'au 10 octobre pour définir un projet détaillé de fusion mais les rumeurs de prolongation se font de plus en plus pressantes.

Paris juge pour sa part "courte" cette échéance "compte tenu de la complexité des choses qui sont sur la table, mais il faut demander aux entreprises", a-t-on ajouté de même source.

La France est actuellement actionnaire d'EADS à hauteur de 15%.

Berlin ne dispose pour l'instant pas de participation directe dans EADS mais projette de reprendre une partie des titres actuellement détenus par le constructeur automobile allemand Daimler, par l'intermédiaire de la banque publique KfW.

Mercredi, le titre EADS a reculé de 2,96% à 24,45 euros et l'action BAE de 2,56% à 320,69 pence alors que l'indice regroupant les valeurs industrielles européennes a cédé 1,84%.

"GOLDEN SHARE"

Thomas Enders - ancien parachutiste à la réputation d'intransigeance qui s'est souvent frotté aux gouvernements français et allemand - devra malgré tout faire appel à tout son sens de la diplomatie pour convaincre la France et l'Allemagne que les avantages de la fusion l'emportent sur ses inconvénients.

Il a dit aux parlementaires qu'il était prêt à discuter avec le gouvernement allemand de ses réserves vis-à-vis d'une fusion qui déboucherait sur la création d'un groupe au chiffre d'affaires de 93 milliards de dollars, réparti tant sur les Airbus que sur les avions de combat Typhoon ou encore les sous-marins nucléaires.

Le secrétaire allemand à l'Economie Hans-Joachim Otto, qui assistait à l'audition, a déclaré de son côté à la presse que la fusion entre EADS et BAE restait une question ouverte et que l'Allemagne devait protéger sa sécurité et ses emplois.

"La question du 'si' se pose aussi bien que celle du 'comment'", a-t-il dit. "C'est un projet très compliqué qui présente des avantages et des inconvénients, des risques et des opportunités."

Hans-Joachim Otto a, semble-t-il, envoyé une pique à la France en déclarant que "une influence excessive de l'État sur EADS par le passé a fait plus de tort que de bien".

Lors d'une rencontre le week-end dernier, la chancelière Angela Merkel et François Hollande ont discuté du projet. Le président français a déclaré qu'il voulait avoir des assurances sur l'emploi, la stratégie et les activités de défense.

EADS et BAE ont dit qu'ils proposeraient des actions spécifiques ("golden shares") à Paris et Berlin dans la nouvelle entité, mesure qui vise précisément à la protéger des OPA.

Mais la légalité des actions spécifiques a été contestée à plusieurs reprises dans l'Union européenne.

La députée écologiste Kerstin Andreae, qui siège à la commission, a dit que la question des actions spécifiques demeurait non résolue.

"Il y a eu plus de questions soulevées que de réponses apportées. Il y a des désaccords entre le gouvernement et Tom Enders sur la question de la valorisation de la 'golden share' qui n'a pu être résolue", a dit Kerstin Andreae.

Alors que Hans-Joachim Otto a jugé que le ratio de valorisation de 60-40 retenu pour le projet de fusion semblait désavantageux, Tom Enders avait déclaré un peu auparavant qu'un tel ratio lui semblait juste. Les désaccords concernant la parité de fusion ont fait surface mardi.

Avec la contribution de Juliette Rouillon pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Copyright © 2012 Thomson Reuters


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