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Marché : Un g20 finances sur fond de recapitalisation bancaire

Un g20 finances sur fond de recapitalisation bancaireUn g20 finances sur fond de recapitalisation bancaire

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Les dirigeants européens accentuent la pression sur les banques pour les forcer à se recapitaliser et leur permettre de supporter des pertes plus importantes qu'attendu sur la dette souveraine des pays les plus fragiles de la zone euro.

Alors que se tient à Paris la réunion du G20 Finances vendredi et samedi, le marché espère voir les responsables politiques surmonter leurs divergences pour répondre à une crise de la dette qui menace la stabilité de la zone euro et la solidité du système bancaire européen.

"Pour l'instant, les investisseurs leur accordent le bénéfice du doute", explique Patrick Moonen, stratégiste chez ING Investment Management, dans une note intitulée "Bonne chance aux dirigeants politiques".

En attendant l'issue de la réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20, la mise sous surveillance par Fitch des notes de plusieurs banques - dont Barclays, BNP Paribas, Crédit agricole, Credit Suisse, Deutsche Bank ou encore Société générale - témoigne des difficultés qu'affrontent les banques actuellement. Difficultés qui ont acculé le week-end dernier la franco-belge Dexia au démantèlement.

En Bourse, les banques était vendredi le seul secteur à finir en baisse en Europe (-0,59%).

Le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a réaffirmé vendredi que plusieurs banques européennes avaient besoin d'être recapitalisées.

L'étape cruciale reste toutefois le Conseil européen du 23 octobre à l'occasion duquel l'Allemagne et la France dévoileront leurs propositions pour sortir de la crise. Les deux pays ont indiqué avoir d'ores et déjà scellé leurs accords sans en préciser le contenu.

"Nous n'avons jamais été si près d'un solution (à la crise de la dette, NDLR). Mais ce n'est pas encore fait", prévient David Thébault, responsable du trading quantitatif chez Global Equities. "On peut craindre que le marché le prenne mal s'il n'y a pas d'annonce de plan précis et détaillé le 23 octobre ou le 3 novembre (au G20 de Cannes, NDLR). Je reste prudent."

Les propositions franco-allemandes porteront notamment sur une recapitalisation bancaire et un renforcement des capacités d'intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

SIX MOIS POUR RECAPITALISER

Dans la perspective du Conseil européen, l'Autorité bancaire européenne (ABE) prévoit une nouvelle série de tests de résistance du secteur bancaire.

Plus strict que les précédents, l'exercice devrait cette fois-ci intégrer une valorisation des dettes souveraines, en particulier celle de la Grèce, en valeur de marché, et l'ABE devrait exiger des banques un ratio minimum de fonds propres "durs" ("core tier one") de 9% et non plus seulement de 7%.

Selon des sources européennes, les banques les plus fragiles auront ensuite jusqu'à six mois pour renforcer leurs fonds propres.

"La seule véritable justification d'une recapitalisation serait de rassurer les marchés", commente Laurent Quignon, responsable de l'économie bancaire chez BNP Paribas.

"Mais du point de vue des fondamentaux économiques, il n'y a pas plus de raisons que l'ensemble des banques soient recapitalisées aujourd'hui qu'hier."

Selon Goldman Sachs, au moins 50 banques européennes sur 91 pourraient échouer aux nouveaux tests de résistance, révélant un besoin de 139 milliards d'euros de capitaux frais.

Les modalités d'une recapitalisation bancaire sur le Vieux Continent seront l'objet d'intenses négociations à partir de lundi, a indiqué le président de l'Eurogroupe.

"MOINS DE DIVIDENDES, MOINS DE BONUS"

Le gouvernement français a d'ores et déjà dit que l'Etat était prêt à aider les banques, mais il privilégie pour le moment le renforcement des fonds propres par des capitaux privés, à la différence de ce qui avait été fait en 2008 et 2009 dans le cadre du plan d'aide des banques françaises après la faillite de Lehman Brothers.

"Les banques devront se recapitaliser sur la base de leurs résultats en distribuant moins de dividendes et moins de bonus", a déclaré vendredi matin le ministre de l'Economie François Baroin, sur Europe 1.

"Si elles ne peuvent pas, elles le feront sur les marchés. Si les marchés ne sont pas suffisants, elles trouveront des partenaires et, en dernière limite, il y aura une possibilité d'une coordination européenne."

"Pour la France, je veux vous dire que suis confiant dans la capacité de nos banques à mobiliser leurs bénéfices et tous les moyens dont elles disposent pour conforter leur assises financière", a renchéri le Premier ministre François Fillon, dans l'après-midi lors des journées parlementaires de l'UMP.

S'alignant sur la position allemande, la France a d'ores et déjà exclu de recourir au FESF pour recapitaliser ses banques.

"Les politiques doivent résoudre le dilemme entre les actionnaires privés des banques qui ne veulent pas entendre parler de dilution et le marché qui exige des recapitalisations", souligne Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue.

"Les appels à la recapitalisation de la part des instances européennes peuvent être contre-productifs dans la mesure où ils contribuent à attiser les inquiétudes pour l'ensemble des banques", met en garde Laurent Quignon, chez BNP Paribas. "Ce qui peut paradoxalement rendre les levées de fonds propres plus difficiles pour les établissements qui en ont vraiment besoin."

La Deutsche Bank, qui aurait besoin de lever 9 milliards d'euros selon des sources, a clairement fait savoir qu'elle éviterait toute recapitalisation forcée.

Avec Juliette Rouillon, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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