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Marché : Usa et europe vont former un bloc "aa", selon edrim

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les emprunts d'Etat des grands pays développés ont cessé d'être des actifs sans risque avec la crise de la dette souveraine et les investisseurs vont devoir apprendre à vivre avec cette nouvelle donne, estime le directeur de la gestion taux et crédit chez Edmond de Rothschild Investment Managers (Edrim).

Les Etats-Unis et l'Europe, les deux blocs représentant l'essentiel des pays développés, vont perdre leur "AAA", la meilleure note de crédit, pour former un club de "bons double A", a déclaré Etienne Gorgeon dans un entretien accordé à Reuters à la veille de la mise sous surveillance négative des notes souveraines de quinze pays de la zone euro par l'agence Standard & Poor's.

"La France va probablement perdre son triple A quelque part en 2012. On parie plutôt pour la fin de l'année 2012", a-t-il déclaré.

"Mais on pense également que l'Allemagne a un potentiel assez élevé de perdre son AAA parce que son problème de démographie est fortement pesant et que, dans une économie européenne atone, voire plutôt déprimée, l'Allemagne ne fera pas réellement mieux. Elle est très dépendante du reste de l'Europe".

Cette détérioration inexorable de la qualité du crédit des grands pays développés du triple A - considéré comme un placement sans risque jusqu'aux crises récentes - au AA trouve son origine, selon Etienne Gorgeon, dans un choc de bulles qui ont secoué le monde au cours des 12 dernières années.

"Il y a eu le choc sur les 'corporates' (entreprises, ndlr) avec l'explosion de la bulle des technologiques dans les années 2000 avec des baisses de taux massives et prolongées pour que le consommateur américain demeure actif et protégé. Cela a créé une bulle sur l'immobilier qui s'est traduite par la crise des subprimes qui, à son tour, a directement atteint les banques qui, elles, ont atteint les Etats", a expliqué le responsable taux d'Edrim.

REPRISE FAIBLE ET VIEILLISSEMENT

"Vous avez une suite logique de bulles et on arrive à la fin du cycle dit du levier (endettement), levier favorisé par une période de taux très bas".

Dans ce contexte, les grands pays vont perdre la note AAA dont bénéficiait leurs titres de dette sur les marchés en raison de la durée et des conséquences pour la croissance du processus de désendettement.

"Pour éponger cette dette ça va prendre beaucoup de temps et ça va prendre d'autant plus de temps que la façon de réduire son montant est néfaste, la réduction drastique des déficits a pour effet de déprimer la croissance déjà faible" souligne Etienne Gorgeon.

Il relève que la reprise en cours depuis juin 2009 aux Etats-Unis est la plus faible depuis 1921. "Une croissance molle ne favorise pas l'amélioration du ratio dette sur PIB."

Outre une croissance faible, des pays comme l'Italie, l'Espagne et surtout l'Allemagne, souffrent d'un problème démographique, c'est-à-dire d'une diminution rapide de la population active.

"La somme de tout cela nous conduit à retenir le scénario suivant : effectivement les deux pôles que sont les Etats-Unis et l'Europe vont devenir des double A", dit le gérant.

"Mais est-ce un problème?", s'interroge-t-il.

"Le concept d'investissement sans risque n'existe plus. C'est vrai pour la France, c'est vrai pour l'Allemagne. On l'a vu récemment quand les tensions dans la zone euro ont atteint des niveaux extrêmement élevés, les emprunts d'Etat allemands ont subi également un fort reflux parce que tout le monde se dit que la zone euro n'est pas crédible."

LES ÉTATS-UNIS RESTERONT LE "BENCHMARK"

"Si elle n'est pas crédible pour l'Italie et l'Espagne et qu'elle ne l'est plus pour la France, je ne vois pas pourquoi elle serait crédible pour l'Allemagne", a expliqué Etienne Gorgeon qui note que la Banque postale japonaise n'investit "plus sur la zone euro parce qu'elle n'y comprend plus rien".

"On ne trouve plus personne pour soutenir qu'il n'y a aucun risque dans les emprunts d'Etat. Le triple A ne se justifie plus pour personne."

"L'investissement sans risque n'existe plus mais demeure le concept de benchmark (emprunt d'Etat de référence, ndlr). Les Etats-Unis demeurent le benchmark et tout le reste se positionne par rapport à ce benchmark. Les Etats-Unis vont demeurer le réel benchmark sur les courbes obligataires", a dit le gérant.

"Avant la crise, quand il y avait un problème sur les marchés on achetait de la dette sans risque française, allemande ou américaine. Désormais, le monde va apprendre à vivre sans triple A".

"Si on regarde les choses avec un peu plus de recul, c'est une tendance qui a été initiée en 2007-2008. Les ABS (Asset Backed Securities) qui se sont transformés en produits plus "pourris", les ABS de subprime, ont été créés au départ parce qu'il y avait un déficit structurel de AAA. Cette tendance s'accélère dans la phase finale actuelle qui est la dégradation des pays développés."

"Ce qui est anxiogène pour les marchés c'est la phase de transition. Ce qui est horrible pour les marchés c'est de ne pas savoir si la France va être un "AA+", un "AA" ou un "AA-".

"Une fois qu'on se sera stabilisé à un niveau raisonnable qui est, à mon avis, un "AA", le marché va réaliser qu'en double A, la France est un pays très solide surtout si elle adopte des plans de croissance et d'ajustement de ses déficits crédibles. Tout se passera très bien comme ca été le cas au Japon sauf si les Européens ne trouvent pas de solution à la crise de la dette de la zone euro", a estimé Etienne Gorgeon.

Raoul Sachs édité par Marc Joanny

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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