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Air liquide : Le marché français des fusions et acquisitions a reculé en 2015

Le marché français des fusions et acquisitions a reculé en 2015Le marché français des fusions et acquisitions a reculé en 2015

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Alors qu'au niveau mondial les fusions et acquisitions ont renoué en 2015 avec leurs plus hauts d'avant la crise financière, portées par les Etats-Unis, le marché français s'inscrit à contre-courant avec un net recul des transactions.

Pour autant, les entreprises françaises se sont révélées plus conquérantes que par le passé en se lançant dans des opérations d'acquisitions à l'étranger, surtout outre-Atlantique. Un appétit qu'elles devraient conserver en 2016, de l'avis de plusieurs banquiers d'affaires.

La chute des Bourses asiatiques cet été, sur fond d'inquiétudes sur l'état de santé de l'économie chinoise, a fait prendre conscience que les économies émergentes n'étaient pas la panacée. Et les entreprises se tournent de plus en plus vers les Etats-Unis pour diversifier leurs activités à l'international.

En témoignent le rachat en novembre de l'américain Airgas par Air Liquide ou l'acquisition au début du printemps d'Igate par Capgemini.

AccorHotels s'est de son côté renforcé outre-Atlantique avec la reprise de FRHI Holdings, le propriétaire des prestigieuses chaînes hôtelières Fairmont, Raffles et Swissôtel.

"Nous avons assisté cette année à une très nette accélération du dialogue transatlantique", explique Sophie Javary, responsable corporate finance chez BNP Paribas pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. "Il devient plus difficile de convaincre les conseils d'administration de faire des opérations dans les pays émergents."

D'après les données de Thomson Reuters, les acquisitions d'entreprises étrangères par des groupes français ont crû cette année de 26% pour atteindre 64,1 milliards de dollars (58,71 milliards d'euros).

"Les perspectives résilientes de croissance aux Etats-Unis face à une conjoncture européenne atone et au ralentissement des économies chinoise et brésilienne contribuent à accélérer les réflexions stratégiques de certains groupes qui cherchent désormais à renforcer leur présence américaine par des acquisitions", souligne Catherine Soubie, responsable de la banque d'affaires chez Barclays pour la France, la Belgique et le Luxembourg.

DES ACTIVISTES EN EMBUSCADE

Cet appétit pour les acquisitions à l'international n'a toutefois pas empêché le marché français du M&A de reculer en raison d'une contraction des rachats d'entreprises françaises par des groupes étrangers après une année 2014 particulièrement faste.

En France, le volume des transactions a baissé de 30% cette année à 160,8 milliards de dollars (147,21 milliards d'euros) contre 229 milliards en 2014, d'après l'étude de Thomson Reuters. Au niveau mondial, il a bondi de plus de 40% et dépassé les niveaux d'avant la crise financière, porté par des opérations comme la fusion des chimistes américains Dow Chemical et DuPont.

"La France s'inscrit à contre-courant de cette tendance mondiale", commente Pierre Hudry, codirecteur de la banque d'affaires de Goldman Sachs pour la France, la Belgique et le Luxembourg. "Cette pause n'est pas fondamentalement justifiée. Tous les facteurs sont là pour favoriser les transactions."

"Je pense que 2016 sera plus actif", pronostique pour sa part Cédric Léoty, coresponsable de la banque d'affaires de Citi en France. "On sent que les entreprises ont la volonté de faire des transactions au premier semestre avec en toile de fond le début de la campagne pour l'élection présidentielles après l'été."

Les fonds activistes, déjà à la manoeuvre en Allemagne et en Grande-Bretagne, pourraient d'ailleurs venir enflammer le marché français du M&A en forçant certaines entreprises à se restructurer. La charge de l'américain Carson Block sur Casino a d'ailleurs fait prendre conscience de la menace.

"La menace des fonds activistes reste bien présente et met les grands groupes sous pression, en particulier ceux dont les activités sont très diversifiées", prévient Alexandre Courbon, responsable corporate finance pour la France à la Société générale.

"Toutes les entreprises sont des cibles potentielles, même celles qui ont l'Etat à leur capital", fait remarquer de son côté Matthieu Pigasse, directeur général de Lazard en France. "Les entreprises aux structures d'organisation complexes ou aux cours de Bourse décotés sont des cibles privilégiées."

(Edité par Dominique Rodriguez)

Copyright © 2015 Thomson Reuters


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