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Air liquide : La chimie à l'heure des rapprochements

La chimie à l'heure des rapprochementsLa chimie à l'heure des rapprochements

par Noëlle Mennella

PARIS (Reuters) - Faute de croissance en Europe, une accélération des fusions dans le secteur de la chimie est probable en 2013, les entreprises cherchant à diversifier leurs portefeuilles vers des produits à plus forte valeur ajoutée et à accéder à des marchés porteurs tels que l'Asie ou les Etats-Unis.

Des experts du secteur entrevoient pour l'an prochain des rapprochements impliquant des groupes de chimie de toutes tailles. Même si une opération de l'ampleur de celle qui a permis en 2011 au belge Solvay de racheter le français Rhodia pour 3,4 milliards d'euros, puis d'entrer dans le CAC 40, est improbable.

Cette perspective est d'autant plus réaliste que l'industrie de la chimie est aujourd'hui très morcelée, avec un leader mondial, l'allemand BASF, qui représente à peine 2,9% d'un marché estimé globalement à 2.200 milliards d'euros.

De plus, aux côtés des traditionnels chefs de file que sont les américains Dow Chemical ou Dupont, l'allemand Bayer, le japonais Mitsubishi Chemical ou le français Air liquide, figurent de nouveaux venus comme le chinois Sinochem, l'indien Reliance Industries ou le saoudien SABIC.

C'est précisément à ces sociétés montantes qu'on prête l'intention de racheter le français Arkema, né en 2004 de la réorganisation de la branche chimie de Total, ou le numéro trois allemand du secteur Lanxess.

"Plus l'environnement économique sera concurrentiel et difficile et plus cela poussera aux rapprochements et aux restructurations dans le secteur. Ces rapprochements peuvent concerner des entreprises de toutes tailles", déclare Philippe Goebel, le président d'Union des industries chimiques (UIC).

A un moment, résume Philippe Goebel, "des entreprises estiment que pour se développer elles ont besoin d'unir leur force à d'autres, et ce genre d'analyse est d'autant plus prégnant que le contexte économique est dur".

IMPLANTATION PLUTÔT QUE DÉLOCALISATION

L'exemple du rapprochement de Solvay et Rhodia plaide en ce sens. "L'addition des portefeuilles a clairement permis de résister aux à-coups conjoncturels depuis le début de l'année et nous a permis de sortir de très bons résultats", commente la porte-parole de Solvay.

Le secteur de la chimie est très dépendant des investissements très cycliques de secteurs tels que l'automobile ou le BTP, ce qui le rend d'autant plus vulnérable à un ralentissement économique. De plus, les coûts de fonctionnement élevés de ses immenses usines fait plonger les bénéfices dès que la demande et le taux d'utilisation des capacités diminuent.

En 2009, avec l'aggravation de la crise financière et économique, la flambée des coûts des matières premières et de l'énergie avait fortement pénalisé les entreprises du secteur, en particulier la chimie de base (pétrochimie, matières plastiques).

Les grands groupes avaient alors donné la priorité à la chimie de spécialités (peintures, colles, adhésifs) et aux produits à haute valeur ajoutée répondant à des impératifs techniques et à des critères environnementaux.

La crise les a aussi poussés à chercher des débouchés dans les pays à forte croissance que sont l'Inde ou la Chine. Ces pays ont leurs propres industries chimiques et leurs acteurs suscitent d'autant plus d'intérêt que la chimie est difficilement délocalisable pour des raisons logistiques liées notamment au coût du transport.

"La chimie, par rapport à d'autres acteurs, est relativement proche de ses marchés finaux. A partir du moment ou l'Asie connaît une croissance économique liée à la demande locale et aussi au développement de l'industrie tournée vers l'exportation, c'est important pour les groupes de la chimie de mettre un pied dans ces marchés", explique Serge Lhoste, du cabinet de conseil Roland Berger.

Le président de l'UIC pense aussi que les entreprises souhaitant profiter de la dynamique de certains marchés doivent s'y implanter afin de produire et de vendre sur place.

DES NÉGOCIATIONS EN COURS

En Inde et en Indonésie, affirme une source proche du secteur, "des sociétés sont en train de négocier le rachat de structures plus ou moins grandes, pour pouvoir s'implanter dans ces pays, et les discussions pourraient aboutir en 2013".

Les Etats-Unis sont aussi un terrain de chasse pour les acteurs d'un secteur très énergivore. Le gaz américain est en effet beaucoup moins cher que le gaz européen du fait du développement des gaz de schiste, controversé en Europe.

Jean-Pierre Clamadieu, président du comité exécutif de Solvay, soulignait récemment que les achats de gaz du groupe en Europe s'étaient élevés l'an dernier à 500 millions d'euros, qui auraient pu être ramenés à 200 millions si Solvay avait pu bénéficier des prix américains.

"L'effet d'entraînement du gaz de schiste ouvre la voie à beaucoup d'activités. Des transactions sont en cours aux Etats-Unis qui pourraient impliquer notamment des sociétés européennes", affirme la source proche du secteur.

En Bourse, la chimie, longtemps délaissée par les investisseurs, a redoré son blason en 2010 grâce aux bons résultats des groupes du secteur, liés notamment au dynamisme des pays émergents.

Le rattrapage a principalement profité aux sociétés qui ont su se recentrer sur les activités de spécialités à haute valeur ajoutée comme Lanxess, qui a bondi de 61% depuis le début de l'année, Solvay (+51%) et Arkema (+35%), alors que l'indice sectoriel européen s'octroie 22% depuis début janvier.

Illustrant l'attrait des investisseurs, la valorisation de la chimie a augmenté cette année, jusqu'à en faire depuis fin octobre un secteur plus cher que les autres en Europe. Le ratio cours sur bénéfices (PE) de l'indice sectoriel atteint 19,6, au-dessus de sa moyenne 2007-2012, contre un PE de 15,9 sur le Stoxx 600, selon des données Thomson Reuters Datastream.

Pour autant, regrette le président de l'UIC, "les multiples du secteur, malgré les hausses évoquées, restent plutôt inférieures aux multiples rencontrés dans d'autres domaines".

A la Société générale, l'analyste Patrick Lambert n'en juge pas moins que les groupes de chimie sont bien valorisés aujourd'hui par rapport à leur niveau de cash flow.

Mais pour que l'actuel phénomène de rattrapage se poursuive en 2013 il faudrait, dit-il, qu'elles surprennent par des opérations de fusions-acquisitions ou que la croissance du marché mondial de la chimie se révèle meilleure qu'attendu.

Il préfère rester prudent et pronostique pour 2013 une croissance de 2%, autant que ce qu'aura connu le marché mondial de la chimie cette année.

On est loin des 8% de 2011. Dans cette perspective, la croissance externe apparaît bien comme une porte de sortie vers le haut.

Avec la contribution d'Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters


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